Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).
_Au général Marmont._
Un renfort de canons, citoyen général, quelques hommes épars de votre
garnison, et, ce qui est plus précieux encore, le citoyen Faultrier,
partent pour vous rejoindre.
Le général Murat, qui est parti hier pour reconnaître l'ennemi à Aboukir
et prendre position à Birket, aura déjà communiqué avec vous, et vous
aura fait passer mes dépêches.
Le général Menou part dans l'instant même pour prendre le commandement
de Rosette et de la province.
Gardez-vous avec la plus grande vigilance; ne dormez que de jour;
baraquez vos corps très à portée; faites battre la diane bien avant
le jour; exigez qu'aucun officier, surtout officier supérieur, ne se
déshabille la nuit; faites battre souvent de nuit l'assemblée ou toute
autre sonnerie convenue, pour voir si tout le monde connaît bien le
poste qui lui a été désigné, et réservez la générale pour les alertes
réelles. Il doit y avoir à Alexandrie une grande quantité de chiens
dont vous pouvez aisément vous servir en en liant un grand nombre à une
petite distance de vos murailles. Relisez avec soin le règlement sur le
service des places assiégées: c'est le fruit de l'expérience, il est
rempli de bonnes choses.
L'état-major vous envoie les signaux convenus pour pouvoir communiquer
pendant le siége ou le blocus, si le cas arrivait.
Si d'Aboukir ils vous écrivent pour vous sommer de vous rendre, faites
beaucoup d'honnêtetés au parlementaire; faites-leur sentir que l'usage
n'est pas de rendre une place avant qu'elle soit investie, que s'ils
l'investissent, alors vous pourrez devenir plus traitable; poussez cette
négociation aussi loin que vous pourrez, car je regarderais comme un
grand bonheur, si la facilité avec laquelle ils ont pris Aboukir pouvait
les porter à vous bloquer: ils seraient alors perdus. Sous peu de jours,
j'aurai ici un millier d'hommes de cavalerie.
S'ils ne vous font pas de proposition, et que vous ayez une ouverture
naturelle de traiter avec eux, vous pourriez les tâter. La transition
alors pourrait être de connaître la capitulation d'Aboukir, les sûretés
qu'on a données à la garnison de passer en France, et si on tiendra
cette promesse: ce qui, naturellement, vous mène à pouvoir faire sentir
que vous les trouvez très-heureux.