Les événemens n'ont point trompé les voeux et l'attente du gouvernement.
Le corps législatif, au moment où il reprend ses travaux, retrouve la
république plus forte de l'union des citoyens, plus active dans son
industrie, plus confiante dans sa prospérité.
L'exécution du concordat, sur laquelle des ennemis de l'ordre public
avaient encore fondé de coupables espérances, a donné presque partout
les résultats les plus heureux. Les principes d'une religion éclairée,
la voix du souverain pontife, la constance du gouvernement, ont triomphé
de tous les obstacles. Des sacrifices mutuels ont réuni les ministres
du culte. L'église gallicane renaît par les lumières et la concorde, et
déjà un changement heureux se fait sentir dans les moeurs publiques. Les
opinions et les coeurs se rapprochent; l'enfant redevient plus docile
à la voix de ses parens; la jeunesse plus soumise à la voix des
magistrats; la conscription s'exécute aux lieux même où le nom seul
de la conscription soulevait les esprits; et servir la patrie est une
partie de la religion.
Dans les départemens qu'a visités le premier consul, il a recueilli
partout le témoignage de ce retour aux principes qui font la force et le
bonheur de la société.
Dans l'Eure, dans la Seine-Inférieure, dans l'Oise, on est fier de la
gloire nationale, on sent dans toute leur étendue les avantages de
l'égalité; on bénit le retour de la paix; on bénit le rétablissement du
culte public. C'est par tous ces liens que les coeurs ont été rattachés
à l'état et à la constitution.
Le devoir du gouvernement est de nourrir et d'éclairer ces heureuses
dispositions.
Les autres cultes s'organisent et les consistoires se composent de
citoyens éclairés, défenseurs connus de l'ordre public, de la liberté
civile et de la liberté religieuse.
L'instruction publique, cet appui nécessaire des sociétés, est partout
demandée avec ardeur. Déjà s'ouvrent plusieurs lycées; déjà, comme
l'avait prévu le gouvernement, une multitude d'écoles particulières
s'élèvent au rang des écoles secondaires. Tous les citoyens sentent
qu'il n'est pas de bonheur sans lumières: que sans talens ni
connaissances, il n'y a d'égalité que celle de la misère et de la
servitude.
Une école militaire recevra de jeunes défenseurs de la patrie; soldats,
ils apprendront à supporter la vie des camps et les fatigues de la
guerre. Par une longue obéissance, ils se formeront à commander et
apporteront aux armées la force et la discipline unies aux connaissances
et aux talens.
Dans les lycées comme dans l'école militaire, la jeunesse des
départemens nouvellement incorporés à la république, vivra confondue
avec la jeunesse de l'ancienne France. De la fusion des esprits et des
moeurs, de la communication des habitudes et des caractères, du mélange
des intérêts, des ambitions et des espérances, naîtra cette fraternité,
qui de plusieurs peuples ne fera qu'un seul, destiné par sa position,
par son courage, par ses vertus, à être le lien et l'exemple de
l'Europe.
L'institut national, à sa puissance sur l'instruction publique, a reçu
une direction plus utile; et désormais il déploiera, sur le caractère
de la nation, sur la langue, sur les sciences, sur les arts, sur les
lettres, une influence plus active.
Pour assurer la stabilité de nos institutions naissantes, pour éloigner
des regards des citoyens ce spectre de la discorde qui leur apparaissait
encore dans le retour périodique des élections à la suprême
magistrature, les amis de la patrie appelèrent le consulat à vie sur la
tête du premier magistrat. Le peuple, consulté, a répondu à leur appel,
et le sénat a proclamé la volonté du peuple.
Le système d'éligibilité n'a pu résister au creuset de l'expérience et à
la force de l'opinion publique.
L'organisation du sénat était incomplète.
La justice nationale était disséminée dans des tribunaux sans harmonie,
sans dépendance mutuelle: point d'autorité qui les protégeât, ou qui pût
les réformer; point de liens qui les assujettissent à une discipline
commune.
Il manquait à la France un pouvoir que réclamait la justice même, celui
de faire grâce. Combien de fois, depuis douze ans, il avait été invoqué.
Combien de malheureux avaient succombé victimes d'une inflexibilité que
les sages reprochaient à nos lois! Combien de coupables qu'une funeste
indulgence avait acquittés, parce que les peines étaient trop sévères.
