Paris, le 6 brumaire an 11 (28 octobre 1802).
Note inscrite dans le Moniteur.
Une partie des journalistes anglais reste en proie à la discorde. Toutes
les lignes qu'ils impriment sont des lignes de sang. Ils appellent
à grands cris là guerre civile au sein de la nation occidentale, si
heureusement pacifiée. Tous leurs raisonnemens, toutes leurs hypothèses,
roulent sur ces deux points,: 1°. Imaginer des griefs contre la France.
2°. Se créer aussi libéralement des alliés, et donner ainsi à leurs
passions des auxiliaires parmi les grandes puissances du continent.
Leurs griefs principaux sont aujourd'hui les affaires de Suisse, dont
l'heureuse issue excite leur jalouse fureur. Il paraît qu'il aurait
convenu beaucoup mieux à leurs passions que la guerre civile déchirât
cette malheureuse nation, et que les puissances voisines se laissant
entraîner par l'empire des circonstances, l'harmonie du continent fût de
nouveau troublée. La proclamation du 10 vendémiaire coupe le noeud de
toutes ces intrigues.
Ils invoquent le traité de Lunéville, qui assure l'existence de la
république helvétique; mais c'est précisément pour l'assurer que
l'intervention de la France est indispensable. D'ailleurs, de toutes les
puissances de l'Europe, la seule qui n'ait pas le droit d'invoquer à cet
égard le traité de Lunéville, c'est l'Angleterre, puisqu'elle seule a
refusé de reconnaître la république helvétique. Elle a également méconnu
la république italienne, la république ligurienne et le roi de Toscane.
Nous savons que depuis un an, malgré les vives instances du gouvernement
français, elle a persisté dans le même refus, relativement à ces états
et aux arrangemens contentieux stipulés par le traité de Lunéville.
L'Angleterre n'a point d'agent diplomatique, ni à Berne, ni à Milan, ni
à Gênes, ni à Florence.
Le gouvernement anglais ne se plaint point, et ne peut se plaindre
en effet, de ce qui arrive dans des pays dont il ne reconnaît pas
l'existence politique, et avec lesquels il n'entretient pas de relations
publiques.
Les affaires d'Allemagne excitent encore bien plus vivement la jalousie
de cette foule d'écrivains périodiques; et la conduite forte et
généreuse qui a mérité à la Russie et à la France les remercimens de
tous les peuples, de toutes les villes, de tous les princes d'Allemagne,
est un sujet de griefs pour ces instigateurs de troubles.
Le roi d'Angleterre a reconnu tous les arrangemens de l'Allemagne. Il y
à adhéré. Il suffit, a ce sujet, de lire le vote de son ministre à la
diète de Ratisbonne. Aussi le cabinet britannique, satisfait d'avoir vu
prendre en considération et ménager tous ses intérêts, n'élève à cet
égard aucune espèce de plaintes.
Les libellistes anglais écrivent que la volonté exprimée par le roi
d'Angleterre comme électeur d'Hanovre, n'est pas celle de la nation
anglaise. Mais quel autre titre aurait une puissance insulaire pour se
mêler des affaires de l'Allemagne! Et à quelle abjection faudrait-il que
la Russie, l'Autriche, la Prusse, la Suède, le Danemarck, la Bavière
et les maisons de Wurtemberg, de Baden, de Hesse-Cassel, etc. et la
république française se trouvassent réduites, si elles ne pouvaient
négocier, conclure, arranger leurs intérêts limitrophes sans l'agrément
d'une puissance qui est aussi étrangère à ces intérêts qu'à notre
droit diplomatique! elle qui seule méconnaît les droits des nations
indépendantes sur les mers. Les relations de la France avec l'Angleterre
sont le traité d'Amiens, tout le traité d'Amiens, rien que le traité
d'Amiens. Les alliés que les écrivains de parti qui impriment à Londres
se créent sur le continent n'existent heureusement, ainsi que leurs
griefs, que dans leur imagination déréglée et dans les passions
haineuses et jalouses qui les tourmentent. Ils appellent de tous leurs
voeux les troupes autrichiennes; ils rassemblent et forment des armées
dans le Tyrol; mais Thugut n'est plus, et S. M. l'empereur sait bien
que, si deux fois la puissance autrichienne a été conduite sur le
bord du précipice, c'est pour s'être livrée deux fois à ces perfides
insinuations. Bien loin de sacrifier le sang de ses sujets qui lui est
si cher, la cour de Vienne, obérée par les remboursemens qu'elle a
l'extrême bonne foi de faire à l'Angleterre pour les subsides qu'elle eu
a reçus pendant les premières campagnes, ne s'occupe que de diminuer ses
dépenses. Elle pourrait en bonne justice, au lieu de rendre l'argent
qu'elle a dépensé pour la cause du gouvernement anglais, demander à
cette puissance cinq a six millions, comme une juste indemnité des frais
de la guerre. Kaunitz disait, au milieu du siècle passé, à un ministre
du roi de Prusse qui prenait son audience de congé: «Le roi votre maître
apprendra un jour combien l'alliance de l'Angleterre est pesante.» Et,
si la Prusse vit ses frontières envahies, sa capitale saccagée et ne
succomba pas, elle eu fut redevable à ce prince de glorieuse mémoire, et
à cette année qui sera long-temps citée comme un modèle.
