Au Caire, le 5 messidor an 7(23 juin 1799).
_Au général Kléber._
Je reçois, citoyen général, vos lettres des 26, 28 et 29 prairial.
L'année passée, nous avions permis le commerce avec la Syrie, et
Djezzar-Pacha s'y était opposé. Quelque inconvénient qu'il puisse y
avoir, le premier besoin pour nous étant de ne pas laisser tomber
l'agriculture, je ne vois pas d'inconvénient à ce que, d'ici à
thermidor, vous permettiez le commerce avec la Syrie; mais je crois
qu'il est bon de laisser passer tout messidor.
Le bataillon de la vingt-cinquième se rend en droite ligne à Catieh avec
le général Leclerc. J'ai envoyé le général Destaing à Rahmanieh.
Le général Dommartin doit être rendu à Alexandrie. Si Lesbeh n'est pas
en état aujourd'hui, il est au moins nécessaire que vous donniez les
ordres qu'on y travaille avec une telle activité, que tous les mois il
acquière un nouveau degré de force, et que, l'année prochaine, il puisse
remplir le but qu'on s'était proposé.
Hassan-Thoubar est au Caire, je dois le voir dans une heure. Je ne sais
pas trop le parti que je prendrai avec cet homme. Si je lui rends ce
qu'il me demande, le préalable sera qu'il me remette ses enfans en
ôtage.
Nous sommes toujours ici sans nouvelles du continent. On m'assure
aujourd'hui que des vaisseaux anglais ont paru devant Alexandrie; qu'ils
ont expédié à Mourad trois exprès sur des dromadaires. Ils auront de la
peine à le trouver, car le général Friant est dans ce moment dans les
oasis.
Le général Desaix est en pleine jouissance de la Haute-Egypte et de
Cosseir. Les impositions se payent régulièrement, et sa division est au
courant de sa solde. Avec les impositions des provinces de Damiette et
de Mansoura, vous viendrez facilement à bout de payer votre division.
Mettez-vous en correspondance avec Rosette, afin que l'on vous prévienne
promptement de tout ce qui pourrait se passer sur la côte. Dès l'instant
qu'il y aura un peu d'eau, je vous enverrai les deux demi-galères et la
chaloupe canonnière _la Victoire_, qui sont fort bien armées. Dans ce
moment-ci les eaux sont trop basses.
Je crois qu'il serait toujours utile de tenir à Omm-Faredge le bateau
_le Menzaleh_, et de remplir sa cale de jarres pleines d'eau, car
d'ici à un ou deux mois le lac Menzaleh sera un moyen efficace de
communication avec Catieh et El-Arich.
Le général Menou n'est pas encore de retour de son inspection
d'El-Arich.
Quatre ou cinq négocians de Damiette, chrétiens ou turcs, peuvent vous
prêter les 60,000 livres que vous demandez; je crois que cela vaut mieux
que de s'adresser à un trop grand nombre.
Choisissez six négocians turcs et deux on trois chrétiens; et imposez
chacun à tant.
Je ne connais pas les membres du divan de Damiette. Cette province a
toujours été faiblement administrée, et je ne la calculerai de niveau
avec celles de Rosette, du Caire et d'Alexandrie que trois ou quatre
décades après votre arrivée. Faites tout ce que la prudence vous fera
juger nécessaire.