2.--_Fractionnement._

Le fractionnement des Zemarig s'établit ainsi:

Zemarig libres: 56 tentes 224 personnes.

Haratines Zemarig: 100 ---- 475 ----

soit au total 156 tentes et 699 personnes.

Le chef était, lors de notre arrivée, en 1903, Mohammed Sidi ould

Sidi-l-Mokhtar, né vers 1848. C'était un homme intelligent et peu

aimé de sa tribu à cause de sa fourberie et de ses exactions. Il

fut destitué, en 1912, pour avoir pillé les animaux de ses gens, et

remplacé par son cousin Limam.

Par le refus de son frère aîné, Thofeïl, d'exercer le commandement,

Limam est chef depuis 1912. Il est né vers 1885. Très jeune à notre

arrivée, il dut suivre le mouvement de dissidence de sa tribu,

mais revint peu après. C'est un bon chef, estimé et obéi par ses

gens. Il est quelque peu apathique. Il a voulu faire un jour acte

d'énergie, mais ce geste ne lui a pas réussi: il fut puni d'une peine

disciplinaire pour avoir protesté contre la nomination de Dida comme

cadi.

Le commandement est définitivement fixé dans ce campement, et

spécialement dans la tente des Ahel Abd El-Qader, celui-ci étant le

bisaïeul de Limam. C'est pourquoi on leur assigne dans la pratique ce

nom. Limam par exemple n'est désigné que sous le nom de Limam ould Abd

El-Qader. C'est aux Ahel Abd El-Qader que traditionnellement était

versé le gach ou morceau de poitrine de toute bête abattue. Chez les

haratines Zemarig, c'était aux Abdi ould Daïa.

La djemaa de la tribu comprend:

_a_) Mohammed Sidi, ex-chef, déjà vu,

_b_) Thofeïl, de son vrai nom Mostafa ould Abd El-Qader, frère aîné de

Limam. Né vers 1875, il a fait de bonnes études et s'est consacré à

l'ascétisme et aux choses du ciel. Il est sur la voie de la sainteté.

Il fut, dans les débuts, puni d'une peine légère d'emprisonnement.

Aussitôt libéré, il partit pour l'Adrar, allant offrir ses services

au Chérif Moulay Dris. Après un séjour de plusieurs années, où il put

goûter toutes les misères de l'exil, il demanda l'aman et rentra. Il se

tient tranquille maintenant. Il remonte chaque année vers l'Adrar pour

aller faire la guetna.

_c_) Ahmeïdou ould Cheikh Mohammed Al-Qadi ould Mohammed Hemar ould

Atjfara Salem. C'est un marabout qadri, qui relève de Cheikh Adallah

des Dieïdiba, et par lui de cheikh Sidi Mohammed son cousin, et de

Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des Dieïdiba.

_d_) Ahmed ould Babou et _e_) Abdi ould Yahia, notables.

_f_) Mohammed Abd Allah ould Cheikh Mohammed Qadi, qui est mort en

1916. Né vers 1870, il avait été le brillant élève et le disciple de

Mohammed Abd Allah ould Al-Mrabet. Il ne partit pas en dissidence

avec sa tribu, mais en 1908 se mit en route pour la Mecque sans

autorisation. A la réalité, il ne dépassa pas l'Adrar et dut bientôt

rentrer. Cette incartade lui valut une peine disciplinaire. Cadi de sa

tribu, il jouissait d'une grande réputation et se consacra en dernier

lieu avec beaucoup de zèle aux soins de sa charge.

_g_) Il a été remplacé par Ahmed Salem, ould Sidi ould Dahi, élève de

Mohammed Abd Allah. Il fait également l'école coranique, et quelquefois

des cours d'enseignement supérieur.

Au point de vue religieux, outre les obédiences précitées, il faut

signaler celle de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh

Mohammed Mahfoudh, des Id Atjfara (Dieïdiba), et celle de Cheikh Saad

Bouh, qui s'est exercée ici par son missionnaire Abou-l-Maali ould

Cheikh Ahmed Hadrami, des Tagat. Limam, le chef de tribu, relève de ce

dernier ouird.

Les Zemarig font leur pèlerinage à Al-Meriché et à Azlat (Al-Azlat). A

Meriché, on voit le tombeau vénéré du grand saint Cheikh Mohammed Abd

Allah ould Cheikh Mohammed Al-Qadi.

Leur cheptel est de 6 chevaux, 347 bovins, 1.000 têtes de petit bétail

et 48 ânes. Leur feu est le _gaf_, soit ڨ des Dieïdiba, apposé sur la

cuisse droite. Ils ont comme contremarques le _dal_ د sur le membre

intérieur droit, le «moulana» ﻊﻣ et le [sad ص] au-dessus du _gaf_.

Cette dernière appartient aux Ahel Abd El-Qader.

Les Zemarig nomadisent entre Azlat et Kra al-Asfar, en hivernage; au

nord-ouest de Boghé avec leurs haratines, en saison sèche.

Les haratines des Zemarig sont fort nombreux, plus nombreux même

que leurs maîtres et ont fait leur fortune. Ils sont campés dans le

Chamama, au nord-ouest de Boghé, et ne se déplacent que dans un petit

rayon. Ils restent ainsi à proximité de leurs terrains de cultures:

Tienel, Boghé, Chabour, Regba. Ceux-ci appartiennent à la famille de

Bes Moro, du village de Sinthiou Dangdé (Sénégal), mais depuis notre

installation en Mauritanie, ces Toucouleurs ont cessé de réclamer la

location des terrains leur appartenant. En revanche, ils ont dû payer

en 1917, 650 francs de dioldé (droit de location dû par le cultivateur)

à Baïla Biram, chef du Lao maure, mais c'est à contre-cœur, et ils

assurent que la terre n'appartient pas à Baïla (comme le dit Chéruy),

mais que ce chef se serait emparé de ces domaines lors du trouble qui

suivit l'arrivée des Français, et qu'il les fit travailler par les

Zemarig haratines, qui ne s'étaient pas enfuis.

Le chef des haratines Zemarig était, à notre arrivée, Mohammed Amoïjin.

Il nous témoigna un dévouement complet. Il était envoyé, en novembre

1906, pour prendre des renseignements sur la marche d'un mejbour,

commandé par Ould Assas. Dénoncé par Ahmedna, chef des Id ag Fara

Brahim, il fut capturé, amarré et battu par les dissidents. Il réussit

à s'enfuir et, pour se venger, guida le lieutenant Corrard des Essards

à la mare de Tioulé-Tiabé où était rassemblé le rezzou. Par la suite,

sa tête fut mise à prix par Ahmeddou. Il rendit des services précieux,

nous fournissant sans cesse des renseignements sur la marche des

rezzous. Les égards qu'on lui témoigna abusèrent son orgueil. Il se mit

à piller ses gens, et sur leurs plaintes fut relevé de son commandement

et emprisonné à Boghé (1909). A sa sortie de prison, il a rejoint sa

tribu d'origine, les Id ag Fara.

Il a été remplacé par Sambeït ould Sambeït, homme intelligent et qui

assure convenablement son service.

Les notables de la tribu sont: Ahmed Fal ould Abhoum, Sidi ould Ahmed

Abd et Mokhtar ould Mohammed.

Les haratines Zemarig n'ont qu'une piété superficielle. Certains

cependant se font, à l'instar de leurs maîtres, conférer l'ouird qadri.

Ils le demandent aussi au Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh

Mahmoud des Id Eïlik, qui relève de Cheikh Al-Qadi précité.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 46 / 245 题