A Salahieh, le 21 prairial an 7 (9 juin 1799).
_Au général Dugua._
L'état-major vous a écrit hier, citoyen général, par un homme du pays,
pour vous faire connaître l'arrivée de toute l'armée à Salahieh. Nous
avons assez bien traversé le désert.
Le château d'El-Arich, qui est bien armé et en bon état de défense, a
cinq ou six cents hommes de garnison. J'en ai laissé autant à Catieh.
Le commandant anglais qui a sommé Damiette, est un extravagant. Comme il
a été toute sa vie capitaine de brûlots, il ne connaît ni les égards,
ni le style que l'on doit prendre quand on est à la tête de quelques
forces. L'armée combinée dont il parle a été détruite devant Acre, où
elle est arrivée quinze jours avant notre départ, comme je vous en ai
instruit par ma lettre du 27 floréal.
Je partirai d'ici demain, et je serai probablement le 26 ou le 27 à
Matarieh, où je désire que vous veniez à la rencontre de l'armée
avec toutes les troupes qui se trouvent au Caire, hormis ce qui est
nécessaire pour garder les forts. Vous amènerez avec vous le divan et
tous les principaux du Caire, et vous ferez porter les drapeaux que je
vous ai envoyés en différentes occasions, par autant de Turcs à cheval;
il faut que ce soit des odjaklis: après quoi nous rentrerons ensemble
dans la ville. Quand vous serez à cent toises devant nous, vous vous
mettrez en bataille, la cavalerie au centre, et l'infanterie sur les
ailes; nous en ferons autant.
Le général Kléber doit, à l'heure qu'il est, être arrivé à Damiette avec
sa division.
Gardez le bataillon de la vingt-unième avec vous jusqu'à mon arrivée.
Il me tarde beaucoup d'être au Caire, pour pouvoir, de vive voix, vous
témoigner ma satisfaction des services que vous avez rendus pendant mon
absence.
Je vous fais passer la relation que je vous ai envoyée par mon courrier
Royer. Comme il y a fort long-temps qu'il est parti par mer, je ne sais
pas s'il est arrivé. Faites-la imprimer le plus tôt possible, ainsi que
celle que je vous ai envoyée de Jaffa, et dont je vous fais passer la
copie.