Un sénatus-consulte a rendu au peuple l'exercice des droits que
l'assemblée constituante avaient reconnus, mais il les lui a rendus
environnés de précautions qui le défendent de l'erreur ou de la
précipitation de son choix; qui assurent le respect des propriétés et
l'ascendant des lumières.
Que les premières magistratures viennent à vaquer, les devoirs et la
marche du sénat sont tracés; des formes certaines garantissent la
sagesse et la liberté de son choix, et la souveraineté de ce choix ne
laisse ni à l'ambition le moyen de conspirer, ni à l'anarchie le moyen
de détruire.
Le ciment du temps consolidera chaque jour cette institution tutélaire.
Elle sera le terme de toutes les inquiétudes et le but de toutes les
espérances, comme elle est la plus belle des récompenses promises aux
services et aux vertus publiques.
La justice embrasse d'une chaîne commune tous tes tribunaux; ils ont
leur subordination et leur censure; toujours libres dans l'exercice de
leurs fonctions, toujours indépendans du pouvoir, et jamais indépendans
des lois.
Le droit de faire grâce quand l'intérêt de la république l'exige, ou
quand les circonstances commandent l'indulgence, est remis aux mains
du premier magistrat; mais il ne lui est remis que sous la garde de la
justice même; il ne l'exerce que sous les yeux d'un conseil, et après
avoir consulté les organes les plus sévères de la loi.
Si les institutions doivent être jugées par leurs effets, jamais
institution n'eut un résultat plus important que ce sénatus-consulte
organique. C'est à compter de ce moment que le peuple français s'est
confié à sa destinée, que les propriétés ont repris leur valeur
première, que se sont multipliées les longues spéculations; jusque-là
tout semblait flotter encore. On aimait le présent, on doutait du
lendemain, et les ennemis de la patrie nourrissaient toujours des
espérances. Depuis cette époque il ne leur reste que de l'impuissance et
de la haine.
L'île d'Elbe avait été cédée à la France; elle lui donnait un peuple
doux, industrieux, deux ports superbes, une mine féconde et précieuse;
mais séparée de la France, elle ne pouvait être intimement attachée à
aucun de ses départemens; ni soumise aux règles d'une administration
commune. On a fait fléchir les principes sous la nécessité des
circonstances; on a établi pour l'île d'Elbe des exceptions que
commandaient sa position et l'intérêt public.
L'abdication du souverain, le voeu du peuple, la nécessité des choses,
avaient mis le Piémont au pouvoir de la France. Au milieu des nations
qui l'environnent avec les élémens qui composaient sa population, le
Piémont ne pouvait supporter ni le poids de sa propre indépendance,
ni les dépenses d'une monarchie. Réuni à la France, il jouira de
sa sécurité et de sa grandeur; les citoyens laborieux, éclairés,
développeront leur industrie et leurs talens dans le sein des arts et de
la paix.
Dans l'intérieur de la France, règne le calme et la sécurité. La
vigilance des magistrats, une justice sévère, une gendarmerie fortement
constituée et dirigée par un chef qui a vieilli dans la carrière de
l'honneur, ont imprimé partout la terreur aux brigands.
L'intérêt particulier s'est élevé jusqu'au sentiment de l'intérêt
public. Les citoyens ont osé attaquer ceux qu'autrefois ils redoutaient,
lors même, qu'ils étaient enchaînés au pied des tribunaux. Des communes
entières se sont armées et les ont détruits. L'étranger envie la sûreté
de nos routes et cette force publique, qui souvent invisible, mais
toujours présente, veille sur son pays et le protége sans qu'il la
réclame. Dans le cours d'une année difficile, au milieu d'une pénurie
générale, le pauvre ne s'est point défié des soins du gouvernement. Il a
supporté avec courage des privations nécessaires; et les secours qu'il
avait lieu d'attendre, il les a reçus avec reconnaissance.
Le crime de faux n'est plus encouragé par l'espoir de l'impunité. Le
zèle des tribunaux chargés de le frapper, et la juste sévérité des
lois, ont enfin arrêté les progrès de ce fléau qui menaçait la fortune
publique et les fortunes particulières. Notre culture se perfectionne et
défie les cultures les plus vantées de l'Europe. Dans les départemens,
il est des cultivateurs éclairés qui donnent des leçons et des exemples.