N'entendez-vous pas aussi ces journalistes effrénés appeler à grands
cris les armées russes? Mais ces armées russes ont-elles oublié que,
compromises et abandonnées dans les marais de la Hollande, elles ont été
désavouées par l'Angleterre, et qu'au mépris même du droit des nations,
on n'a pas voulu les comprendre dans l'échange des prisonniers? mais les
Russes, les Suédois et les Danois ne conservent ils pas un long souvenir
de ces prétentions inouïes qui ont amené les massacres de Copenhague?
Certes, et le continent en est profondément convaincu, le premier des
biens, l'intérêt le plus cher est la paix. Il sait trop bien qu'une
guerre continentale n'aurait d'autres effets que de concentrer toutes
les richesses du commerce, toutes les colonies du monde, dans la main
d'une seule Nation.
La Russie et la France, réunies par une estime réciproque, par des
intérêts communs, par la ferme volonté de maintenir la paix du
continent, contiendraient malgré eux ces esprits inquiets dont la
politique turbulente inspire les gazettes anglaises, si jamais
l'influence de leurs libelles parvenait à faire remplacer le
gouvernement sage qui gouverne la Grande-Bretagne.
Qu'on cite depuis cent ans une puissance continentale qui, s'étant
écartée des principes d'une saine politique, n'ait justifié l'allégation
de M. Kaunitz?
Si le roi des Deux-Siciles a vu deux fois ses frontières franchies et
sa capitale au pouvoir des Français; si l'électeur de Bavière a vu deux
fois la même scène se renouveler dans ses états; si le roi de Sardaigne
a cessé de régner en Savoie et en Piémont; si la maison d'Orange a perdu
le Statdhouderat; si l'oligarchie de Berne et de Gênes a vu s'évanouir
son influence, et le Portugal les limites de ses provinces couvertes de
troupes prêtes à le conquérir, tous ne l'ont-ils pas dû à l'alliance de
l'Angleterre?
La paix de l'Europe est solidement établie, et aucun cabinet, sans
doute, ne veut la troubler; mais, s'il pouvait arriver que des
individus, ennemis des hommes et de la tranquillité du monde,
parvinssent à obtenir quelque crédit dans le cabinet britannique, ils ne
réussiraient pas à empêcher tout le bien que les deux nations ont droit
d'attendre de leur état de paix et de leurs nouvelles relations.
Au reste, le peuple français n'ignore pas qu'il excite une grande masse
de jalousies, et que long-temps contre lui on fomentera des dissensions,
soit intestines, soit étrangères; aussi demeure-t-il constamment dans
cette attitude que les Athéniens ont donnée à Minerve: _le casque en
tête et la lance en arrêt_. On n'obtiendra jamais rien de lui par des
procédés menaçans: la crainte est sans pouvoir sur le coeur des braves!
Paris, la 14 brumaire an 11 (5 novembre 1802).
