NAPOLÉON.

Paris, le 6 nivose an l3 (27 décembre 1804).

_Discours prononcé par l'empereur à l'ouverture du corps législatif._

«Messieurs les députés des départemens au corps législatif, messieurs

les tribuns et les membres de mon conseil-d'état, je viens présider à

l'ouverture de votre session. C'est un caractère plus imposant et

plus auguste que je veux imprimer à vos travaux. Princes, magistrats,

citoyens, soldats, nous n'avons tous dans notre carrière qu'un seul

but, l'intérêt de la patrie. Si ce trône sur lequel la Providence et la

volonté de la nation m'ont fait monter est cher a mes yeux, c'est parce

que seul il peut défendre et conserver les intérêts les plus sacrés du

peuple français. Sans un gouvernement fort et paternel, la France aurait

à craindre le retour des maux qu'elle a soufferts. La faiblesse du

pouvoir suprême est la plus affreuse calamité des peuples. Soldat ou

premier consul, je n'ai eu qu'une pensée; empereur, je n'en ai pas

d'autre: les prospérités de la France. J'ai été assez heureux pour

l'illustrer par des victoires, pour la consolider par des traités, pour

l'arracher, aux discordes civiles et y préparer la renaissance des

moeurs, de la société et de la religion. Si la mort ne me surprend pas

au milieu de mes travaux, j'espère laisser à la postérité un souvenir

qui serve à jamais d'exemple ou de reproche a mes successeurs.

«Mon ministre de l'intérieur vous fera l'exposé de la situation de

l'empire; les orateurs de mon conseil-d'état vous présenteront les

différens besoins de la législation. J'ai ordonné qu'on mît sous vos

yeux les comptes que mes ministres m'ont rendus de la gestion de leur

département. Je suis satisfait de l'état prospère de nos finances.

Quelles que soient les dépenses, elles sont couvertes par les recettes.

Quelqu'étendus qu'aient été les préparatifs qu'a nécessités la guerre

dans laquelle nous sommes engagés, je ne demanderai à mon peuple aucun

nouveau sacrifice.

«Il m'aurait été doux, à une époque aussi solennelle, de voir la paix

régner sur le monde; mais les principes politiques de nos ennemis, leur

conduite récente envers l'Espagne, en font connaître les difficultés.

Je ne veux pas accroître le territoire de la France, mais en maintenir

l'intégrité; Je n'ai point l'ambition d'exercer en Europe une plus

grande influence, mais je ne veux pas décheoir de celle que j'ai

acquise. Aucun état ne sera incorporé dans l'empire; mais je ne

sacrifierai pas mes droits, les liens qui m'attachent aux états que j'ai

créés.

«En me décernant la couronne, mon peuple a pris l'engagement de faire

tous les efforts que requerraient les circonstances pour lui conserver

cet éclat qui est nécessaire à sa prospérité et à sa gloire comme à la

mienne. Je suis plein de confiance dans l'énergie de la nation et dans

ses sentimens pour moi. Ses plus chers intérêts sont l'objet constant de

mes sollicitudes.

«Messieurs les députés des départemens au corps législatif, messieurs

les tribuns et les membres de mon conseil d'état, votre conduite pendant

la session précédente, le zèle qui vous anime pour la patrie, pour ma

personne, me sont garans de l'assistance que je vous demande, et que je

trouverai en vous pendant le cours de cette session.»

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 305 / 342 题