BONAPARTE.

Au mont Thabor, le 29 germinal an 7 (18 avril 1799).

_Au général Ganteaume._

Je reçois a l'instant la lettre par laquelle vous m'annoncez l'arrivée

du contre-amiral Perrée à Jaffa; vous lui enverrez sur-le-champ l'ordre

1°. de rembarquer deux pièces de 18 avec la moitié des boulets de 12,

qu'en conséquence de votre ordre il avait laissés à Jaffa.

2°. De remplacer les pièces de 18, qu'il se trouve avoir laissées à

Jaffa, par un pareil nombre de pièces de 12, qu'il prendrait sur _la

Courageuse_. Si _l'Etoile_ était arrivée, il pourrait prendre les pièces

de 18 de _l'Etoile_, pour se compléter. Si la grosse mer s'opposait à

tous ses mouvemens, et lui faisait perdre trop de temps, vous lui ferez

sentir que, dans sa position, il faut qu'il calcule avant tout le temps.

3°. Laissez le contre-amiral Perrée maître de se porter soit sur Candie,

soit sur Chypre, afin de pouvoir reparaître du 6 an 10 du mois prochain,

soit sur Jaffa, soit sur Sour.

La place d'Acre sera prise alors, et je l'expédierai en Europe avec

une mission particulière. Pour peu que le contre-amiral Perrée soit

poursuivi par l'ennemi, vous le laisserez maître de se réfugier soit à

Alexandrie, soit dans un port d'Europe; dans ce dernier cas, vous lui

ferez connaître que j'attends de lui qu'il ne tarde pas à nous amener

des fusils, des sabres et quelques renforts, ne fût-ce que quelques

centaines d'hommes. Il pourra diriger sa marche sur Damiette, sur Jaffa,

sur Saint-Jean d'Acre ou sur Sour, et, s'il avait plus de quinze cents

hommes, il pourrait même les débarquer à Derne.

Faites-lui sentir cependant que je compte assez sur son zèle et sur ses

talens pour espérer qu'il pourra croiser huit jours, faire beaucoup de

mal aux Anglais, dont les vaisseaux marchands couvrent le Levant.

Dans tous les cas, mon intention est que, avec ses trois frégates, il

hasarde un de ses meilleurs avisos, en se dirigeant sur Sour. Vous

connaissez-la position dans laquelle nous sommes, la situation de la

côte; ajoutez-y tout ce que les connaissances de votre métier peuvent

vous suggérer.

Le contre-amiral Perrée est autorisé à prendre tous les gros bâtimens

turcs.

Si les vents le poussaient du côté de Tripoli, de Syrie, faites-lui

connaître que les Anglais reçoivent leurs vivres et leurs munitions de

ce côté, et qu'il pourrait leur intercepter quelque convoi.

En tout cas, j'imagine que vous lui direz de porter toujours pavillon

anglais et de se tenir fort loin des côtes.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 24 / 342 题