_Note inscrite dans le Moniteur._ Quel est l'intérêt que la faction
ennemie de l'Europe prend aux insurgés suisses? Il est aisé de voir
qu'elle voudrait en faire un nouveau Jersey pour y tramer des complots,
solder des traîtres, répandre des libelles, accueillir tous les
criminels, et faire sur l'est tout ce qu'elle fait constamment, au moyen
de la position de Jersey, sur l'ouest. Elle aurait par là cet avantage
tout particulier d'inquiéter cette belle manufacture de Lyon qui renaît
de ses ruines, et porter une main d'acier sur la balance du commerce,
afin de la faire pencher en faveur de l'industrie anglaise.
Quel est l'intérêt de la France? Ce n'est que d'avoir de bons voisins et
des amis sûrs.
Au midi, le roi d'Espagne allié de la France par inclination comme par
intérêt, et les républiques italienne et ligurienne, qui entrent dans
son système fédératif; La Suisse, la Bavière, le bon prince de Bade, le
roi de Prusse, la Hollande, au nord et à l'est.
La faction ennemie de l'Europe qui veut agiter le continent ne trouvera
dans ces états ni complices, ni tolérance. Cependant ces agitateurs ne
dorment jamais; ils se sont essayés à la fois à Gênes, en Suisse, en
Hollande. Leurs trames prenaient de la consistance en Suisse, lorsque la
proclamation du 8 brumaire a tout calmé. Tout est rentré dans son
état naturel, dans cet état, qui, de tous côtés, présentera le beau
territoire de la France entouré de peuples amis. Cet état est le
résultat de dix ans de triomphes, de hasards, de travaux et d'immenses
sacrifices. La paix de Lunéville, les préliminaires de Londres et la
paix d'Amiens, bien loin d'y rien changer, l'ont consolidé.
Aujourd'hui, pourquoi tenter ce que l'on n'a pu faire réussir jusqu'à ce
jour? Nous croit-on devenus lâches? nous croit-on moins forts que nous
ne l'avons jamais été? Il est plus facile aux vagues de l'Océan de
déraciner le rocher qui entravé sa fureur depuis quarante siècles, qu'à
la faction ennemie de l'Europe et des hommes de rallumer la guerre et
toutes ses fureurs au milieu de l'occident, et surtout de faire pâlir un
instant l'astre du peuple français.
Saint Cloud, le 19 frimaire an 11 (10 décembre 1802).
_Aux députés des dix-huit cantons de la république helvétique._
Citoyens députés des dix-huit cantons de la république helvétique, la
situation de votre patrie est critique, La modération, la prudence et le
sacrifice de vos passions sont nécessaires pour la sauver. J'ai pris à
la face de l'Europe l'engagement de rendre ma médiation efficace. Je
remplirai tous les devoirs que cette fonction m'impose; mais ce qui est
difficile sans votre secours, devient simple avec votre Assistance et
votre Influence.
La Suisse ne ressemble à aucun autre état, soit par les événemens qui
s'y sont succédés depuis plusieurs siècles, soit par sa situation
géographique et topographique, soit par les différentes langues, les
différentes religions et cette extrême différence de moeurs qui existent
entre ses diverses parties. La nature a fait votre état fédératif;
vouloir le vaincre, ne peut pas être d'un homme sage.
Les circonstances, l'esprit des siècles passés, avaient établi chez vous
des peuples souverains et des peuples sujets. De nouvelles circonstances
et l'esprit différent d'un nouveau siècle, d'accord avec la justice et
la raison, ont rétabli l'égalité de droits entre toutes les portions de
votre territoire. Plusieurs de vos états ont suivi pendant des siècles
ces lois de la démocratie la plus absolue; d'autres ont vu quatre-vingt
dix-neuf familles s'emparer du pouvoir, et vous avez eu dans ceux-ci des
sujets et des souverains. L'influence et l'esprit général de l'Italie,
de la Savoie, de la France, de l'Alsace, qui vous entourent, avaient
essentiellement contribué à établir, dans ces derniers temps, cet état
de choses. L'esprit de ces divers pays est changé.
La renonciation à tous les privilèges est à la fois la volonté et
l'intérêt de votre peuple.