L'éducation des chevaux a été encouragée par des primes; l'amélioration
des laines, par l'introduction de troupeaux de races étrangères. Partout
les administrateurs zélés recherchent et relèvent les richesses de
notre sol, et propagent les méthodes utiles et les résultats heureux de
l'expérience. Nos fabriques se multiplient, s'animent et s'éclairent;
émules entre elles, bientôt elles seront les rivales des fabriques les
plus renommées dans l'étranger. Il ne manque désormais à leur prospérité
que des capitaux moins chèrement achetés. Mais déjà les capitaux
abandonnent les spéculations hasardeuses de l'agiotage, et retournent
à la terre et aux entreprises utiles. Plus de vingt mille ouvriers
français qui étaient dispersés dans l'Europe sont rappelés par les
fabricans et vont être rendus à nos manufactures.
Parmi nos fabriques, il en est une plus particulière à la France, que
Colbert échauffa de son génie; elle avait été ensevelie sous les ruines
de Lyon; le gouvernement a mis tous ses soins à l'en retirer. Lyon
renaît à la splendeur et à l'opulence; et déjà du sein de leurs
ateliers, ses fabricans imposent des tributs aux principaux de l'Europe.
Mais le principe de leurs succès est dans le luxe même de la France:
c'est dans la mobilité de nos goûts, dans l'inconstance de nos modes que
le luxe étranger doit trouver son aliment; c'est là ce qui doit faire
mouvoir et vivre une population immense, qui sans cela irait se perdre
dans la corruption et la misère.
Il y aura à Compiègne, il s'élèvera bientôt sur les confins de la
Vendée, des prytanées où la jeunesse se formera pour l'industrie et pour
les arts mécaniques. De là nos chantiers, nos manufactures tireront un
jour les chefs de leurs ateliers, de leurs travaux.
Quatorze millions, produit de la taxe des barrières, et dix millions
d'extraordinaire, ont été, pendant l'an 10, employés aux routes
publiques. Les anciennes communications ont été réparées et entretenues.
Des communications nouvelles ont été ouvertes. Le Simplon, le
Mont-Cenis, le Mont-Genèvre, nous livreront bientôt un triple et facile
accès en Italie. Un grand chemin conduira de Gênes à Marseille. Une
route est tracée du Saint-Esprit à Gap; une autre, de Rennes à Brest par
Pontivy. A Pontivy, s'élèvent de grands établissemens qui auront une
grande influence sur l'esprit public des départemens dont se composait
l'ancienne Bretagne; un canal y portera le commerce et une prospérité
nouvelle.
Sur les bords du Rhin, de Bingen à Coblentz, une route nécessaire est
taillée dans des rochers inaccessibles. Les communes voisines associent
leurs travaux aux efforts du trésor public, et les peuples de l'autre
rive qui riaient de la folie de l'entreprise, restent confondus de la
rapidité de l'exécution.
De nombreux ateliers sont distribués sur le canal de Saint-Quentin.
Le canal de l'Ourcq vient de s'ouvrir, et bientôt Paris jouira de ses
eaux, de la salubrité, et des embellissemens qu'elles lui promettent.
Le canal destiné à unir la navigation de la Saône, du Doubs et du Rhin,
est presque entièrement exécuté jusqu'à Dôles; et le trésor public
reçoit déjà, dans l'augmentation du prix des bois auxquels ce canal sert
de débouché, une somme égale à celle qu'il a fournie pour en continuer
les travaux.
Les canaux d'Aigues-Mortes et du Rhône, le dessèchement des marais de la
Charente-Inférieure sont commencés, et donneront de nouvelles routes au
commerce, et de nouvelles terres à la culture. On travaille à rétablir
les digues de l'île de Cadsan, celles d'Ostende, celles des côtes du
Nord, et à rétablir la navigation de nos rivières. Cette navigation
n'est déjà plus abandonnée aux seuls soins du gouvernement. Les
propriétaires des bateaux qui les fréquentent ont enfin senti qu'elle
était leur patrimoine, et ils appellent sur eux-mêmes les taxes qui
doivent en assurer l'entretien.
Sur l'Océan, des forts s'élèvent pour couvrir la rade de l'île d'Aix et
défendre les vaisseaux de la république. Partout des fonds sont affectés
à la réparation et au nettoyement de nos ports; un nouveau bassin et une
écluse de chasse termineront le port du Hâvre, et en feront le plus beau
port de commerce de la Manche. Une compagnie de pilotes se forme pour
assurer la navigation de l'Escaut, et l'affranchir de la science et du
danger des pilotés étrangers.
