Au camp d'Aboukir, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).
_Au général Desaix._
Vous aurez appris, par l'état-major, les succès de la bataille
d'Aboukir: de quinze mille hommes qui étaient débarqués, mille sont
restés sur le champ de bataille, huit mille se sont noyés en voulant
rejoindre à la nage leur escadre, qui était si éloignée, que pas un n'a
pu arriver; trois mille sont cernés dans le château, six mortiers tirent
dessus; cinq cents hommes se sont noyés hier en voulant rejoindre leur
escadre. Il y a déjà eu plusieurs parlementages pour se rendre; mais ils
sont dans la plus grande anarchie.
Le pacha est prisonnier: c'est ce si célèbre Mustapha qui a battu les
Russes plusieurs fois la campagne passée. Nous avons pris plus de deux
cents drapeaux, et quarante canons de campagne, la plupart de 4 de
modèle français. Le général Fugières et le général Murat, le chef de
brigade Morangié et Cretin ont été blessés: ce dernier est mort; le chef
de brigade Duvivier a été tué, ainsi que l'adjudant-général Leturc, et
mon aide-de-camp Guibert. La cavalerie s'est couverte de gloire: nous
avons eu cent hommes tués et quatre cents blessés. Si vous êtes au
Caire, retournez le plus tôt possible dans la Haute-Egypte, pour y
achever la levée des impositions et des six cents dromadaires; je vous
recommande surtout de faire filer les hommes du septième de hussards, du
troisième, du quatorzième et quinzième de dragons.