Ce qui est en même temps le désir, l'intérêt de votre nation et des
vastes états qui vous environnent est donc:
1°. L'égalité des droits entre vos dix-huit cantons;
2°. Une renonciation sincère et volontaire aux privilèges, _de la part
des familles patriciennes_;
3°. Une organisation fédérative où chaque canton se trouve organisé
selon sa langue, sa religion, ses moeurs, son intérêt, son opinion.
La chose la plus importante, c'est de fixer l'organisation de chacun des
dix-huit cantons, en la soumettant aux principes généraux.
L'organisation des dix-huit cantons une fois arrêtée, il restera à
déterminer les relations qu'ils devront avoir entre eux, et dès lors
votre organisation centrale, beaucoup moins importante en réalité que
votre organisation cantonale. Finances, armée, administration, rien ne
peut être uniforme chez vous. Vous n'avez jamais entretenu de troupes
soldées; vous ne pouvez avoir de grandes finances; vous n'avez jamais eu
constamment des agens diplomatiques auprès des différentes puissances.
Situés au sommet des montagnes qui séparent la France, l'Allemagne et
l'Italie, vous participez à la fois de l'esprit de ces différentes
nations. La neutralité de votre pays, la prospérité de votre commerce
et une administration de famille, sont les seules choses qui puissent
agréer à voire peuple et vous maintenir.
Ce langage, je l'ai toujours tenu à vos députés, lorsqu'ils m'ont
consulté sur leurs affaires. Il me paraissait tellement fondé en raison,
que j'espérais que, sans concours extraordinaire, la nature seule des
choses vous conduirait à reconnaître ce système. Mais les hommes qui
semblaient le mieux sentir étaient aussi ceux qui, par _intérêt_,
tenaient le plus au système de privilège et de famille, et qui, ayant
accompagné de leurs voeux, et, plusieurs, de leurs secours et de leurs
armes, les ennemis de la France, avaient une tendance à chercher hors de
la France l'appui de leur patrie.
Toute organisation qui eût été établie chez vous, et qui eût été
contraire à l'intérêt de la France, ne pouvait pas être dans votre
véritable intérêt.
Après vous avoir tenu le langage qu'il conviendrait à un citoyen suisse,
je vais vous parler comme magistrat de deux grands pays, et ne pas vous
déguiser que jamais la France et la république italienne ne pourront
souffrir qu'il s'établisse chez vous un système de nature à favoriser
leurs ennemis.
Le repos et la tranquillité de quarante millions d'habitans, vos
voisins, sans qui vous ne pourriez ni vivre comme individus, ni exister
comme état, sont pour beaucoup dans la balance de la justice générale.
Que rien à leur égard ne soit hostile chez vous; que tout y soit en
harmonie avec eux, et que, comme dans les siècles passés, votre premier
intérêt, votre première politique, votre premier devoir, soient de ne
rien permettre, de ne rien laisser faire, sur votre territoire, qui,
directement ou indirectement, nuise anx intérêts, à l'honneur et en
général aux intérêts du peuple français.
Et, si votre intérêt, la nécessité de faire finir vos querelles,
n'avaient pas été suffisans pour me déterminer à intervenir dans vos
affaires, l'intérêt de la France et de l'Italie m'en eût lui seul fait
un devoir; en effet vos insurgés ont été guidés par des hommes qui
avaient fait la guerre contre nous, et le premier acte de tous leurs
comités a été un appel aux privilèges, une destruction de l'égalité, et
une insulte manifeste au peuple français.
Il faut qu'aucun parti ne triomphe chez vous. Il faut surtout que ce
ne soit pas celui qui a été battu. Une contre-révolution ne peut avoir
lieu.
Je me plais à vous entretenir, et souvent je vous répéterai les mêmes
choses, parce que ce n'est qu'au moment où vos citoyens en seront
convaincus, que vos opinions pourront enfin se concilier et votre peuple
vivre heureux.
