Es metes et marches de France avoit ung riche et puissant chevalier,

noble tant par l'ancienne noblesse de ses predecesseurs comme par

propres nobles et vertueux faiz. De sa femme espousée avoit une seule

fille, trèsbelle et trèsadressée pucelle, eagée de xvj. à xvij. ans ou

environ. Ce bon et noble chevalier, voyant sa dicte fille avoir attaint

à l'eage habile et ydoine pour estre allyée et conjoincte par mariage,

eut trèsgrande volunté de la donner à ung chevalier son voysin,

trèsriche, non toutesfoiz noble de parentage comme de grosses richesses

et puissances temporelles; avec ce aussi, eagé de lx. à quatre vingts

ans ou environ. Ce vouloir rongea tant autour de la teste du père dont

j'ay parlé, que jamais ne cessa jusques ad ce que les allyances et

promesses furent faictes entre luy et sa femme, mère de la dicte

pucelle, et le dit chevalier, touchant le mariage de luy avec la dicte

fille, qui des assemblées, promesses et traictiez ne savoit rien, et n'y

pensoit aucunement. Assez prochain de l'ostel d'iceluy chevalier père de

la pucelle, avoit ung aultre jeune chevalier vaillant et riche

moyennement, non pas tant de beaucop comme l'autre ancien dont j'ay

parlé, qui estoit trèsardent et fort embrasé de l'amour d'icelle

pucelle. Et pareillement elle, pour la vertueuse et noble renommée de

luy, en estoit trèsfort enlassée, et combien que à dangier parlassent

l'un à l'autre, car le père s'en doubtoit et leur ostoit et rompoit les

moyens et voies qu'il povoit, toutesfoiz si ne les povoit il forclorre

de l'entière et trèsloyale amour dont leurs deux cueurs estoient

mutuellement entreliez et embrasez. Et quand fortune leur favorisoit

tant que ensemble les faisoit deviser, d'aultre chose ne tenoient leurs

devises que de pourpenser et adviser le moien par lequel leur souverain

desir pourroit estre accomply par legitime mariage. Or s'approucha le

temps que icelle pucelle deut estre donnée à ce seigneur ancien, et le

marché et traictié luy fut par son père descouvert et assigné le jour

qu'elle devoit espouser, dont ne fut pas pou courroussée; mais elle se

pensa qu'elle y mectroit remède. Elle envoya vers son trèschier amy le

jeune chevalier, et luy manda qu'il venist celéement le plus qu'il

pourroit. Et quand il fut venu, elle luy compta les allyances faictes

d'elle et de l'autre ancien chevalier, demandant sur ce conseil de tout

rompre; car d'autre que de luy ne vouloit estre espouse. Le chevalier

luy respondit: «M'amye trèschère, puisque vostre bonté se veult tant

humilier que de moy offrir ce que je n'oseroie requerir sans trèsgrand

vergoigne, je vous remercie; et, si vous voulez perseverer en ceste

bonne volunté, je sçay que nous devons faire. Nous prandrons et

assignerons ung jour en ceste ville bien acompaigné de mes amys et

serviteurs, et à certaine heure vous rendrez en quelque lieu que me

direz maintenant où je vous troveray seule. Vous monterez sur mon cheval

et vous mainray en mon chasteau; et puis, si nous povons appaiser

monseigneur vostre père et ma dame vostre mère, nous procederons à la

consummacion de noz promesses.» La pucelle dist que c'estoit bien

advisé, et qu'elle savoit comment s'i povoit convenablement conduire. Si

luy dist que tel jour et telle heure venist en tel lieu où il la

trouveroit, et puis feroit tout bien ainsi qu'il avoit advisé. Le jour

de l'assignacion vint: si comparut ce bon jeune chevalier au lieu où

l'on luy avoit dit, et où il trouva sa dame, qui monta derrière luy sur

son cheval, puis picquèrent fort tant qu'ilz eurent eloigné la place.

