Les Toumodek (au sing. Toumodeki) sont des Berbères qui se rattachent à
la famille lemtouna. Leur tradition relate que leur ancêtre, Atjfara,
était un des frères des Id ag Bambra et Id ag Fara, qui constituent
aujourd'hui l'actuelle tribu des Lemtouna (Gorgol). En réalité, les
Toumodek préexistaient, comme Lemtouna, à l'arrivée d'Atjfara, le
Lemtouni. Mais cet immigré, qui arrivait avec ses captifs et ses
troupeaux, infusa un nouveau sang à la tribu qui périclitait. Des
mariages les unirent. La descendance d'Atjfara a prévalu, mais sous
l'ancien nom de Toumodek.
C'est à peu près vers la guerre de Babbah (dix-septième siècle), qui
amena un reclassement général des tribus maures, que ces événements
survinrent. La tradition relate que les Toumodek prirent part au Cherr
Babbah, mais ne spécifie pas si ce fut dans leur premier ou dans leur
nouvel état. Il est probable que ce fut dans le premier état et que
c'est justement l'issue malheureuse de la guerre qui amena le déclin de
la tribu et son relèvement par l'afflux d'éléments nouveaux.
Comme dans beaucoup de traditions maures, Toumodek, l'ancêtre éponyme,
aurait eu deux femmes: une blanche et une noire. De celle-ci sont nés
les Toumodek al-Kohol (Noirs) qui sont les Toumodek du Brakna, et dont
on verra plus loin le fractionnement. De la première sont issus les
Toumodek al-Biodh (Blancs), qui ne sont plus très nombreux, et sont
disséminés au Tagant, au Gorgol et au Guidimaka. Ils se fractionnent
en Ahel Miloud (ou Ahel Amar ould Miloud) ould Sidi Mohammed; Ahel
Leffot; Ahel Al-Falli. Rien dans leur teint ne distingue évidemment les
Toumodek Blancs des Toumodek Noirs.
Le commandement fut exercé, pendant tout le dix-neuvième siècle, par
les Ahel Baye (cf. annexe) descendant du fils aîné d'Atjfara. Il
devait passer, vers 1885, chez les Ahel Al-Hadi, branche cadette dont
(1) Ahmed ould Mohammed Aïnina était le représentant (cf. annexe).
Peu avant notre arrivée, Ahmed ould Mohammed Aïnina quitta le Chamama
pour aller vivre plus au nord, vers Sangara Fal. C'est alors le chef
des Oulad Eli, dont dépendaient les Toumodek, fit nommer (2) Mohammed
Mahmoud ould Taleb Amar, des Ahel Baye, comme chef de tribu. Nous le
reconnûmes à notre arrivée, mais il mourut peu après (1905).
Les fils d'Ahmed, ayant suivi leur père dans le Nord, le commandement
passe à (3) Sidi-l-Mokhtar ould Sidi Ahmed, neveu d'Ahmed; mais, au
bout de cinq mois, ce dernier partit dans le Tagant, se disant malade.
Le choix se porta alors sur la tente cadette des Ahel Al-Hadi, et (4)
Mohammed Aïnina ould Abd Allah fut élu (1905). Ce Mohammed Aïnina,
intelligent et ouvert, comprit tout l'intérêt qu'il avait à vivre en
bonne intelligence avec nous. Il avait été du reste l'un des premiers
à venir, à la tête de ses gens, présenter sa soumission à Coppolani.
Malheureusement, s'il était très vénéré comme marabout, il était nul
comme chef et sans aucune autorité. Il remplit les fonctions de cadi,
en même temps que celui de chef de tribu.
Vieilli et usé, il demandait depuis longtemps à être relevé, quand on
accéda à son désir, en octobre 1912. Il mourait en janvier 1913. Il
fut remplacé par son fils Abd Allah, jeune homme ouvert et instruit,
qui, après avoir fait de bonnes études auprès de Mohammed Lamin ould
Cheikh Mohammed, des Hijaj, servit plusieurs années de khalifa à son
père. Mais avant d'avoir pris possession de son commandement, Abd Allah
commit un faux qui l'écarta du pouvoir. Sur un fragment de feuille de
convocation, revêtu d'un cachet et de la signature de l'Administrateur
de Boghé, il écrivit, en arabe, par ordre de ce résident, que la région
du Khat était interdite au Toumodek, et il vint apporter ce papier
à Aleg, en accusant du méfait le chef des Touabir-Oulad M'haïmdat.
Confronté avec Bikel ould Beyyat, Abd Allah dut avouer le faux. Il
fut condamné par le tribunal à six mois de prison, et le projet de
nomination fut arrêté.
Il fut remplacé dans ses fonctions provisoires par son frère, Mohammed
Abd Er-Rahman. La lutte électorale se circonscrivit dans les deux
tentes Ahel Al-Hadi, les Ahel Baye n'étant représentés à cette date
(1913) que par un enfant. Elle fut très chaude. Ce fut enfin (5) Abd
Allah ould Ahmed qui l'emporta.
Abd Allah ould Ahmed ould Mohammed Aïnina est né vers 1867, il a fait
d'excellentes études auprès de son père, qui était lui-même un élève de
Mohammed Mahmoud ould Habib Allah ould Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba.
C'est un homme intelligent et instruit, qui jouit d'une grande renommée
à cause de sa piété et son honnêteté et qui enseigne le droit et la
théologie à une trentaine de jeunes gens. Il a éprouvé, au début,
une certaine opposition de la part d'Abd Allah ould Mohammed Aïnina.
Il aurait même été victime, ainsi que Mohammed Abd Er-Rahman, d'une
tentative d'assassinat. Depuis la fuite du coupable dans le Hodh, le
calme s'est rétabli.