[Footnote 33: Envoyée pour remercier le premier consul de son exposé de
la situation de la république.]
Paris, le 15 frimaire an 10 (16 décembre 1801).
_Au sénat conservateur._
Sénateurs,
Depuis la paix générale c'est la première fois que, pour se conformer
au voeu de la constitution, le premier consul a à vous présenter des
candidats pour les places vacantes au sénat.
Dans cette mémorable circonstance, il a paru convenable de choisir
des citoyens militaires pour donner aux armées un témoignage de la
satisfaction et de la reconnaissance nationales. En conséquence, le
premier consul, conformément à l'article 16 de la constitution, vous
présente comme candidats à la place vacante par la mort du citoyen
Crassous, sénateur, et aux deux places auxquelles le sénat doit nommer,
en exécution de l'art. 15 de la constitution; Le citoyen Lamartillière,
général de division d'artillerie, qui, quoique déjà dans un âge
avancé, a commandé constamment, pendant toute la guerre de la liberté,
l'artillerie aux différentes armées. Il n'a voulu se donner aucun repos
tant qu'il y a eu des ennemis à combattre; Le général Jourdan, vainqueur
à Fleurus, et administrateur général du Piémont; Le général Borruyer,
commandant en chef des invalides. Le premier consul désire que les
vétérans de la patrie voient dans la présentation de leur chef une
marque du souvenir du gouvernement.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, 12 nivôse an 10 (2 janvier 1803).
_Au corps législatif._
Législateurs,
Le gouvernement a arrêté de retirer le projet de loi du Code civil et
celui sur le rétablissement de la marque pour les condamnés. C'est avec
peine qu'il se trouve obligé de remettre à une autre époque les lois
attendues avec tant d'intérêt par la nation. Mais il s'est convaincu que
le temps n'est pas venu où l'on portera dans ces grandes discussions le
calme et l'unité d'intention qu'elles demandent.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, 16 nivose an 10 (6 janvier 1803).
Au citoyen Reding.
Citoyen Reding, depuis deux ans vos compatriotes m'ont quelquefois
consulté sur leurs affaires. Je leur ai parlé comme l'aurait fait le
premier magistrat des Gaules dans le temps où l'Helvétie en faisait
partie.
Les conseils que je leur ai donnés pouvaient les conduire à bien, et
leur épargner deux mois d'angoisses; ils en ont peu profité. Vous me
paraissez animé du désir du bonheur de votre patrie; soyez secondé
par vos compatriotes, et que l'Helvétie se replace enfin parmi les
puissances de l'Europe.
Les circonstances de la guerre ont conduit les armées françaises sur
votre territoire: le désir de la liberté a armé vos peuples, et surtout
ceux des campagnes, contre les priviléges. Des événemens de différente
nature se sont succédés en peu d'années; vous avez éprouvé de grands
maux; un grand résultat vous reste: l'égalité et la liberté de vos
concitoyens.
Quel que soit le lieu où naisse un Suisse aujourd'hui, sur les bords du
Léman comme sur ceux de l'Aaar, il est libre: c'est la seule chose que
je vois distinctement dans votre état politique actuel.
La base des droits publics de l'Europe est aujourd'hui de maintenir dans
chaque pays l'ordre existant. Si toutes les puissances ont adopté ce
principe, c'est que toutes ont besoin de la paix et du retour des
relations diplomatiques et commerciales.
Le peuple français ne peut donc reconnaître qu'un gouvernement qui
serait fondé sur les principes qui vous régissent aujourd'hui.
Vous êtes sans organisation, sans gouvernement, sans volonté
nationale... Pourquoi vos compatriotes ne feraient-ils pas un effort?
Qu'ils évoquent les vertus patriotiques de leurs pères! Qu'ils
sacrifient l'esprit de système, l'esprit de faction, à l'amour du
bonheur et de la liberté publics!
Alors vous ne craindrez pas d'avoir des autorités qui soient le produit
de l'usurpation momentanée d'une faction; vous aurez un gouvernement,
parce qu'il aura pour lui l'opinion et qu'il sera le résultat de la
volonté nationale. Toute l'Europe renouvellera avec vous ses relations;
la France ne sera arrêtée par aucun calcul d'intérêt particulier;
elle fera tous les sacrifices qui pourront assurer davantage votre
constitution, l'égalité et la liberté de vos concitoyens; elle
continuera par-là à montrer pour vous ses sentimens affectueux et
paternels qui, depuis tant de siècles, forment les liens de ces deux
parties indépendantes d'un même peuple.