A Anvers, vont commencer les travaux qui doivent rendre à son commerce
son ancienne célébrité; et dans la pensée du gouvernement, sont les
canaux qui doivent lier la navigation de l'Escaut, de la Meuse et du
Rhin, rendre à nos chantiers, à nos besoins, des bois qui croissent sur
notre sol, et à nos fabriques une consommation que des manufactures
étrangères leur disputent sur leur propre territoire.
Les îles de la Martinique, de Tabago, de Sainte-Lucie, nous ont été
rendues avec tous les élémens de la prospérité. La Guadeloupe reconquise
et pacifiée renaît à la culture. La Guyane sort de sa longue enfance et
prend des accroissemens marqués.
Saint-Domingue était soumis, et l'artisan de ses troubles était au
pouvoir de la France. Tout annonçait le retour de sa prospérité; mais
une maladie l'a livrée à de nouveaux malheurs. Enfin, le fléau qui
désolait notre armée a cessé ses ravages, les forces qui nous restent
dans la colonie, celles qui y arrivent de tous nos ports, nous
garantissent qu'elle sera bientôt rendue à la paix et au commerce.
Des vaisseaux partent pour les îles de France et de la Réunion, et pour
l'Inde.
Notre commerce maritime recherche les traces de ses anciennes liaisons,
en forme de nouvelles, et s'enhardit par des essais. Déjà une heureuse
expérience et des encouragemens ont ranimé les armemens pour la
pêche, qui fut long-temps le patrimoine des Français. Des expéditions
commerciales plus importantes sont faites ou méditées pour les colonies
occidentales, pour l'Ile-de-France, pour les Indes.
Marseille reprend sur la Méditerranée son ancien ascendant.
Des chambres de commerce ont été rendues aux villes qui en avaient
autrefois; il en a été établi dans celles qui, par l'étendue de leurs
opérations et l'importance de leurs manufactures, ont paru les mériter.
Dans ces associations formées par d'honorables choix, renaîtront
l'esprit et la science du commerce. Là se développeront les intérêts,
toujours inséparables des intérêts de l'état. Le négociant y apprendra
à mettre avant les richesses, la considération qui les honore, et avant
les jouissances d'un vain luxe, cette sage économie qui fixe l'estime
des citoyens et la confiance de l'étranger.
Des députés choisis dans ces différentes chambres, discuteront sous les
yeux du gouvernement les intérêts du commerce et des manufactures, et
les lois et réglemens qu'exigeront les circonstances.
Dans nos aimées de terre et de mer se propagent l'instruction et l'amour
de la discipline. La comptabilité s'épure dans les corps militaires; une
administration domestique succède au régime dilapidateur des entreprises
et des fournitures. Le soldat mieux nourri, mieux vêtu, connaît
l'économie; et les épargnes qu'il verse dans la caisse commune
l'attachent à ses drapeaux comme à sa famille.
Toutes les sources de nos finances deviennent plus fécondes. La
perception des contributions indirectes est moins vigoureuse pour le
contribuable. On comptait, en l'an 6, cinquante millions en garnisaires
et en contraintes, et les recouvremens étaient arriérés de trois ou
quatre années. Aujourd'hui on n'en compte que trois millions, et les
contributions sont au courant.
Toutes les régies, toutes les administrations donnent des produits
toujours croissans. La régie de l'enregistrement est d'une fécondité
qui atteste le mouvement rapide des capitaux et la multiplicité des
transactions.
Au milieu de tant de signes de prospérité, on accuse encore l'excès des
contributions directes.
Le gouvernement a reconnu avec tous les hommes éclairés en
administration, que la surcharge était surtout dans l'inégalité de
la répartition. Des mesures ont été prises, et déjà s'exécutent
pour constater les inégalités réelles qui existent entre les divers
départemens. Au plus tard dans le cours de l'an 12, des opérations
régulières et simultanées nous auront appris quel est le rapport des
contributions entre un département et un autre département, et quel est
dans chaque département le taux moyen delà contribution foncière.
Une fois assuré d'un résultat certain, le gouvernement proposera les
rectifications que réclame la justice. Mais dès cette session, et sans
attendre les résultats, il proposera une diminution importante sur la
contribution foncière.
Des innovations sont proposées encore dans notre système de finances;
mais tout changement est un mal, s'il n'est pas démontré jusqu'à
l'évidence que des avantages certains doivent en résulter. Le
gouvernement attendra du temps et des discussions les plus approfondies
la maturité de ces projets que hasarde souvent l'inexpérience, qu'on
appuie sur l'exemple d'un passé dont les traces sont déjà effacées, pour
la plupart, des esprits, et sur la doctrine financière d'une nation qui,
par des efforts exagérés, a rompu toutes les mesures des contributions
et des dépenses publiques.
