BONAPARTE.

Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au divan du Caire._

Choisis parmi les gens les plus sages, les plus instruits et les plus

éclairés, que le salut du prophète soit sur eux!

Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître qu'après avoir

fait occuper le lac Natron, et presque le Bahhireh, pour rendre la

tranquillité à ce malheureux pays et punir nos ennemis, nous nous sommes

rendus à Rahmanieh. Nous avons accordé un pardon général à la province,

qui est aujourd'hui parfaitement tranquille.

Quatre-vingts bâtimens, petits et gros, se sont présentés pour attaquer

Alexandrie; mais, ayant été accueillis par des bombes et des boulets,

ils ont été mouiller à Aboukir, où ils commencent à débarquer. Je les

laisse faire, parce que mon intention est, lorsqu'ils seront tous

débarqués, de les atteindre, de tuer tout ce qui ne voudra pas se

rendre, et de laisser la vie aux autres pour les mener prisonniers, ce

qui fera un beau spectacle pour la ville du Caire. Ce qui avait conduit

cette flotte ici, était l'espoir de se réunir aux mameloucks et aux

Arabes pour piller et dévaster l'Egypte. Il y a sur cette flotte des

Russes, qui ont en horreur ceux qui croient à l'unité de Dieu, parce

que, selon leurs mensonges, ils croient qu'il y en a trois. Mais ils ne

tarderont pas à voir que ce n'est pas le nombre des dieux qui fait la

force, et qu'il n'y en a qu'un seul, père de la victoire, clément et

miséricordieux, combattant toujours pour les bons, confondant les

projets des méchans, et qui, dans sa sagesse, a décidé que je viendrais

en Egypte pour en changer la face, et substituer à un régime dévastateur

un régime d'ordre et de paix. Il donne par là une marque de sa haute

puissance: car ce que n'ont jamais pu faire ceux qui croient à trois,

nous l'avons fait, nous qui croyons qu'un seul gouverne la nature et

l'univers.

Et, quant aux musulmans qui pourraient se trouver avec eux, ils seront

réprouvés, puisqu'ils se sont alliés, contre l'ordre du prophète, à

des puissances infidèles et à des idolâtres. Ils ont donc perdu la

protection qui leur aurait été accordée; ils périront misérablement. Le

musulman qui est embarqué sur un bâtiment où est arboré la croix, celui

qui tous les jours entend blasphémer contre le seul Dieu, est pire qu'un

infidèle même. Je désire que vous fassiez connaître ces choses aux

différens divans de l'Egypte, afin que les malintentionnés ne troublent

pas la tranquillité des différentes villes: car ils périront comme

Dahmanour et tant d'autres, qui, par leur mauvaise conduite, ont mérité

ma vengeance.

Que le salut de paix soit sur les membres du divan!

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 147 / 342 题