Les Behaïhat (au sing. Behaïhi) sont des Berbères qui, par-dessus
leur origine çanhadjïa, prétendent se rattacher aux Ansar. Leur
habitat était l'Adrar Tmar, où ils vivaient comme tributaires dans le
sillage des Oulad Ammoui. Chaque événement politique de cette région
troublée, et notamment chaque décès d'émir, avec les compétitions de
zenaga qu'il entraînait, était pour eux une source de brimades et de
pillages, si bien qu'ils finirent par abandonner leurs maîtres et
par descendre par petites fractions vers le Sud. Du Tagant, où ils
séjournèrent quelque temps, ils vinrent jusque dans le haut Brakna,
où on les trouve aujourd'hui. La première de ces migrations, dont la
date nous soit bien connue, est celle des Ahel Atrous, qui suivit la
mort du grand émir Ahmed ould Aïda (vers 1858). Un quart de siècle plus
tard, lors des troubles, qui suivirent la mort de l'émir Ahmed ould
Mohammed ould Ahmed Aïda, trois autres sous-fractions vinrent rejoindre
les Ahel Atrous. Vers 1900, à la mort d'Ahmed ould Sidi Ahmed, quatre
campements se mettent en marche. Entre 1903 et 1905, nouveau départ
de quatre campements: deux tout d'abord lors du décès d'Ahmed ould
Sidi-l-Mokhtar, puis deux lorsqu'on apprit l'arrivée de Coppolani dans
le Tagant.
Les Behaïmat furent en effet des premiers à se soumettre. Ils avaient,
il est vrai, suivi tout d'abord les Ahel Soueïd Ahmed, tente princière
des Id Ou Aïch, leurs nouveaux protecteurs, dans leur recul vers
l'Assabat, mais ils les abandonnèrent presque aussitôt et vinrent faire
leur soumission à Mouit et à Mal. Ils furent autorisés à nomadiser dans
cette région et cessèrent définitivement de remonter vers le Tagant, à
la saison des pluies.
Lorsque Gouraud arriva dans l'Adrar, quelques tentes Behaïhat, qui
nomadisaient encore entre Tagant et Adrar, demandèrent et furent
autorisées à se joindre à leurs parents du Brakna (1908). C'est ainsi
que s'est constituée l'actuelle tribu des Behaïhat du Brakna. Le reste
de la tribu habite toujours l'Adrar.
Zenaga incultes, et au surplus émigrés du gros de la tribu, les
Behaïhat du Brakna ne possèdent aucune tradition historique. C'est
sans doute dans les campements de l'Adrar qu'on pourra avoir quelques
renseignements à ce sujet. Ils savent simplement que leur ancêtre
éponyme était un certain Behih, qui laissa cinq fils: Othman, Ferzouz,
Haïmed, Samba et Merzoug, ancêtres éponymes à leur tour des cinq
fractions ethniques de la tribu: Athamna, Fraziz, Oulad Haïmed, Oulad
Samba et Oulad Merzoug. Par suite des événements relatés plus haut, ces
cinq fractions se sont entremêlées avec le temps et on ne les retrouve
pas aujourd'hui dans cette forme.
Les Behaïhat étaient, ces dernières années, en perpétuel désaccord avec
les Torkoz et les Touabir. Ces conflits proviennent surtout de ce que
les Behaïhat sont à cheval sur les trois cercles de Brakna, du Gorgol
et de l'Assaba. On envisagea un moment de leur imposer l'obligation de
nomadiser en hivernage sur la rive gauche du Kraa al-Asfar, de Digguet
Mémé à Aleg; et pendant la saison sèche, près du poste même. Mais ces
projets n'eurent pas de suite. Un règlement, intervenu en mars 1914,
prescrit à tous les Behaïhat de rentrer au Brakna et leur a indiqué
la limite exacte du cercle qu'ils ne doivent pas franchir. Toutefois,
après entente avec le cercle de Gorgol, ils ont l'autorisation de boire
aux Ogol nord-ouest de Mouit.
Cette réglementation a bien souffert quelques accrocs. C'est ainsi
qu'en décembre 1916, les Behaïhat ont dû, à la suite d'une bagarre,
payer une forte dïa à M'Bout. Ils sont d'autre part toujours soumis à
des rafer vis-à-vis de l'émir de l'Adrar et n'arrivent pas à s'en
racheter.