Quand ilz se trouvèrent aucun petit eloignez, ce bon chevalier,

craignant qu'il ne traveillast sa trèschière amye, rompit son legier pas

et fist espandre tous ses gens par divers chemins pour veoir se quelque

ung les suyvoit, et chevauchoit à travers champs sans tenir voies ne

sentiers le plus doulcement et debonnairement qu'il povoit, et chargea à

ses gens qu'ilz se trouvassent ensemble tous à ung gros village qu'il

leur nomma, où il avoit intencion de repaistre. Ce village estoit assez

estrangé de la voye commune des chevaucheurs et chemineurs; et tant

chevauchèrent les dits amans qu'ilz vindrent seuletz au dit village, où

la feste generale se faisoit, à laquelle y avoit gens de toutes sortes

et grand foison. Ilz entrèrent en la meilleur taverne de tout le lieu,

et incontinent demandèrent à boire et à menger, car il estoit tard après

disner, et la pucelle estoit trèsfort traveillée. Ilz firent faire bon

feu et trèsbien appoincter à menger pour les gens du dit chevalier, qui

n'estoient encores venuz. Guères n'eurent esté en leur hostellerie que

veezcy venir quatre gros charruyers ou bouviers plus villains encores,

et entrèrent baudement en cest hostel, demandans rigoreusement où estoit

la ribauldelle que ung ruffien naguères avoit amenée derrière luy sur

ung cheval, et qu'il failloit qu'ilz bussent avec elle et à leur tour la

gouverner. L'oste, qui estoit homme bien cognoissant le dit chevalier,

bien sachant que ainsi n'estoit que les ribauldz disoient, leur

respondit gracieusement que telle n'estoit elle qu'ilz cuidoient. «Par

cy, par là, dirent ilz, si vous ne la nous livrés incontinent, nous

abattrons les huys et l'enmerrons par force et malgré vous deus.» Quand

le bon hoste entendit et cogneut leur rigueur, et que sa doulce parolle

ne luy prouffitoit point, il leur nomma le nom du chevalier, lequel

estoit trèsrenommé ès marches, mais pou cogneu des gens, à l'occasion

que tousjours avoit esté hors du païs, acquerant honneur et renommée

glorieuse ès guerres et voyages loingtains. Leur dist aussi que la

femme estoit une jeune pucelle parente au dit chevalier, laquelle estoit

née et yssue de grand maison et noble parentage. «Helas! messeigneurs,

vous povez, dist il, sans dangier de vous ne d'aultruy, estaindre et

passer voz chaleurs desordonnées avecques plusieurs aultres qui, à

l'occasion de la feste de ce village, sont venues et arrivées, et pour

aultre chose non que pour vous et voz semblables. Pour Dieu, laissez en

paix ceste noble fille, et mettez devant voz yeulx les grands dangiers

où vous boutez, et ne soiez jà si presumptueux de cuider que le

chevalier la vous laisse mener sans la defendre. Pensez, pensez voz

vouloirs desraisonnables et le grand mal que vous voulez commectre à

petite occasion.--Cessez vostre sermon, dirent les loudiers, tous alumez

du feu de concupiscence charnelle, et donnez nous voye que la puissions

avoir; aultrement vous ferons honte et blasme, car en publicque ycy nous

l'amerrons, et chacun de nous quatre en fera son bon plaisir.» Les

parolles finées, le bon hoste monta en la chambre où le chevalier et la

bonne pucelle estoient, puis hucha à part le chevalier, à qui il compta

la volunté des quatre villains enragez, lequel, quand il eut tout bien

et constamment entendu sans estre guères troublé, descendit, garny de

son espée, parler aux quatre ribaulx, leur demandant trèsdoulcement

quelle chose il leur plaisoit. Et ainsi, rudes et malsades qu'ilz

estoient, respondirent qu'ilz vouloient avoir la ribauldelle qu'il

tenoit fermée en sa chambre, et que, si doulcement ne leur bailloit,

ilz luy tolliroient et raviroient à son grand dommage. «Beaulx

seigneurs, dist le chevalier, si vous me cognoissiez bien, vous ne me

tiendriez pour tel qui maine par les champs les femmes telles que vous

nommez ceste; oncques ne feiz telle folie, la Dieu mercy; et quand la

