Les Hijaj sont une tribu dérivée des Rehahla. Ils sont donc
d'origine arabo-hassane, puisque Rehhal, ancêtre éponyme des
Rehahla, est le frère d'Antar, de Yahia et d'Omran, ancêtres
des Oulad Nacer, des Oulad Yahia ben Othman, et des Trarza et Brakna,
et que ces quatre personnages sont les fils d'Othman ould Oudaï ould
Hassan.
En ce qui concerne l'historique des Rehahla et par conséquent
l'historique lointain des Hijaj, je ne puis que renvoyer à mon ouvrage
_l'Émirat des Trarza_.
C'est de la fin de la guerre de Boubbah que date leur «conversion»
au maraboutisme; elle résulte probablement, bien que la tradition
soit muette sur ce point, de la défaite des Rehahla, hassanes
des premières invasions, et de leurs alliés les marabouts, par les
Trarza-Brakna. Un individu des Rehahla, le nommé Samba, premier
ancêtre connu des Hijaj, ne pouvant plus vivre dans sa tribu vaincue,
vint chercher fortune sur les rives de l'Oued Katchi. Il était
accompagné d'un de ses cousins, dit Damâni, et de plusieurs serviteurs
(fin du dix-septième siècle). Samba eut deux fils: Hamdan et Abd
En-Nebi, qui sont les ancêtres des deux premières fractions Hijaj.
Damâni est l'ancêtre éponyme de la troisième et dernière fraction des
Douamin.
Il faut, à partir de maintenant avoir sous les yeux le tableau
généalogique de la tente princière pour pouvoir suivre le cours des
événements.
_Tableau généalogique._
Samba.
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Hamdan. Abd En-Nabi.
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Maham. Taleb Brahim. Taleb Amed. Meskour.
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Al-Hadj Mohammed. Al-Hadj Hossin. Al-Hadj Mokhtar. Mohammed
Barhoum.
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Mokhtar.
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1. Mohammed Lamin.
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2. Sidi Abd Allah. Al-Qadi. Cheikh Mohammed.
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| Hamenni. Mrabet. Cheikh Ahmed Mohammed
| Mahmoud. Lamin.
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3. Mahmoud. 4. Mohammed Mohammed. Mokhtar. Moh. Mostafa.
Al-Mrabet | |
† 1914. | |
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|--Sidi Abd Allah. |--5 et 7 |--Ma-l-Aïnin.
| | Mahmoud.
|--6. Ahmed. |
| |--Hadj Amin.
|--Inedji.
Hamdan, qui vécut dans le premier quart du dix-huitième siècle, est le
premier qui ait fait le pèlerinage à la Mecque et inauguré ainsi ce nom
de Hadj, qui allait devenir celui de la tribu. Il eut quatre fils, dont
l'un, Meskour, est l'ancêtre de la tente princière des Hijaj. Les trois
autres mirent au monde chacun un fils, Mohammed, Hossin et Mokhtar.
Ces trois cousins firent ensemble le pèlerinage de la Mecque, vers le
milieu du dix-huitième siècle. Le second, Hossin, mourut à la Mecque
même et y fut enterré; les deux autres revinrent à bon port et furent
enterrés, après une vie embellie par les vertus islamiques, le premier
à Al-Aguilat, près de Mouit, l'autre à Al-Ouasta. Ce triple pèlerinage
auréola ce petit campement d'une gloire, assez rare alors, et on se
prit à les désigner sous le sobriquet de «tribu des Hadj» ou «Hijaj».
Le nom leur en est resté définitivement. Et de ce jour-là la tribu se
voua à la vie maraboutique.
La tribu naissante vivait alors dans l'Agan et buvait au puits
d'Oudenech, situé à Zkil, au nord-ouest de Chogar-Toro, et à celui
d'Al-Ouasta, sis à 15 kilomètres au nord-ouest du premier.
Il n'y a rien à dire sur les premiers descendants de Meskour, au cours
du dix-huitième siècle. Le commandement est d'ailleurs, à cette époque,
l'objet d'âpres compétitions. C'est au début du dix-neuvième siècle
qu'il se fixa définitivement dans les Oulad Hamdan et dans les Ahel
Meskour par les vertus et le prestige de Mohammed Lamin ould Mokhtar
ould Mohammed Barhoum ould Meskour.
