Au quartier-général de Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).
_A l'armée de réserve._
PROCLAMATION. Soldats!
Un de nos départemens était au pouvoir de l'ennemi; la consternation
était dans tout le midi de la France.
La plus grande partie du territoire du peuple ligurien, le plus fidèle
ami de la république, était envahi.
La république cisalpine, anéantie dès la campagne passée, était devenue
le jouet du grotesque régime féodal.
Soldats! Vous marchez... et déjà le territoire français est délivré! la
joie et l'espérance succèdent dans notre patrie à la consternation et à
la crainte.
Vous rendrez la liberté et l'indépendance au peuple de Gênes. Il sera
pour toujours délivré de ses éternels ennemis.
Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine!
L'ennemi épouvanté n'aspire plus qu'à regagner ses frontières. Vous lui
avez enlevé ses hôpitaux, ses magasins, ses parcs de réserve.
Le premier acte de la campagne est terminé.
Des millions d'hommes, vous l'entendez tous les jours, vous adressent
des actes de reconnaissance.
Mais aura-t-on donc impunément violé le territoire français?
Laisserez-vous retourner dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme
dans vos familles? Vous courez aux armes!...
Eh bien marchez à sa poursuite, opposez-vous à sa retraite; arrachez-lui
les lauriers dont elle s'est parée, et par-là apprenez au monde que la
malédiction est sur les insensés qui osent insulter le territoire du
grand peuple.
Le résultat de tous nos efforts sera _gloire sans nuage et paix solide.
Le premier, consul_, BONAPARTE.
Au quartier-général de Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).
_Aux deux consuls restés à Paris._
Vous aurez vu, citoyens consuls, par les lettres de M. de Melas, qui
étaient jointes a ma précédente lettre, que le même jour que l'ordre de
lever le blocus de Gênes arrivait au général Ott, le général Masséna,
forcé par le manque absolu de vivres, a demandé à capituler. Il paraît
que le général Masséna a dix mille combattans; le général Suchet en a à
peu près autant; si ces deux corps se sont, comme je le pense, réunis
entre Oneille et Savonne, ils pourront entrer rapidement en Piémont par
le Tanaro, et être fort utiles, dans le temps que l'ennemi serait obligé
de laisser quelques troupes dans Gênes.
La plus grande partie de l'armée est dans ce moment à Stradella. Nous
avons un pont à Plaisance, et plusieurs trailles vis-à-vis Pavie. Orsi,
Novi, Brescia et Crémone sont à nous.
Vous trouverez ci-joints plusieurs bulletins et différentes lettres
interceptées, qu'il vous paraîtra utile de rendre publiques.
Je vous salue.