Au Caire, le l3 thermidor an 7 (10 août 1799).
_Au directoire exécutif._
_Siège du fort d'Aboukir._
Le 8 thermidor, je fis sommer le château d'Aboukir de se rendre: le
fils du pacha, son kiaya et les officiers voulaient capituler; mais ils
n'étaient pas écoutés des soldats.
Le 9, on continua le bombardement.
Le 10, plusieurs batteries furent établies sur la droite et la gauche
de l'isthme: plusieurs chaloupes canonnières furent coulées bas, une
frégate fut démâtée, et prit le large.
Le même jour, l'ennemi, commençant à manquer de vivres, se faufila dans
quelques maisons du village qui touche le fort: le général Lannes y
étant accouru fut blessé à la jambe; le général Menou, le remplaça dans
le commandement du siége.
Le 12, le général Davoust était de tranchée; il s'empara de toutes les
maisons où était logé l'ennemi, et le jeta dans le fort, après lui avoir
tué beaucoup de monde. La vingt-deuxième demi-brigade d'infanterie
légère et le chef de brigade Magni, qui a été légèrement blessé, se sont
parfaitement conduits. Le succès de cette journée, qui a accéléré la
reddition du fort, est dû aux bonnes dispositions du général Davoust.
Le 15, le général Robin était de tranchée: nos batteries étaient sur la
contrescarpe; nos mortiers faisaient un feu très-vif; le château n'était
plus qu'un monceau de pierres. L'ennemi n'avait point de communication
avec l'escadre, il mourait de soif et de faim; il prit le parti, non de
capituler (ces gens-ci ne capitulent pas), mais de jeter ses armes, et
de venir en foule embrasser les genoux du vainqueur. Le fils du pacha,
le kiaya et deux mille hommes ont été faits prisonniers. On a trouvé
dans le château trois cents blessés, dix-huit cents cadavres. Il y a
telle de nos bombes qui a tué jusqu'à six hommes. Dans les premières
vingt-quatre heures de la sortie de la garnison turque, il est mort plus
de quatre cents prisonniers, pour avoir trop bu, et mangé avec trop
d'avidité.
Ainsi cette affaire d'Aboukir coûte à la Porte dix-huit mille hommes et
une grande quantité de canons.
Pendant les quinze jours qu'a duré cette expédition, j'ai été
très-satisfait de l'esprit des habitans d'Egypte: personne n'a remué, et
tout le monde a continué de vivre comme à l'ordinaire.
Les officiers du génie Bertrand et Liédot, le commandant de l'artillerie
Faultrier, se sont comportés avec la plus grande distinction.