Statuts des pourpointiers de Paris homologués le 20 juin 1323.
A touz ceus qui ces lettres verront Jehan Loncle, garde de la
prevosté de Paris salut. Comme les bonnes gens de tout les ouvriers
pourpointiers de la ville de Paris se feussent traiz à nous et
nous eussent supplié et requis que, comme ou dit mestier des
pourpointiers[1208] grant quantité de gent se entremetoient et
entremetent de jour en jour plus asséz que on ne souloit, qui se dient
estre bons ouvriers du dit mestier, par quoi tout plain de fraudes,
faussetéz et malices qui ne peuent pas bien estre aperçeues [se
commettent] et pour ce le peuple y est deçeu et donmagé grandement,
pour ce que[1209] n’eussent onques esté ordenance ne establissement
fais selonc les quiex ceux qui du dit mestier se entremetent ou
vouloient entremettre se deussent contenir, si comme es autres mestiers
de la ville de Paris et especiaument en tout plain qui ne sont pas
aussi neccessaires au menu peuple comme ledit mestier des pourpointiers
estoit, nous qui sommes tenuz à contrester aus malices doumageus et
grevables au peuple, vousissions ou dit mestier establir et ordener
certains poins et articles selonc les quiex touz ceus et toutes celles
qui du dit mestier s’entremetoient et voudroient entremetre en la ville
de Paris se contendroient et devroient contenir en telle maniere que
le prouffit commun et de ceus qui dudit mestier s’entremettoient peust
estre gardéz et que aveques ce nous y conneissions et ordeneissons
certaine paine que ceus paieroient en non d’amende qui contre les poins
et articles dessus diz ou aucuns d’yceuls mesprendroient ou feroient
faire par euls ou par autre en quelque maniere que ce feust... sachent
tuit que nous..... avons fait, ordené et establi, faisons, ordenons et
establissons les poins et articles que ci après s’ensuivent.
Premierement quiconques voudra estre pourpointier à Paris estre le
pourra, mès qu’il sache faire le mestier, en telle maniere que au
commencement il paiera douze soulz parisis, c’est à savoir huit soulz
au Roy et quatre soulz aus gardes d’ycelui mestier.
_Item_ que nulz ne sera maistres dudit mestier se il n’a esté aprantis
en la ville de Paris pour temps deu, c’est à savoir sis ans touz
accomplis, se il n’est vallet cousturier qui sera aprentiz deulx ans
tant seulement pour ce que il scet de l’aguille, ou un vallet peletier
qui sera quatre ans aprentis tant seulement, ou se il n’a esté maistres
dudit mestier en autres bonnes villes.
_Item_ que nuls ne nulle du dit mestier ne pourra ouvrer de viéx et de
neuf en son hostel, mès face le quel que il lui plaira sanz l’autre,
sus paine de vint soulz parisis d’amende, c’est à savoir quinze soulz
au Roy et cinc soulz aus gardes dudit mestier, et sus paine de perdre
l’euvre, sauf ce que se une personne le vouloit faire pour son user et
de ses estoffes, faire le pourroit.
_Item_ nuls varlèz du dit mestier ne pourra tenir aprentis.
_Item_ que nuls maistres du dit mestier ne pourra avoir que deulz
aprentis ne ne les pourra prendre à mains de temps ne à plus petit
terme que les sis ans dessus diz, excepté les vallèz cousturiers et
peletiers que il pourront prandre pour le temps dessus esclarci, c’est
à savoir le cousturier deulz ans et le peletier quatre et non à mains,
mès à plus se il leur plest.
_Item_ que nuls ne soit si hardis de mettre viéx coton entre bougueren
et toille neuve au dessouz de deulz livres sus paine de sept soulz
parisis, c’est à savoir cinc soulz au Roy et deulz soulz aus gardes
d’ycelui mestier.
_Item_ que nuls ne face doublet neuf où il y ait escroes ne autres
choses fors tout coton, et, se il y a bourre de soye ne escroes de
toille ne autres estoffes, qu’il soient fait enfermes et contrendroit
et qui autrement le fera, il sera tenuz pour faus et paiera l’amende au
Roy.
_Item_ que nuls ne taille doublet ne cote fort gamboisiée se il n’a
acheté le mestier du Roy.
_Item_ que nuls ne face viéx doublet de vielle toille qui soit lisiée
ne apesté de nul afaitement fors tout autel que elle vient de la buée
et qui autrement le fera, l’euvre sera fausse.
_Item_ quiconques fera doublet d’ycelle toille qui vendra de la buée,
que il ne le face à moins de libre et demye de viex coton et que il n’i
mette que coton net du dessouz de trois libres et, se il poise plus de
trois libres, que il y ait contrevers et contrendroit.
_Item_ que nuls ne face doublet de bourre plus lonc de demy aune et de
demy quartier et qui autrement le fera, l’euvre sera arse et l’amendera
au Roy.
_Item_ que en touz les guarnemenz qui seront fais d’orez en avant,
chascun du dit mestier y mette i essamplaire au colet de la façon et
des estoffes qui seront dedens, par quoi les bonnes gens n’i puissent
estre deceus.
_Item_ que nuls ne vende denrées au Dymenche, fors une personne du dit
mestier seulement, qui le fera chascun à son tour, sus paine de dis
soulz parisis d’amende, c’est à savoir sept soulz au Roy et trois soulz
aux gardes du dit mestier.
_Item_ que nuls ne soit si hardis de mettre en euvre l’aprentis
d’autrui, se il n’a fait[1210] son terme ou se n’est par le congié de
son maistre.
_Item_ que ou dit mestier et pour ycelui garder seront chascun an
establiz deulz personnes du dit mestier par nous ou par noz successeurs
prevos de Paris pour ycelui mestier garder et pour raporter toutes
les mesprentures que il pourront savoir et trouver ou dit mestier, et
les quiéx pour ce faire auront leur part es amendes en la maniere que
dessus est dit et que ci-dessous sera esclarci.
_Item_ quiconques mesprendra contre les poins ou aucuns des poins
dessus esclarcis es quiex amendes ne sont esclarcies, il paiera dis
soulz d’amende, c’est à savoir sept soulz au Roy et trois soulz aus
dits gardes.
Les nons des bonnes gens du dit mestier qui furent presens en jugement
par devant nous et qui les choses dessus dites accorderent comme dessus
est dit sont tiéx [suivent les noms].....
En tesmoing des quelles choses dessus dites nous avons mis en ces
lettres le seel de la prevosté de Paris l’an de grace mil trois cents
vint et trois, le lundi vint jours ou mois de Juing.
(Bibl. nat. fonds franç. 24069, fº 65 rº.)