Cette dévolution de l'autorité devait entraîner, au cours du
dix-neuvième siècle, des scissions répétées dans la tribu. Une première
fraction alla s'installer dans le Gorgol; on les y retrouve aujourd'hui
sous ce nom. En 1910, ils ont été réunis à la tribu-mère du Brakna.
D'autres retournèrent vers les cousins Rahahla et furent asservis
comme eux au tribut. D'autres enfin, mais antérieurement, qui n'avaient
voulu se muer aux marabouts définitifs, allèrent s'affilier aux Oulad
Eli (Brakna du Gorgol). De nos jours enfin, vers 1902, la fraction
Douamin, qui n'est à proprement parler que cousine des deux, et, à ce
titre a toujours fait preuve d'indépendance, ne voulant pas accepter
l'autorité des Oulad Hamdan, est allée s'incorporer aux Id ag Fara
Brahim, des Dieïdiba. L'accord faillit se faire, il y a quelques
années, mais, au dernier moment, on ne s'entendit pas et les choses
restèrent en l'état.
Mohammed Lamin est compté comme le premier chef de la tribu,
désormais constituée en une unité bien vivante. C'est sous son règne,
semble-t-il, qu'eut lieu la guerre fort dure, rapportée par le Tarikh
de Oualata, et où luttèrent d'une part les Oulad Bella et les Masna
de Tichit, d'autre part les Hijaj et les Dehahna alliés. Les Hijaj du
Brakna envoyèrent des contingents à leurs frères du Nord. Un combat
sanglant, le 19 juillet 1850, mit fin aux hostilités. Après Mohammed
Lamin, le pouvoir est resté dans la descendance de son fils aîné (2)
Sidi Abd Allah. C'est ce Sidi Abd Allah, «homme magnifique, avec une
barbe imposante qui descendait jusqu'à la poitrine, un vrai patriarche»
que visita l'enseigne Bourrel, en 1860, et qui lui fit un si cordial
accueil. Les chefs, ses fils, furent d'abord (3) Mahmoud, mort sans
postérité, et (4) Mohammed El-Mrabet, mort au début de 1914.
Mohammed Al-Mrabet était chef de la tribu lors de l'occupation
française. Obéi et aimé de ses gens, dévoué à nos intérêts, il fut un
excellent chef qu'on a eu le regret de voir mourir de la variole en
janvier 1914. Il fut remplacé par surprise et sous l'influence du grand
marabout de la famille, Cheikh Ahmed Mahmoud, par son neveu (5) Mahmoud
ould Mohammed Mokhtar, au détriment de ses fils.
De ses fils, l'aîné, Sidi Abd Allah, ne voulut pas revendiquer ses
droits et les céda à son cadet Ahmed. Ahmed faisait alors ses études
chez les marabouts du Nord. Il revint immédiatement et réclama le
commandement. Entre temps, il suivait les cours de l'école d'Aleg. On
finit par lui donner droit, et en fin 1914, il fut nommé chef de la
tribu.
Mais jeune et léger (6) Ahmed ne sut pas se faire obéir; il manqua
totalement de pondération dans son commandement, et dut être remplacé,
en avril 1917 par son prédécesseur (7), Mahmoud ould Mohammed Mokhtar.
Mahmoud, né vers 1862, marabout paisible, n'a qu'une influence limitée;
il est simplement le membre le plus notoire de la djemaa. Il a trois
fils: Hamma Lamin, Mohammed et Ahmed; il subit fortement l'influence
de ses frères: Had Amin et Mrabet, et surtout de son cousin, le grand
Cheikh spirituel de la tribu, Ahmed Mahmoud. Le jeune Ahmed, qui avait
commencé par faire quelque opposition et avait été, de ce fait, puni
disciplinairement, est revenu au calme[10].
[10] Mahmoud ould Mohammed Mokhtar est mort de la grippe en
décembre 1918.