A notre arrivée, le Cheikh de la tribu était Omar ould Omar Ketch.
Son rôle était difficile. Il n'avait que peu d'autorité par lui-même,
obligé qu'il était de tenir compte des deux fortes personnalités, Eli
et Fedila ould Ahmed Atrous. Il devait de plus ménager les gens de
l'Adrar,--nos ennemis,--dont il était tributaire et qui pouvaient nuire
à ses contribuables, restés sous leur autorité. Il fut remplacé à sa
mort, vers 1910, par Brahim ould Omar Ketch.
Brahim assura son service assez correctement, mais sans grande énergie
devant les pillards, et sans grande autorité pour maintenir ses gens
dans l'ordre. Il se signala surtout par d'excellents recensements qui
amenèrent une forte plus-value d'impôt. Toujours malade, il dut, au
début de 1918, donner sa démission. Il voulut faire nommer à sa place
son neveu Ahmed ould Sidïa ould Sidi ould Omar Ketch, mais la djemaa ne
le suivit pas dans cette voie et élut Sidi ould Al-Falli (3 mai 1918).
C'est ce dernier qui est actuellement le chef de tribu.
Les Dieïdiba de Brakna comprennent cinq sous-fractions:
Ahel Omar Ketch 66 tentes 277 personnes
Ahel Ahmed Atrous 43 ---- 174 ----
Ahel Al-Falli 52 ---- 195 ----
Soit au total 238 tentes et 905 personnes. Dans ce nombre sont
comprises quelques tentes chorfa, installées à demeure chez les
Behaïhat. Les personnalités importantes sont: 1re sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Omar Ketch, Sidi ould Omar Ketch, Eli ould Barhoun;
2e sous-fraction: Cheikh Eli ould Ahmed Atrous, Mohammed ould Miloud,
Mohammed ould Brahim; 3e sous-fraction: Cheikh Sidi ould Al-Falli,
Mohammed Saloum ould Al-Falli, Isselmou ould Barhoun; 4e sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Baba ould Jériou, Mohammed ould Aïda, Naji ould
Jérima; 5e sous-fraction: Cheikh Omar ould Omar, Maqam ould Touijer,
Maham ould Gheraba.
Le cheptel de la tente comprend 586 bovins, 21.125 ovins, 28 camelins
et 644 ânes. Les gens n'ont généralement pas de marques. Quelques-uns
ont pourtant emprunté le feu de leurs voisins Torkoz et Tagat.
La zone de parcours est autour de Chogar Gadel, en hivernage; et l'est
de Mal, en saison sèche.
Les Behaïhat de Brakna ont conservé de bonnes relations avec leurs
contribules de l'Adrar. Ils leur donnent asile lorsque ceux-ci viennent
dans le Sud pour se réapprovisionner en mil. De plus, à la période de
récolte des dattes, ceux du Brakna vont dans l'Adrar et n'en reviennent
qu'avec une ample provision de ces fruits.
Cette tribu est réfractaire à toute idée de commerce. Aussi, pour
ses achats et pour la vente de ses animaux, a-t-elle recours à un
intermédiaire, généralement Tagat ou Torkoz.
Zenaga guerriers, les Behaïhat ont le sentiment islamique aussi
développé que leurs anciens maîtres hassanes. Ils ne se livrent à
aucune pratique et ne reçoivent pas l'ouird, sauf quelques rares
individualités, qui se réclament de l'obédience de Saad Bouh. Ils n'ont
chez eux aucun maître d'école attitré. Quelques tentes envoient leurs
enfants quérir un rudiment d'instruction chez les marabouts voisins
Tagat ou Torkoz.
On ne peut pas abandonner les Behaïhat sans dire quelques mots d'une
petite fraction d'origine arabe, les Oulad Bou Lahia, qui, après un
séjour de quelque durée dans le Sud mauritanien, est repartie vers
l'Adrar, laissant ici quelques tentes.
Ces Oulad Bou Lahia appartiennent au groupe hassane des Merafra.
Lors de sa scission, ils restèrent en entier dans l'Adrar. Ils
quittèrent par la suite ce pays, pour venir habiter dans le Tagant près
des Chratit, leurs partisans. C'est là qu'ils vivaient lors de notre
arrivée en Mauritanie. Ils firent leur soumission en 1904 à M'Bout, si
tant est que leur retour individuel et effacé puisse être considéré
comme une soumission, puis ils quittèrent le cercle du Gorgol, pour
venir s'installer dans le Brakna, sans prévenir ni le commandant de
cercle du Gorgol, ni celui du Brakna.
Dix tentes seulement restèrent dans le Brakna; 3 avec les Oulad Bou
Sif, 2 avec les Behaïhat, et 5 choisirent un des leurs, Mohammed Lamin
ould Al-Kouaïri, comme chef autonome. Il repartit du reste à son tour
pour l'Adrar, quelques années plus tard. Les trois tentes qui ne le
suivirent pas demandèrent à se retirer, une chez les Behaïat, et deux
dans le campement de Sidi Mohammed Bekkaï des Kounta. En un mot, cette
tribu a disparu du cercle et les tentes isolées qui sont restées sont
partagées entre les Behaïhat et les Kounta.
Les Oulad Bou Lahia étaient réputés comme les plus pillards de tous les
Maures et les plus impitoyables; aussi étaient-ils l'objet du mépris et
de la haine de tous.
«Que Dieu les maudisse!» telle est l'expression qui est prononcée, dès
que le nom de cette tribu est cité ainsi du reste que celui de leurs
parents, les Oulad Talha du Tagant. Bon sang arabe ne saurait mentir.
Ils ont été longtemps les guides des rezzous dans la région.