La politique de la Suisse a toujours été considérée comme faisant partie
de la politique, de la France, de la Savoie et du Milanais, parce que la
manière d'exister de la Suisse est entièrement liée à la sûreté de ces
états. Le premier devoir, le devoir le plus essentiel du gouvernement
français, sera de veiller à ce qu'un système hostile ne prévale pas
parmi vous, et que les hommes dévoués à ses ennemis ne parviennent pas
à se mettre a la tête de vos affaires. Il convient non-seulement qu'il
n'existe aucun motif d'inquiétude pour la portion de notre frontière qui
est ouverte, et que vous couvrez, mais que tout nous assure encore que,
si votre neutralité était forcée, le bon esprit de votre gouvernement,
ainsi que l'intérêt de votre nation, vous rangeraient plutôt du côté des
intérêts de la France que contre eux.
Je méditerai tous les projets, toutes les observations que,
collectivement ou individuellement, ou par députation de canton, vous
voudrez me faire passer. Les sénateurs Barthélemy, Fouché, Roederer et
Desmeunier, que j'ai chargés de recueillir vos opinions, d'étudier vos
intérêts et d'accueillir vos vues, me rendront compte de tout ce que
vous désirerez qu'ils me disent ou me remettent de votre part.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, le 10 pluviose an 11 (30 janvier l803).
_Note inscrite par le premier consul en marge d'une délibération du
conseil municipal d'Orléans, portant qu'il serait érigé un monument en
l'honneur de Jeanne d'Arc, autrement la Pucelle d'Orléans._
Ecrire au citoyen Crignon Desormeaux, maire d'Orléans, que cette
délibération m'est très agréable. L'illustre Jeanne d'Arc a prouvé qu'il
n'est pas de miracle que le génie français ne puisse produire dans les
circonstances où l'indépendance nationale est menacée.
Unie, la nation française n'a jamais été vaincue; mais nos voisins plus
calculateurs et plus adfoils, abusant de la franchise et de la loyauté
de notre caractère, semèrent constamment parmi nous ces dissensions,
d'où naquirent les calamités de cette époque et tous les désastres que
rappelle notre histoire.
Paris, le 30 pluviôse an 11 (19 février 1803).
_Aux Suisses_,
L'Helvétie, en proie aux dissensions, était menacée de sa dissolution;
elle ne pouvait trouver en elle-même les moyens de se reconstituer.
L'ancienne affection de la nation française pour ce peuple
recommandable, qu'elle a récemment défendu par ses armes et fait
reconnaître comme puissance par ses traités; l'intérêt de la France et
de la république italienne dont la Suisse couvre les frontières; la
demande du sénat, celle des cantons démocratiques; le voeu du peuple
helvétique tout entier, nous ont fait un devoir d'interposer notre
médiation entre les partis qui le divisent. Les sénateurs Barthélemy,
Roederer, Fouché et Desmeunier, ont été par nous chargés de conférer
avec cinquante-six députés du sénat helvétique et des villes et cantons
réunis à Paris. Déterminer si la Suisse, fédérale par sa nature, pouvait
être retenue sous un gouvernement central autrement que par la force;
reconnaître le genre de constitution qui était le plus conforme au voeu
de chaque canton; distinguer ce qui répond le mieux aux idées que les
cantons nouveaux se sont faites de la liberté et du bonheur; concilier
dans les cantons anciens, les institutions consacrées par le temps avec
les droits restitués à la masse des citoyens: tels étaient les objets
qu'il fallait soumettre à l'examen et à la discussion. Leur importance
et leur difficulté nous ont décidé à entendre nous-même dix députés
nommés par les deux partis, savoir: les citoyens d'Affry, Glutz, Jauch,
Monnot, Reinhart, Sprecher, Stapfer, Ustery, Watteville et Vonflue;
et nous avons conféré le résultat de leurs discussions, tant avec les
différens projets présentés par les députations cantonales, qu'avec les
résultats des discussions qui ont eu lieu entre ces députations et les
sénateurs-commissaires. Ayant ainsi employé tous les moyens de connaître
les intérêts et la volonté des Suisses, NOUS, en qualité de médiateur,
sans autre vue que celle du bonheur des peuples sur les intérêts
desquels nous avions à prononcer, et sans entendre nuire à
l'indépendance de la Suisse, STATUONS ce qui suit, etc.