Habitans de l'Helvétie, Vous offrez depuis, deux ans un spectacle
affligeant. Des factions opposées se sont successivement emparées du
pouvoir: elles ont signalé leur empire passager, par un système de
partialité qui accusait leur faiblesse et leur inhabileté. Dans le
courant de l'an 10, votre gouvernement a désiré que l'on retirât
le petit nombre de troupes françaises qui étaient en Helvétie. Le
gouvernement français a saisi volontiers cette occasion d'honorer votre
indépendance; mais bientôt après vos différens partis se sont agités
avec une nouvelle fureur; le sang des Suisses a coulé par la main des
Suisses. Vous vous êtes disputés trois ans sans vous entendre; si l'on
vous abandonne plus long-temps à vous-mêmes, vous vous tuerez trois ans
sans vous entendre davantage. Votre histoire prouve d'ailleurs que vos
guerres intestines n'ont jamais pu se terminer que par l'intervention
efficace de la France. Il est vrai que j'avais pris le parti de ne me
mêler en rien de vos affaires; j'avais vu constamment vos différens
gouvernement me demander des conseils et ne pas les suivre, et
quelquefois abuser de mon nom, selon leurs intérêts et leurs Passions.
Mais je ne puis ni ne dois rester insensible au malheur auquel vous êtes
en proie; je reviens sur ma résolution: je serai le médiateur de vos
différens; mais ma médiation sera efficace, telle qu'il convient au
grand peuple au nom duquel je parle.
Cinq jours après la notification de la présente proclamation, le sénat
se réunira à Berne. Toute magistrature qui se serait formée à Berne
depuis la capitulation, sera dissoute et cessera de se réunir et
d'exercer Aucune'autorité.
Les préfets se rendront à leurs postes.
Toutes les autorités qui auraient été formées, cesseront de se réunir.
Les rassemblemens armés se dissiperont.
Les première, deuxième demi-brigades helvétiques formeront la garnison
de Berne.
Les troupes qui étaient sur pied depuis plus de six mois, pourront
seules rester en corps de troupes.
Enfin, tous les individus licenciés des armées belligérantes, et qui
sont aujourd'hui armés, déposeront leurs armes à la municipalité de la
commune de leur naissance.
Le sénat enverra trois députés à Paris; chaque canton pourra également
en envoyer.
Tous les citoyens qui, depuis trois ans, ont été landammans, sénateurs,
et ont successivement occupé des places dans l'autorité centrale,
pourront se rendre à Paris, pour faire connaître les moyens de ramener
l'union et la tranquillité, et de concilier tous les partis.
De mon côté, j'ai le droit d'attendre qu'aucune ville, aucune commune,
aucun corps ne voudra rien faire qui contrarie les dispositions que je
vous fais connaître.
Habitans de l'Helvétie, revivez à l'espérance!! Votre patrie est sur le
bord du précipice: elle en sera immédiatement tirée; tous les hommes de
b en seconderont ce généreux projet.
Mais si, ce que je ne puis penser, il était parmi vous un grand nombre
d'individus qui eussent assez peu de vertus pour ne pas sacrifier leurs
passions et leurs préjugés à l'amour de la patrie, peuple de l'Helvétie,
vous seriez bien dégénéré de vos pères!
Il n'est aucun homme sensé qui ne voie que la médiation dont je me
charge, est pour l'Helvétie un bienfait de cette providence qui, au
milieu de tant de bouleversemens et de chocs, a toujours veillé à
l'existence et à l'indépendance de votre nation, et que cette médiation
est le seul moyen qui vous reste pour sauver l'une et l'autre.
Car il est temps enfin que vous songiez que si le patriotisme et l'union
de vos ancêtres fondèrent votre république, le mauvais esprit de vos
factions, s'il continue, la perdra infailliblement; et il serait pénible
de penser qu'à une époque où plusieurs nouvelles républiques se sont
élevées, le destin eût marqué la fin d'une des plus anciennes.
Le premier consul de la république française, Président de la république
italienne, BONAPARTE.
Paris, le 11 vendémiaire an 11 (13 octobre 1802).
Réponse du premier consul à une députation du clergé de Lyon.
J'ai vu avec peine la division des prêtres du diocèse de Lyon: ne
savent-ils pas que la religion catholique a cela de particulier sur
toutes les religions, qu'elle prêche l'oubli des offenses? Quelle
opinion doivent donc avoir les séculiers de prêtres qui ont eu
réciproquement des sujets de division, et qui ne veulent pas les oublier
et se pardonner? Si l'orgueil veut qu'on humilie son ennemi, la charité,
vertu caractéristique de la religion de Jésus-Christ, veut qu'on se
réconcilie. Partout donc où j'entends encore dire que des prêtres se
souviennent d'avoir été ou de n'avoir pas été constitutionnels, j'en
conclus que ces ministres prêchent une morale qu'ils ne pratiquent
pas; qu'ils sont mus, non par des sentimens religieux, mais par des
considérations mondaines. Aucun prêtre sensé, s'il est véritablement
catholique, ne peut méconnaître les principes de sa croyance, qui sont
la confiance dans les évêques nommés par le gouvernement et institués
par le Saint-Siège. Il me tarde donc d'apprendre que le clergé du
diocèse de Lyon imitera celui de Paris, qui a donné l'exemple, et parmi
lequel il n'y a plus aucune espèce de discorde.