1.--_Historique._

Les Hijaj sont une tribu dérivée des Rehahla. Ils sont donc

d'origine arabo-hassane, puisque Rehhal, ancêtre éponyme des

Rehahla, est le frère d'Antar, de Yahia et d'Omran, ancêtres

des Oulad Nacer, des Oulad Yahia ben Othman, et des Trarza et Brakna,

et que ces quatre personnages sont les fils d'Othman ould Oudaï ould

Hassan.

En ce qui concerne l'historique des Rehahla et par conséquent

l'historique lointain des Hijaj, je ne puis que renvoyer à mon ouvrage

_l'Émirat des Trarza_.

C'est de la fin de la guerre de Boubbah que date leur «conversion»

au maraboutisme; elle résulte probablement, bien que la tradition

soit muette sur ce point, de la défaite des Rehahla, hassanes

des premières invasions, et de leurs alliés les marabouts, par les

Trarza-Brakna. Un individu des Rehahla, le nommé Samba, premier

ancêtre connu des Hijaj, ne pouvant plus vivre dans sa tribu vaincue,

vint chercher fortune sur les rives de l'Oued Katchi. Il était

accompagné d'un de ses cousins, dit Damâni, et de plusieurs serviteurs

(fin du dix-septième siècle). Samba eut deux fils: Hamdan et Abd

En-Nebi, qui sont les ancêtres des deux premières fractions Hijaj.

Damâni est l'ancêtre éponyme de la troisième et dernière fraction des

Douamin.

Il faut, à partir de maintenant avoir sous les yeux le tableau

généalogique de la tente princière pour pouvoir suivre le cours des

événements.

_Tableau généalogique._

Samba.

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| |

Hamdan. Abd En-Nabi.

______|_______________________________________

| | | |

Maham. Taleb Brahim. Taleb Amed. Meskour.

| | | |

Al-Hadj Mohammed. Al-Hadj Hossin. Al-Hadj Mokhtar. Mohammed

Barhoum.

|

Mokhtar.

|

1. Mohammed Lamin.

___________________________________________|

| | |

2. Sidi Abd Allah. Al-Qadi. Cheikh Mohammed.

| ____|____ ______|______

| | | | |

| Hamenni. Mrabet. Cheikh Ahmed Mohammed

| Mahmoud. Lamin.

______|__________________________________________

| | | | |

3. Mahmoud. 4. Mohammed Mohammed. Mokhtar. Moh. Mostafa.

Al-Mrabet | |

† 1914. | |

| | |

|--Sidi Abd Allah. |--5 et 7 |--Ma-l-Aïnin.

| | Mahmoud.

|--6. Ahmed. |

| |--Hadj Amin.

|--Inedji.

Hamdan, qui vécut dans le premier quart du dix-huitième siècle, est le

premier qui ait fait le pèlerinage à la Mecque et inauguré ainsi ce nom

de Hadj, qui allait devenir celui de la tribu. Il eut quatre fils, dont

l'un, Meskour, est l'ancêtre de la tente princière des Hijaj. Les trois

autres mirent au monde chacun un fils, Mohammed, Hossin et Mokhtar.

Ces trois cousins firent ensemble le pèlerinage de la Mecque, vers le

milieu du dix-huitième siècle. Le second, Hossin, mourut à la Mecque

même et y fut enterré; les deux autres revinrent à bon port et furent

enterrés, après une vie embellie par les vertus islamiques, le premier

à Al-Aguilat, près de Mouit, l'autre à Al-Ouasta. Ce triple pèlerinage

auréola ce petit campement d'une gloire, assez rare alors, et on se

prit à les désigner sous le sobriquet de «tribu des Hadj» ou «Hijaj».

Le nom leur en est resté définitivement. Et de ce jour-là la tribu se

voua à la vie maraboutique.

La tribu naissante vivait alors dans l'Agan et buvait au puits

d'Oudenech, situé à Zkil, au nord-ouest de Chogar-Toro, et à celui

d'Al-Ouasta, sis à 15 kilomètres au nord-ouest du premier.

