Rahmanieh, le 4 thermidor an 7 (23 juillet 1799).
_Au général Desaix._
L'ennemi, citoyen général, a été renforcé de trente bâtimens, ce qui
fait cent vingt ou cent trente bâtimens existans dans la rade d'Aboukir,
et il est maître de la redoute et du fort d'Aboukir depuis le 23
messidor.
Je pars aujourd'hui pour aller reconnaître sa position et voir s'il est
possible de l'attaquer et culbuter dans la mer: car il paraît qu'il ne
veut pas se hasarder à attaquer Alexandrie, et qu'il se contente, en
attendant qu'il connaisse les mouvemens de Mourad-Bey et d'Ibrahim-Bey,
de se fortifier dans la presqu'île d'Aboukir.
Je désirerais bien avoir la cavalerie que je vous ai demandée, si je
reste en position devant lui, parce que sa position serait telle qu'il
serait impossible de l'attaquer.
Le général Friant sera sans doute à la suite de Mourad-Bey: vous serez
réunis de manière à pouvoir vous porter promptement au Caire. Je désire
que vous vous y portiez de votre personne avec votre première colonne:
vous vous ferez remplacer à Bénêçoùef par votre seconde colonne.
Arrivé au Caire, vous réunirez ce qui s'y trouve de la division Reynier,
pour vous trouver à même de marcher à Ibrahim-Bey s'il passait le désert
sans toucher à El-Arich ni à Catieh; il devrait avoir, dans cette
hypothèse, un millier de chameaux avec lui, et dès l'instant qu'il
aurait touché eux terres d'Egypte, ce qui pourrait être entre Belbeis et
le Caire, il faudrait marcher à lui. La garnison du Caire trouvera
dans les forts un refuge certain, qui contiendront la ville, quelque
événement qu'il puisse arriver.