Saint-Cloud, le 21 messidor an 12 (10 juillet 1804).
_A M. Régnier, grand-juge, ministre de la justice._
Monsieur Régnier, grand-juge, au moment de la paix générale, j'ai réuni
le ministère de la police à celui de la justice. Les circonstances de
la guerre et les derniers événemens m'ont convaincu de la nécessité que
vous m'avez souvent représentée, de réorganiser ce ministère, et m'ont
décidé à céder au désir que vous m'avez témoigné d'être laissé tout
entier aux fonctions si importantes de grand-juge, ministre de la
justice. Je ne puis adhérer à votre voeu sans vous témoigner la
satisfaction que j'ai eue de vos services, comme ministre de la police
générale. Rendu a votre ministère naturel, vous ne pourrez y apporter
plus de zèle que vous ne l'avez fait jusqu'à ce jour; mais vous aurez
plus de temps a donner à cette partie si essentielle du gouvernement. La
bonne administration de la justice et la bonne composition des tribunaux
sont dans un état ce qui a le plus d'influence sur la valeur et la
conservation des propriétés, et sur les intérêts les plus chers de tous
les citoyens.
Cette lettre n'ayant point d'autre objet, monsieur Régnier, grand-juge,
ministre de la justice, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.