Les Touabir se partagent aujourd'hui en deux fractions autonomes: Oulad
Yarra, Oulad M'haïmdat.
A. Les _Oulad Yarra_ comprennent 50 tentes et 295 âmes. Ils sont
riches d'une jument, de 3 chameaux, de 295 bovins, de 3.076 ovins
et de 64 ânes. Ils n'ont pas de marques spéciales et empruntent
généralement le feu des Id Eïlik, soit [lam-alif ﻻ souligné].
La djemaa se compose des nommés Bella ould Amar; Ahmed ould Armohir,
Sidi Mbarek ould Bou Bakar, Hossin ould Talmoudi.
La tribu nomadise en hivernage entre Mal et Guimi; en saison sèche, à
Mal et aux environs.
Avant notre arrivée, et jusqu'en 1898, le chef de tribu fut Mohammed
Sidi ould Al-Qadri. C'était un homme fort intelligent et grand
seigneur, mais autoritaire et dur; il mécontenta les Oulad Yarra qu'il
traitait avec mépris et dut abandonner le commandement. En 1907, ils
voulurent l'élire à nouveau, mais comme Mokhtar ould Touil devait
continuer à s'occuper des affaires de la tribu, il ne voulut pas
accepter cette collaboration et refusa. Il nomadisait la plupart du
temps avec les Meterambrin. Il est mort en 1914.
Lors de sa soumission, en 1898, la djemaa lui donna comme successeur
intérimaire Mokhtar ould Deïloud ould Mohammed ould Touil, plus connu
sous le nom de Mokhtar ould Touil; il n'était pas de la famille des
chefs, et c'est pourquoi à plusieurs reprises en 1904, à notre arrivée,
puis en 1907, il fut question de le remplacer. Mais ce projet n'aboutit
pas. C'était un homme intelligent et riche en bétail et clients. Il
nous a toujours bien servis, mais fut sans grande autorité sur ses
gens; il vivait dans le sillage des Oulad M'haïmdat, conduits eux-mêmes
par Sidi Amar, chef et pontife des Kounta. Il est mort en 1915, et son
frère Sidi, et son jeune fils ayant été écartés, il a été remplacé sur
élection de la djemaa par un notable influent: Ceddiq ould Mokhtar ould
Bokhari.
Ceddiq est un homme ouvert et sympathique, qui dirige bien sa tribu.
B. Les _Oulad M'haïmdat_ comprennent 85 tentes et 400 personnes. A
ce nombre il faut joindre 7 tentes et 30 personnes pour les haratines
M'haïmdat. Ils sont riches de 2 chevaux, 11 chameaux, 416 bovins, 5.200
ovins et 96 ânes.
Le chef de la tribu était, à notre arrivée, Bouha ould Brahim ould
Haïb Allah. Il mourut peu après, ne s'étant guère signalé avec ses
gens que par son opposition à la création du poste de Mouit, en 1904,
ce qui valut à la fraction une amende de 100 bœufs. Ils abandonnèrent
alors le Rag et vinrent dans la région de Mal. Le fils de Bouha étant
trop jeune pour lui succéder, la djemaa élut Mohammed ould Mokhtar
Salem ould Beyyat, dit Bidiel ould Beyyat. C'est un assez bon chef,
faible pourtant devant ses gens, et qui se laissait jadis guider par
Sidi Amar, des Kounta, et depuis la mort de celui-ci, par les notables
intrigants.
La djemaa se compose de Cheikh ould Mokhtar, Mokhtar ould Ahmeïdat,
Mohammed ould M'haïd et Sidina ould Alioua.
Le chef des Haratines est Amoïjen ould Samba; et les notables
Sidi-I-Abd ould Al-Hartani et Bokhari ould Terko.
La marque des M'haïmdat est la même que celle des Oulad Yarra.
La fraction nomadise en hivernage, entre Mal et Guimi; et en saison
sèche, à Mal et aux environs.
Guerriers par profession et par atavisme les Touabir en ont pris les
mœurs, et notamment le dédain pour les choses islamiques. Les gens
disent d'eux: «Ils sont comme les hassanes. Il n'y a aucune tente «de
sciences chez eux». C'est exact. De même, il n'y a aucune personnalité
maraboutique notoire. Les écoles coraniques végétant sans élèves, quand
un enfant veut pousser ses études, il va chez les Kounta ou Dieïdiba
voisins.
Les affiliations religieuses sont donc très rares. A signaler pourtant
quelques ouird Qadrïa, relevant soit des Kounta (M'hammed ould
Bekkaï), soit des Id Eïlik (Naji), soit des Dieïdiba. Les Kounta sont
en quelque sorte les suzerains religieux des Touabir, surtout des
M'haïmdat, qui continuent à leur payer comme jadis une hadiya annuelle
d'un mouton de choix et de 4 litres de beurre par troupeau de moutons.
Les Oulad Yarra acquittant vis-à-vis de Cheikh Fal des redevances qui
sont autant des horma que des hadiya.
Les Touabir rachètent leur tiédeur religieuse par une certaine ardeur
au travail manuel. Ce sont de bons éleveurs et d'excellents puisatiers.