Paris, le 4 nivose an 8 (25 décembre 1799).
_Aux soldats français._
Soldats! en promettant la paix au peuple français, j'ai été votre
organe; je connais votre valeur.
Vous êtes les mêmes hommes qui conquirent la Hollande, le Rhin,
l'Italie, et donnèrent la paix sous les murs de Vienne étonnée.
Soldats, ce ne sont plus vos frontières qu'il faut défendre, ce sont les
états ennemis qu'il faut envahir.
Il n'est aucun de vous qui n'ait fait plusieurs campagnes, qui ne sache
que la qualité la plus essentielle d'un soldat est de savoir supporter
les privations avec constance. Plusieurs années d'une mauvaise
administration ne peuvent être réparées dans un jour.
Premier magistrat de la république, il me sera doux de faire connaître
à la nation entière les corps qui mériteront, par leur valeur et leur
discipline, d'être proclamés les soutiens de la patrie.
Soldats, lorsqu'il en sera temps je serai au milieu de vous, et l'Europe
étonnée se souviendra que vous êtes de la race des braves.
Le premier consul, BONAPARTE.
Paris, le 4 nivose an 8 (25 décembre 1799).
_A l'armée d'Italie._
Les circonstances qui me retiennent à la tête du gouvernement
m'empêchent de me trouver au milieu de vous.
Vos besoins sont grands: toutes les mesures sont prises pour y pourvoir.
Les premières qualités du soldat sont la constance et la discipline: la
valeur n'est que la seconde.
Soldats, plusieurs corps ont quitté leurs positions; ils ont été sourds
à la voix de leurs officiers: la dix-septième légère est de ce nombre.
Sont-ils donc tous morts, les braves de Castiglione, de Rivoli, de
Neumarck? Ils eussent péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et ils
eussent ramené leurs jeunes camarades à l'honneur et au devoir.
Soldats, des distributions ne vous sont pas régulièrement faites,
dites-vous? Qu'eussiez-vous fait si, comme les quatrième et
vingt-deuxième légères, les dix-huitième et trente-deuxième de ligne,
vous vous fussiez trouvés au milieu du désert, sans pain ni eau,
mangeant du cheval et des mulets? _La victoire nous donnera du pain_,
disaient-elles; et vous!... Vous quittez vos drapeaux!
Soldats d'Italie! Un nouveau général vous commande[4]; il fut toujours à
l'avant-garde dans les plus beaux jours de votre gloire. Entourez-le de
votre confiance: il ramènera la victoire dans vos rangs. Je me ferai
rendre un compte journalier de la conduite de tous les corps, et
spécialement de la dix-septième et de la soixante-troisième de ligne;
_elles se ressouviendront de la confiance que j'avais en elles._