BONAPARTE.

Paris, le 1er vendémiaire an 8 (23 septembre 1800).

_Aux fonctionnaires publics envoyés des départemens[15]._

Les préliminaires de paix ont été signés à Paris[16] le 9 thermidor

entre le citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures, et

le comte Saint-Julien, et ratifiés vingt-quatre heures après par les

consuls.

Le citoyen Duroc a été chargé de les porter à Vienne. Les intrigues de

la faction ennemie de la paix, qui paraît encore y jouir de quelque

crédit, ont porté l'empereur à refuser de les ratifier. Ce refus était

motivé sur une note du roi d'Angleterre, qui demandait qu'on admît

ses envoyés au congrès de Lunéville, conjointement avec les

plénipotentiaires de l'empereur.

Le général Moreau a eu ordre de communiquer au général ennemi les

préliminaires tels qu'ils ont été imprimés dans le journal officiel,

et de lui faire connaître que s'ils n'étaient pas ratifiés dans

les vingt-quatre heures, ou que si S.M. l'empereur avait besoin

d'explications ultérieures, elle devait remettre à l'armée française

les trois places d'Ulm, d'Ingolstadt et de Philipsbourg, sinon que les

hostilités recommenceraient.

Le gouvernement a aussi fait connaître au roi d'Angleterre, qu'il

ne verrait aucun inconvénient à admettre ses envoyés au congrès de

Lunéville, s'il consentait à une trêve maritime qui offrît à la France

le même avantage qu'offre à l'empereur la continuation de la trêve

continentale.

Le gouvernement reçoit à l'instant même par le télégraphe, la nouvelle

«que S.M. l'empereur s'est porté lui-même à son armée sur l'Inn,

a consenti à livrer les trois places d'Ulm, d'Ingolstadt et de

Philipsbourg, qui sont aujourd'hui occupées par les troupes de la

république, et que M. de Lerbach, muni des pouvoirs nécessaires de S.M.

l'empereur, est au quartier-général d'Altaefing, avec l'ordre de se

rendre à Lunéville».

Les difficultés qu'ont dû présenter naturellement les conditions d'une

trêve maritime, entraîneront encore quelques retards; mais si les deux

gouvernemens ne s'accordent pas sur les conditions de ladite trêve,

alors la France et S.M. l'empereur traiteront séparément pour une paix

particulière sur les bases des préliminaires; et si, ce que l'on ne

saurait penser, le parti de l'Angleterre parvient à influencer encore

les ministres de Vienne, les troupes de la république ne redouteront ni

les neiges ni la rigueur des saisons, et pousseront la guerre pendant

l'hiver, à toute outrance, sans laisser le temps aux ennemis de former

de nouvelles armées.

Ainsi, les principes du gouvernement sont: extrême modération dans les

conditions, mais ferme résolution de pacifier promptement le continent.

Les mesures les plus vigoureuses sont prises pour seconder, dans cet

objet essentiel, la volonté du peuple français.

Tel est tout le secret de la politique du gouvernement français.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 244 / 342 题