Il n'y a rien à dire sur les premiers descendants de Meskour, au cours

du dix-huitième siècle. Le commandement est d'ailleurs, à cette époque,

l'objet d'âpres compétitions. C'est au début du dix-neuvième siècle

qu'il se fixa définitivement dans les Oulad Hamdan et dans les Ahel

Meskour par les vertus et le prestige de Mohammed Lamin ould Mokhtar

ould Mohammed Barhoum ould Meskour.

Cette dévolution de l'autorité devait entraîner, au cours du

dix-neuvième siècle, des scissions répétées dans la tribu. Une première

fraction alla s'installer dans le Gorgol; on les y retrouve aujourd'hui

sous ce nom. En 1910, ils ont été réunis à la tribu-mère du Brakna.

D'autres retournèrent vers les cousins Rahahla et furent asservis

comme eux au tribut. D'autres enfin, mais antérieurement, qui n'avaient

voulu se muer aux marabouts définitifs, allèrent s'affilier aux Oulad

Eli (Brakna du Gorgol). De nos jours enfin, vers 1902, la fraction

Douamin, qui n'est à proprement parler que cousine des deux, et, à ce

titre a toujours fait preuve d'indépendance, ne voulant pas accepter

l'autorité des Oulad Hamdan, est allée s'incorporer aux Id ag Fara

Brahim, des Dieïdiba. L'accord faillit se faire, il y a quelques

années, mais, au dernier moment, on ne s'entendit pas et les choses

restèrent en l'état.

Mohammed Lamin est compté comme le premier chef de la tribu,

désormais constituée en une unité bien vivante. C'est sous son règne,

semble-t-il, qu'eut lieu la guerre fort dure, rapportée par le Tarikh

de Oualata, et où luttèrent d'une part les Oulad Bella et les Masna

de Tichit, d'autre part les Hijaj et les Dehahna alliés. Les Hijaj du

Brakna envoyèrent des contingents à leurs frères du Nord. Un combat

sanglant, le 19 juillet 1850, mit fin aux hostilités. Après Mohammed

Lamin, le pouvoir est resté dans la descendance de son fils aîné (2)

Sidi Abd Allah. C'est ce Sidi Abd Allah, «homme magnifique, avec une

barbe imposante qui descendait jusqu'à la poitrine, un vrai patriarche»

que visita l'enseigne Bourrel, en 1860, et qui lui fit un si cordial

accueil. Les chefs, ses fils, furent d'abord (3) Mahmoud, mort sans

postérité, et (4) Mohammed El-Mrabet, mort au début de 1914.

Mohammed Al-Mrabet était chef de la tribu lors de l'occupation

française. Obéi et aimé de ses gens, dévoué à nos intérêts, il fut un

excellent chef qu'on a eu le regret de voir mourir de la variole en

janvier 1914. Il fut remplacé par surprise et sous l'influence du grand

marabout de la famille, Cheikh Ahmed Mahmoud, par son neveu (5) Mahmoud

ould Mohammed Mokhtar, au détriment de ses fils.

De ses fils, l'aîné, Sidi Abd Allah, ne voulut pas revendiquer ses

droits et les céda à son cadet Ahmed. Ahmed faisait alors ses études

chez les marabouts du Nord. Il revint immédiatement et réclama le

commandement. Entre temps, il suivait les cours de l'école d'Aleg. On

finit par lui donner droit, et en fin 1914, il fut nommé chef de la

tribu.

Mais jeune et léger (6) Ahmed ne sut pas se faire obéir; il manqua

totalement de pondération dans son commandement, et dut être remplacé,

en avril 1917 par son prédécesseur (7), Mahmoud ould Mohammed Mokhtar.

Mahmoud, né vers 1862, marabout paisible, n'a qu'une influence limitée;

il est simplement le membre le plus notoire de la djemaa. Il a trois

fils: Hamma Lamin, Mohammed et Ahmed; il subit fortement l'influence

de ses frères: Had Amin et Mrabet, et surtout de son cousin, le grand

Cheikh spirituel de la tribu, Ahmed Mahmoud. Le jeune Ahmed, qui avait

commencé par faire quelque opposition et avait été, de ce fait, puni

disciplinairement, est revenu au calme[10].

[10] Mahmoud ould Mohammed Mokhtar est mort de la grippe en

décembre 1918.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 60 / 245 题