volunté me seroit telle, que Dieu ne veille! jamais je ne le feroye ès

marches dont je suis et tous les miens. Ma noblesse et la netteté de mon

courage ne pourroient souffrir que ainsi me gouvernasse. Ceste femme est

une jeune pucelle, ma cousine prochaine, yssue de noble maison; et je

vois pour esbatre et passer temps doulcement, la menant avec moy,

acompaigné de mes gens, lesquelx, jasoit qu'ilz ne soient cy presens,

toutesfois viendront ilz tantost, et je les attens; et ne soiez jà si

abusez en voz courages que je me repute si lasche que je la laisse

villanner ne souffrir luy faire injure tant ne quant, mais la defendray

aussi avant et aussi longuement que la vigueur de mon corps pourra durer

et jusques à la mort.» Avant que le chevalier eust finé sa parolle, les

villains plastriers luy entrerompirent en nyant premier qu'il fust celuy

qu'il avoit nommé, pource qu'il estoit seul, et le dit chevalier ne

chevauchoit jamais que en grand compaignie de gens. Pour quoy luy

conseillèrent qu'il baillast la dicte femme, s'il estoit sage, ou

aultrement luy tolliroient par force, quelque chose qui s'en puist

ensuyr. Helas! quand le vaillant et courageux chevalier perceut que

doulceur n'avoit point lieu en ses responces, et que rigueur et haulteur

occupoient la place, il se ferma en son courage, et résolut que les

villains n'aroient jà la joissance de la pucelle, ou il y mourroit en la

defendant. Pour faire fin, l'un de ces quatre s'avança de ferir de son

baston à l'huis de la chambre, et les aultres le suyrent, qui furent

vaillamment reboutez du chevalier. Et ainsi se commença la bataille, qui

dura assez longuement. Combien que les deux parties fussent

dispareilles, ce bon chevalier vaincquit et rebouta les quatre ribaulx,

et, ainsi qu'il les poursuyvoit chassant pour en estre au dessus, l'un

d'iceulx, qui avoit ung glaive, se vira subit et le darda en l'estomac

du chevalier et le percha de part en part, du quel cop incontinent cheut

tout mort, dont ilz furent trèsjoieux. Ce fait, l'oste fut par eulx

contraint de l'enfouir et mettre en terre ou au jardin de l'ostel, sans

esclandre ne noise; aultrement ilz le menassoient tuer. Quand le

chevalier fut mort, ilz vindrent hurter à la chambre où estoit la

pucelle, à qui desplaisoit moult que son amoureux tant demouroit, et

boutèrent l'huis oultre. Et si tost qu'elle vit les bourgois entrer,

elle jugea tantost que le chevalier estoit mort, disant: «Helas! où est

ma garde? où est mon seul refuge? Qu'est il devenu? Dont vient que ainsi

me laisse seullette?» Les ribaulx, voyans qu'elle estoit ainsi troublée,

la cuidèrent faulsement decevoir par doulces parolles, en disant que le

chevalier estoit en une maison, et qu'il luy mandoit qu'elle y allast

avec eulx, et que plus seurement s'i pourroit garder; mais riens n'en

voult croire, car le cueur tousjours luy jugeoit qu'ilz l'avoient tué et

murdry. Si commença à soy dementer et crier plus amèrement que devant.

«Qu'est ce cy, dirent ilz, que tu nous faiz estrange manière? Cuides tu

que nous ne te cognoissions? Si tu as suspeçon sur ton ruffien qu'il ne

soit mort, tu n'es pas abusée: nous en avons delivré le païs. Pour quoy

soies toute asseurée que nous quatre arons chacun ta compaignie.» Et, à

ces motz, l'un d'eulx s'avance, qui la prent le plus rudement du monde,

disant qu'il aura sa compaignie avant qu'elle luy eschappe, veille ne

daigne. Quand la pouvre pucelle se voit ainsi efforcée, et que la

doulceur de son langage ne luy portoit point de prouffit, leur dist:

«Helas! messeigneurs, puis que vostre mauvaise volunté est ainsi

tournée, et que humble prière ne la peut adoulcir ne ploier, au mains

aiez en vous ceste honesteté que, puis qu'il fault que à vous je soie

abandonnée, ce soit premièrement à l'un sans la presence de l'autre.»