Avec un accroissement incalculé de revenus, des circonstances
extraordinaires ont amené des besoins qu'il n'avait pas été donné de
prévoir Il a fallu reconquérir deux de nos colonies, et rétablir dans
toutes le pouvoir et le gouvernement de la métropole; il a fallu par
des moyens soudains, et trop étendus pour être dirigés avec toute la
précision d'une sévère économie, assurer des subsistances à la capitale
et à un grand nombre de départemens; mais du moins le succès a répondu
aux efforts du gouvernement; et de ces vastes opérations il lui reste
des ressources pour garantir désormais la capitale du retour de la même
pénurie, et pour se jouer des combinaisons du monopole.
Dans le compte raisonné du ministre des finances, on trouve l'ensemble
des contributions annuelles et des diverses branches du revenu public,
ce qu'elles ont dû produire dans l'année révolue; ce qu'on doit en
attendre d'amélioration soit des mesures de l'administration, soit
du progrès de la prospérité publique; quels ont été, dans les divers
départemens du ministère, les élémens de la dépense pour l'an 10;
quelles sommes sont encore à solder sur cette année et les années
antérieures; quelles ressources restent pour les couvrir, soit dans les
recouvremens à faire pour le passé, soit dans les fonds extraordinaires
qui avaient été assignés pour la dépense de cette année, et qui n'ont
point encore été consommés; quel est l'état actuel de la dette publique;
quels en ont été les accroissemens; quelles en ont été les extinctions
naturelles; quelles en ont été enfin celles qu'a opérées la caisse
D'amortissement.
Dans le compte du ministre du trésor public, on verra, dans leur
réalité, les recettes et les payemens exécutés dans l'an 10; ce qui
appartient aux diverses branches de revenus; ce qui doit être imputé à
chaque année et à chaque partie de l'administration.
Des comptes rendus de ces deux ministres, sortira le tableau le plus
complet de notre situation financière. Le gouvernement le présente avec
une égale confiance, à ses amis, à ses détracteurs, aux citoyens et
aux étrangers. Après avoir autorisé les dépenses prévues de l'an 12 et
approprié les revenus nécessaires à ces dépenses, des objets du plus
grand intérêt occuperont la session du corps législatif. Il faut
rétablir l'ordre dans notre système monétaire; il faut donner au système
de nos douanes une nouvelle force et une nouvelle énergie pour comprimer
la contrebande. Il faut enfin donner à la France ce nouveau Code civil
depuis long-temps promis et trop long-temps attendu. Sur toutes
ces matières, des projets de loi ont été formés sous les yeux du
gouvernement et mûris dans des conférences où des commissions du
conseil-d'état et du tribunal, n'ont porté que l'amour de la vérité et
le sentiment de l'intérêt public. Le même sentiment, les mêmes principes
dirigeront les délibérations des législateurs, et garantissent à la
république la sagesse et l'impartialité des lois qu'ils auront adoptées.
Sur le continent, tout nous offre des gages de repos et de tranquillité.
La république italienne, depuis les comices de Lyon, se fortifie par
l'union toujours plus intime des peuples qui la composent. L'heureux
accord de ceux qui la gouvernent, son administration intérieure, sa
force militaire, lui donnent déjà le caractère et l'attitude d'un
état formé depuis long-temps; et si la sagesse les conserve, ils lui
garantissent une prospérité toujours plus prospère.
La Ligurie, placée sous une constitution mixte, voit à sa tête et
dans le sein de ses autorités, ce qu'elle a de citoyens les plus
recommandables, par leurs voeux, par leurs lumières et par leur fortune.
De nouvelles secousses ont ébranlé la république helvétique. Le
gouvernement devait son secours à des voisins dont le repos importe
au sien, et il fera tout pour assurer le succès de la médiation et le
bonheur d'un peuple dont la position, les habitudes, les intérêts, en
font l'allié nécessaire à la France.
La Batavie rentre successivement dans les colonies que la paix lui a
conservées. Elle se souviendra toujours que la France ne peut être
pour elle que l'amie la plus utile, ou l'ennemie la plus funeste. En
Allemagne, se _consomment les dernières stipulations du traité de
Lunéville.
