_Deuxième bulletin de la grande armée._
Les événemens se pressent avec la plus grande rapidité. Le 14, la
deuxième division du corps d'armée du maréchal Soult, que commande le
général Vandamme, a forcé de marche, ne s'est arrêtée à Nordlingen que
deux heures, est arrivée à huit heures du soir à Donawerth, et s'est
emparée du pont que défendait le régiment de Colloredo. Il y a eu
quelques hommes tués et des prisonniers.
Le 15, à la pointe du jour, le prince Murat est arrivé avec ses dragons;
le pont a été à l'heure même raccommodé, et le prince Murat, avec la
division de dragons que commande le général Watter, s'est porté sur le
Lech, a fait passer le colonel Wattier à la tête de deux cents dragons,
qui, après une charge très-brillante, s'est emparé du pont du Lech, et
a culbuté l'ennemi, qui était du double de sa force. Le même jour, le
prince Murat a couché à Rain.
Le 16, le maréchal Soult est parti avec les deux divisions Vandamme et
Legrand, pour se porter sur Augsbourg dans le même temps que le général
Saint-Hilaire, avec sa division, s'y portait par la rive gauche.
Le 17, à la pointe du jour, le prince Murat, à la tête des divisions de
dragons des généraux Beaumont et Klein, et de la division de carabiniers
et de cuirassiers, commandée par le général Nansouty, s'est mis en
marche pour couper la route d'Ulm a Augsbourg. Arrivé à Wertingen, il
aperçut une division considérable d'infanterie ennemie, appuyée par
quatre escadrons de cuirassiers d'Albert. Il enveloppe aussitôt tout
ce corps. Le maréchal Lannes, qui marchait derrière ces divisions de
cavalerie, arrive avec la division Oudinot, et après un engagement de
deux heures, drapeaux, canons, bagages, officiers et soldats, toute la
division ennemie est prise. Il y avait douze bataillons de grenadiers
qui venaient en grande hâte du Tyrol au secours de l'armée de Bavière.
Ce ne sera que dans la journée de demain qu'on connaîtra tous les
détails de cette action vraiment brillante.
Le maréchal Soult, avec ses divisions, a manoeuvré toute la journée du
15 et du 16 sur la rive gauche du Danube pour intercepter les débouchés
d'Ulm et observer le corps d'armée qui paraît encore réuni dans cette
place.
Le corps du maréchal Davoust est arrivé seulement le 16 à Neubourg.
Le corps du général Marmont y est également arrivé.
Le corps du général Bernadotte et les Bavarois sont arrivés, le 10, à
Aichstett.
Par les renseignemens qui ont été pris, il paraît que douze régimens
autrichiens ont quitté l'Italie pour renforcer l'armée de Bavière.
La relation officielle de ces marches et de ces événemens intéressera le
public et fera le plus grand honneur à l'armée.
Au quartier-général d'Augsbourg, le 18 vendémiaire an 14 (10 octobre
1805).
_Aux préfet et maires de la ville de Paris._
Messieurs les préfets et maires de notre bonne ville de Paris, nos
troupes ayant, au combat de Wertingen, défait douze bataillons de
grenadiers, l'élite de l'armée autrichienne, toute son artillerie étant
restée en notre pouvoir, ainsi qu'un grand nombre de prisonniers et huit
drapeaux, nous avons résolu de faire présent des drapeaux à notre
bonne ville de Paris et de deux pièces de canon pour rester à
l'Hôtel-de-Ville. Nous désirons que notre bonne ville de Paris voie dans
ce ressouvenir et dans ce cadeau, qui lui sera d'autant plus précieux
que c'est son gouverneur[82] qui commandait nos troupes au combat de
Wertingen, l'amour que nous lui portons.
Cette lettre n'étant à d'autre fin, nous prions Dieu qu'il vous tienne
en sa sainte et digne garde.