Ilz luy accordèrent, jasoit ce que trèsenvys, et puis luy firent choisir

pour eslire celuy d'eulx quatre qui devoit demourer avec elle. L'un

d'eulx, lequel elle cuidoit estre le plus begnin et doulx de tous, elle

eleut; mais de tous estoit il le pire. La chambre fut fermée, et tantost

après la bonne pucelle se gecta aux piez du ribaulx, en luy faisant

pluseurs piteuses remonstrances, luy priant qu'il eust pitié d'elle.

Mais tousjours perseverant en malignité, dist qu'il feroit sa volunté

d'elle. Quand elle le vit si dur et obstiné, et que sa prière trèshumble

ne vouloit exaulser, luy dist: «Or çà, puis qu'il convient qu'il soit,

je suis contente; mais je vous supply que cloiez les fenestres, affin

que nous soyons plus secrètement.» Il l'accorda bien envys, et, tantdiz

qu'il les cloyoit, la pucelle sacqa ung petit cousteau qu'elle avoit

pendu à sa cincture, se trencha la gorge et rendit l'ame. Et quand le

ribauld la vit couchée à terre morte, il s'en fuyt avecques ses

compaignons. Et est à supposer qu'ilz ont esté puniz selon l'exigence du

cas piteux. Ainsi finèrent leurs jours les deux loyaux amoureux tantost

l'un après l'autre, sans percevoir rien du joieux plaisir où ilz

cuidoient ensemble vivre et durer tout leur temps.

LA XCIXe NOUVELLE.

PAR L'ACTEUR.

S'il vous plaist, vous orrez, avant qu'il soit plus tard, tout à ceste

heure ma petite ratelée et compte abregé d'un vaillant evesque

d'Espaigne, qui pour aucuns afferes du roy de Castille, son maistre, ou

temps de ceste histoire, s'en alloit en court de Romme. Ce vaillant

prelat, dont j'entens fournir ceste derreniere nouvelle, vint ung soir

en une petite villette de Lombardie; et luy estant arrivé par ung

vendredy assez de bonne heure, vers le soir, ordonna son maistre d'ostel

le faire souper de bonne heure, et le tenir le plus aise que faire ce

pourroit, de ce dont on pourroit recouvrer en la ville; car la mercy

Dieu, quoyqu'il fust et gros et gras, et ne se donnoit de traveil que

bien à point, si n'en jeunoit il journée. Son maistre d'ostel, pour luy

obéir, s'en alla au marché, et par toutes les poissonneries de la ville

pour trouver du poisson. Mais pour faire le compte bref, il n'en peut

oncques recouvrer d'un seul lopin, quelque diligence que luy et son

hoste en sceussent faire. D'adventure, eulx s'en retournans à l'ostel

sans poisson, trouvèrent ung bon homme des champs qui avoit deux bonnes

perdriz et ne demandoit que marchant. Si s'en pensa le maistre d'ostel

que s'il en povoit avoir bon compte, elles ne luy eschapperoient pas, et

que bonnes seroient pour dimenche, et que son maistre en feroit grand

feste. Il les acheta et en eut bon pris. Il vint vers son maistre ses

deux perdriz en sa main, toutes vives, grasses, et bien refaictes, et pas

luy compta l'eclipse de poisson qui estoit en la ville, dont il n'estoit

trop joyeulx. Et luy, dist: «Et que pourrons nous soupper?--Monseigneur,

respondit il, je vous feray faire des oeufs en plus de cent mille

manières; vous aurez aussi des pommes et des poires. Nostre hoste a

aussi de bon fromage et bien gras: nous vous tiendrons bien aise. Ayez

pacience pour meshuy, ung soupper est tantost passé; vous serez demain

plus aise, si Dieu plaist. Nous yrons en la ville, qui est trop mieulx

empoissonnée que ceste cy; et Dimenche vous ne povez faillir d'estre

bien disné, car veezcy deux perdriz que j'ay pourveues, qui sont à bon

escient bonnes et bien nourries.» Ce maistre evesque se fist bailler ces

perdriz, et les trouva telles qu'elles estoient bonnes à bon escient; si

se pensa qu'elles tiendroient à soupper la place du poisson qu'il

cuidoit avoir, dont il n'avoit point; car il n'en peut oncques trouver.

