Au quartier-général devant Acre, le 27 floréal an 7 (16 mai 1799).
_Bonaparte, général en chef, à l'armée._
Soldats,
Vous avez traversé le désert qui sépare l'Afrique de l'Asie avec plus de
rapidité qu'une armée Arabe.
L'armée qui était en marche pour envahir l'Egypte est détruite; vous
avez pris son général, son équipage de campagne, ses bagages, ses
outres, ses chameaux.
Vous vous êtes emparés de toutes les places fortes qui défendent les
puits du désert.
Vous avez dispersé, aux champs du Mont-Thabor, cette nuée d'hommes
accourus de toutes les parties de l'Asie, dans l'espoir de piller
l'Egypte.
Les trente vaisseaux que vous avez vus arriver dans Acre, il y a douze
jours, portaient l'armée qui devait assiéger Alexandrie; mais obligée
d'accourir à Acre, elle y a fini ses destins: une partie de ses drapeaux
orneront votre entrée en Egypte.
Enfin, après avoir, avec une poignée d'hommes, nourri la guerre pendant
trois mois dans le coeur de la Syrie, pris quarante pièces de campagne,
cinquante drapeaux, fait six mille prisonniers, rasé les fortifications
de Gaza, Jaffa, Caïffa, Acre, nous allons rentrer en Egypte: la saison
des débarquemens m'y rappelle.
Encore quelques jours, et vous aviez l'espoir de prendre le pacha même
au milieu de son palais; mais, dans cette saison, la prise du château
d'Acre ne vaut pas la perte de quelques jours: les braves que je devrais
d'ailleurs y perdre sont aujourd'hui nécessaires pour des opérations
plus essentielles.
Soldats, nous avons une carrière de fatigues et de dangers à courir.
Après avoir mis l'orient hors d'état de rien faire contre nous cette
campagne, il nous faudra peut-être repousser les efforts d'une partie de
l'occident.
Vous y trouverez une nouvelle occasion de gloire; et si, au milieu de
tant de combats, chaque jour est marqué par la mort d'un brave, il faut
que de nouveaux braves se forment, et prennent rang à leur tour parmi ce
petit nombre qui donne l'élan dans les dangers, et maîtrise la victoire.