La Prusse, la Bavière, tous les princes séculiers qui avaient des
possessions sur la rive gauche du Rhin, obtiennent sur la rive droite
de justes indemnités. La maison d'Autriche trouve dans les évêchés de
Salzbourg, d'Aischtett, de Trente et Brixen et dans la plus grande
partie de celui de Passau, plus qu'elle n'a perdu dans la Toscane.
Ainsi, par l'heureux concours de la France et de la Russie, tous les
intérêts permanens sont conciliés, et du sein de cette tempête qui
semblait devoir l'anéantir, l'empire germanique, cet empire si
nécessaire à l'équilibre et au repos de l'Europe, se relève plus fort,
composé d'élémens plus homogènes, mieux combinés, mieux assortis aux
circonstances présentes et aux idées de notre siècle.
Un ambassadeur français est à Constantinople, chargé de fortifier et
de resserrer les liens qui nous attachent à une puissance qui semble
chanceler, mais qu'il est de notre intérêt de soutenir et de rassurer
sur ses fondemens.
Des troupes britanniques sont toujours dans Alexandrie et dans Malte. Le
gouvernement avait le droit de s'en plaindre, mais il apprend que les
vaisseaux qui doivent les remmener en Europe sont dans la Méditerranée.
Le gouvernement garantit à la nation la paix du continent, et il lui est
permis d'espérer la continuation de la paix maritime. Cette paix est
le besoin la volonté de tous les peuples; pour la conserver, le
gouvernement fera tout ce qui est compatible avec l'honneur national,
essentiellement lié à la stricte exécution des traités.
Mais en Angleterre, deux partis se disputent le pouvoir. L'un a conclu
la paix et paraît décidé à la maintenir; l'autre a juré à la France une
haine implacable. De là cette fluctuation dans les opinions et dans les
conseils, et cette attitude à la fois pacifique et menaçante.
Tant que durera cette lutte de partis, il est des mesures que la
prudence commande au gouvernement de la république. Cinq cent mille
hommes doivent être et seront prêts à la défendre et à la venger.
Etrange nécessité que de misérables passions imposent à deux nations
qu'un intérêt et une égale volonté attachent à la paix!
Quel que soit à Londres le sujet de l'intrigue, elle n'entraînera pas
d'autres peuples dans des ligues nouvelles; et le gouvernement le dit
avec un juste orgueil: seule, l'Angleterre ne saurait aujourd'hui lutter
contre la France.
Mais ayons de meilleures espérances, et croyons plutôt qu'on n'écoutera
dans le cabinet britannique que les conseils de la sagesse et la voix de
l'humanité.
Oui, sans doute, la paix se consolidera tous les jours davantage; les
relations des deux gouvernemens prendront ce caractère de bienveillance
qui convient à leurs intérêts mutuels. Un heureux repos fera oublier les
longues calamités d'une guerre désastreuse; la France et l'Angleterre,
en faisant leur bonheur réciproque, mériteront la reconnaissance du
monde entier.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, le 4 ventose an 11 (23 février 1803).
_Réponse du premier consul à une députation du corps législatif_[48].
C'est à l'accord qui a régné entre le gouvernement et le corps
législatif, qu'est dû le succès de la mesure la plus importante et la
plus populaire qui ait marqué votre dernière session.
Des travaux non moins utiles sont réservés à la session actuelle; le
gouvernement attend la même harmonie et les mêmes-résultats.
Je reçois avec la plus grande satisfaction le témoignage des sentimens
que vous m'exprimez: je les justifierai par le dévouement le plus
constant aux intérêts de la patrie.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
[Footnote 48: Envoyée à l'ouverture de la session.]
Saint-Cloud, le 10 floréal an 11 (30 avril 1803).
_Au landamman et aux membres du conseil du canton d'Ury._
Citoyens landamman et membres du conseil du canton d'Ury, tout ce que
vous me dites dans votre lettre du 28 mars m'a vivement touché. J'ai
voulu, par l'acte de médiation, vous éviter de grands maux, vous
procurer de grands biens. Je n'ai vu que vos intérêts. Oubliez toutes
vos divisions. Ne formez qu'un seul peuple.
Je regarderai comme une de mes occupations les plus importantes de
maintenir dans toute son intégrité la vieille amitié qui, depuis tant de
siècles, vous unit à la nation française.
Dites au peuple de votre canton que je serai toujours prêt à l'aider
dans tous les maux qu'il pourrait éprouver, et qu'en retour je compte
sur la continuation des sentimens que vous m'exprimez.