Si les fist tuer bien en haste, plumer, larder et mettre en broche. Lors

le maistre d'ostel, voyant qu'il les vouloit rostir, fut esbahy et dist

à son maistre: «Monseigneur, elles sont bonnes tuées, mais les rostir

maintenant pour le Dimanche, il ne me semble pas bon.» Ledit maistre

d'ostel perdoit son temps, car, quelque chose qu'il sceut remonstrer, si

ne la voulut il croire: elles furent mises en broche et rosties. Le bon

prelat estoit la plus part du temps qu'elles mirent à cuire tousjours

present, dont son maistre d'ostel ne se sçavoit assez esbahir, et ne

savoit pas bien l'appetit desordonné de son maistre qu'il eust à ceste

heure de devorer ces perdrix, ainçois cuidoit qu'il le fist pour

Dimenche les avoir plus prestes au disner. Lors les fist ainsi habiller,

et quand elles furent prestes et rosties, la table couverte et le vin

aporté, oeufz en diverses façons habillez et mis à point, si s'assit le

prelat, et le _benedicite_ dit, demanda les perdris avec de la

moustarde. Son maistre d'ostel, desirant savoir que son maistre vouloit

faire de ces perdriz, si les luy mist devant luy toutes venantes de la

broche, rendantes une fumée aromaticque assez pour faire venir l'eaue à

la bouche d'ung friant. Et bon evesque d'assaillir ces perdrix et

desmembrer d'entrée la meilleure qui y fust; et commence à trencher et

menger, car tant avoit haste, que oncques ne donna loisir à son escuier

qui devant luy tranchoit qu'il eust mis son pain ne ses cousteaux à

point. Quand ce maistre d'ostel vit son maistre s'attraper à ces

perdris, il fust bien esbahy et ne se peut taire ne tenir de luy dire:

«Ha, monseigneur, que faictes vous? Estes vous Juif ou Sarrazin, qui ne

gardez aultrement le vendredy? Par ma foy, je me donne grand merveille

de vostre faict.--Tais toy, tais toy, dist le bon prelat, qui avoit

toutes les mains grasses et la barbe aussi de ces perdris; tu es beste,

et ne sçais que tu dis. Je ne fays point de mal. Tu sçais et congnois

bien que par parolles moy et tous les aultres prestres faisons d'une

hostie, qui n'est que de bled et d'eaue, le precieux corps de

Jhesu-Crist; et ne puis je donc pas, par plus forte raison, moy qui tant

ay veu de choses en court de Romme, et en tant de divers lieux, savoir

par paroles faire convertir ces perdriz, qui est chair, en poisson,

jasoit ce qu'elles retiennent la forme de perdriz? Si fais, dya;

maintes journées sont passées que j'en sçay bien la pratique. Elles ne

furent pas si tost mises à la broche que, par les parolles que je sçay,

je les charmé tellement que en substance de poisson se convertirent; et

en pourriez trestous qui estes icy menger, comme moy, sans peché. Mais

pour l'ymagination que vous en pouriez prendre, elles ne vous feroient

jà bien; si en feray tout seul le meschief.» Le maistre d'ostel et tous

les autres de ses gens commencèrent à rire, et firent semblant de

adjouster foy à la bourde de leur maistre, trop subtilement fardée et

colorée; et en tindrent depuis manière du bien de luy, et aussy

maintesfoiz en divers lieux joyeusement le racomptèrent.

LA Ce ET DERRENIÈRE NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.

Les Cent Nouvelles Nouvelles, tome II · 第 12 / 17 段