Je n'ai lu qu'aujourd'hui le travail de Lamartine sur _les Misérables_.
Cela pourrait s'appeler: _Essai de morsure par un cygne_.
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La prose et le vers ne sont que des matières dont se sert le poëte,
fondeur et ciseleur, pour faire les figures de ses idées. Le vers, c'est
le marbre; la prose, c'est l'airain.
Matières admirables, cire pour l'artiste créateur, granit pour la
postérité; aussi précieuses d'ailleurs l'une que l'autre devant la
pensée; le métal de Corinthe vaut la pierre de Carrare. Tacite vaut
Virgile.
Cependant le vers a plus de chance de durée que la prose, parce qu'il se
vulgarise plus difficilement et qu'il ne se dissout jamais en monnaie.
On ne peut faire des sous avec une figure de marbre; on en peut faire
avec une statue de bronze.
Il y a des sujets qui peuvent être indifféremment traités en prose ou en
vers, taillés dans le bloc ou coulés dans la fournaise. Ce sont ceux où
se mélangent dans une proportion quelconque l'humain et le divin,
l'idéal et le réel. Il y a d'autres idées qui exigent impérieusement le
marbre blanc, transparent et rêveur du vers. La beauté pure veut le
vers. Une Vénus en bronze serait une négresse.
La poésie dramatique admet la prose; la poésie lyrique l'exclut.
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Le théâtre est le point frontière de la civilisation et de l'art; c'est
le lieu d'intersection de la société des hommes avec ses vices, ses
préjugés, ses aveuglements, ses tendances, ses instincts, son autorité,
ses lois et ses moeurs, et de la pensée humaine avec ses libertés, ses
fantaisies, ses aspirations, son magnétisme, ses entraînements et ses
enseignements.
Au théâtre, le poëte et la multitude se regardent; quelquefois ils se
touchent, quelquefois ils s'affrontent, quelquefois ils se mêlent:
mélange fécond. D'un côté une foule, de l'autre un esprit. Ce quelque
chose de la foule qui entre dans un esprit, ce quelque chose d'un esprit
qui entre dans la foule, c'est l'art dramatique tout entier.
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Génie lyrique: être soi. Génie dramatique: être les autres.
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Poëtes dramatiques, mettez plutôt les hommes historiques que les faits
historiques sur la scène. Vous êtes souvent forcés de faire les
événements faux, vous pouvez toujours faire les hommes vrais. Écrivez le
drame, non suivant, mais selon l'histoire.
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De braves gens vomissent sur Shakespeare. On vomit bien sur l'Océan. Au
fait, le haut drame est comme la haute mer: il fait frissonner de joie
les uns et soulève la nausée des autres; il a l'odeur et le roulis de
l'abîme; il vous donne le mal de mer. Qu'est-ce que cela prouve contre
le drame et contre l'Océan?
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Il n'y a pas de monologue dans le rôle de Tartuffe; Iago est tout en
monologues. Et puis, faites des théories!
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Scénario de _Bérénice_: