Les Dieïdiba se divisent à l'heure actuelle en les dix fractions
suivantes:
Id ag Fara Brahim 272 tentes 1.425 âmes
Haratines id. 56 ---- 216 ----
Id Atjfara 175 ---- 561 ----
Haratines id. 80 ---- 344 ----
Ahel Agd Ammi 61 ---- 325 ----
Haratines id. 82 ---- 488 ----
Ahel Mohammed Othman 45 ---- 198 ----
Haratines id. 22 ---- 114 ----
Id Ayank 65 ---- 283 ----
Asbat Negza 42 ---- 135 ----
soit au total 900 tentes et 4.089 personnes.
Les _Id Ag Fara Brahim_, qu'on prononce souvent avec rapidité Id
ag Farabrim ou Id Atjfararim, sont, comme on l'a vu, la fraction
princière des Dieïdiba. L'ascendance de la tente du commandement
s'établit ainsi:
Atjfara Brahim.
__________|_________
| |
Ammi, Abhoum,
ancêtre des ancêtre des
Ahel Agd Ammi. Ahel Atjfara Brahim.
|
Maham.
_____________________|_________________
| | |
Agd Abd Allah. Agda Maham. Agd Haïb Allah.
|__________________________________________________
| | |
Othman, Imijan. Mohammed Maham.
ancêtre des | |
Ahel Mohammedden | |
Othman. _______|_____________ _______|________
| | | | | |
Habibouna 1er. Al-Qadi, Akrabat, Ali, Mostafa, Saïd,
| \_______________/ \___________________/
| descendance descendance
______|______ dans la tribu. dans la tribu.
| |
Qadina. Ahmed Babou.
| |
Cheïbata. Al-Oudaa.
| |______________________
| | | |
Habibouna. Mostafa. Cheïbata. Qadina.
| | |
Khalifa. Moh. Fal. Ahmedna.
| |
Mostafa. Oudaa.
La fraction se divise en les sous-fractions suivantes:
Ahel Agd Abd Allah,
Ahel Mohammed Thofeïl,
Glagma,
Ahel Abhoum,
Ahel Taleb Mohammedden,
Ahel Monja,
Ahel Hejab,
Ahel Agd Haïb Allah,
Id Ag Maham,
Ahel Agda Nahoui,
Id Ou Amin.
{ Haratines proprement dits,
Haratines: { Touarig,
{ Kouar Dieïdiba.
Les Ahel Mohammed Thofeil sont originaires des Ahel Mohammed Othman.
Les Glagma sont originaires du Hodh: le premier qui vint dans le
Brakna, au début du dix-neuvième siècle, est un certain Abd Er-Rahman,
la Guelguemi.
Les Ahel Agda Nahoui sont la sous-fraction qui eut l'honneur de donner
l'hospitalité à René Caillié, en 1824. Il n'en a pas dit le nom, mais
il a été facile de le trouver, car il a donné le nom de son maître.
Mohammed Sidi-l-Mokhtar, «grand marabout du roi». Ce Sidi-l-Mokhtar
ould Mohamedden ould Mostaf ould Agda Nahoui a laissé en effet le
souvenir d'un homme de piété et de science. Son descendant, chef du
campement, est aujourd'hui Abd Allah ould Mohammed ould Abd Allah ould
Sidi Mokhtar. C'est un notable considéré.
Les Id Ou Amin, ou Douamin, sont originaires des Hijaj.
Les Touarig sont d'origines diverses, mais surtout Id Ou Al-Hadj. Jadis
libres, ils vivent aujourd'hui avec leurs haratines et se sont négrisés.
Les Kouar Dieïdiba, ou _Noirs des Dieïdiba_, sont, dit-on, les
descendants des Id Agfa (Peul de la rive gauche), qui se seraient
mélangés avec les haratines.
Le chef des Id Ag Fara Brahim, chef général en outre des Dieïdiba,
est Mostafa ould (Khalifa ould Mostafa ould) Ai-Oudaa. A notre
arrivée en Mauritanie, le chef était Ahmedna ould Qadina, cousin de
Moustafa. Ahmedna, de son vrai nom Haïb Allah, mais plus connu sous
ce sobriquet donné par sa mère; il ne nous donna pas satisfaction.
Énergique et obéi, il tenait bien en main sa fraction; mais il se
signalait par une sourde opposition à notre autorité, donnait asile au
Mejbour, empêchait les Asbat, Tabouit et Id Atjfara, qui se ralliaient
moralement, de venir franchement à nous, et nous faisait espionner
à Aleg. En 1907, c'est dans son campement qu'Ould Assas, le fils
d'Ahmeddou, reçut asile, pendant que ses gens préparaient leur razzia.
C'est là que Mohammed Amoïjin, chef des haratines zemarig et notre
agent, fut attaché et frappé et n'échappa à la mort que par la fuite.
On put craindre, à plusieurs reprise, qu'il ne partît en dissidence, et
il l'aurait certainement fait sans la crainte des pillages des Oulad
Yahya ben Othman. Il fut destitué, en 1909, et remplacé par Mostafa
précité.
Mostafa est né vers 1888, à Bou Talhaya. Sa mère, Çaleha ment Al-Hadj,
est des Ida Ou Ali. Son père Khalifa était chef de la tribu, avant
Ahmedna. Lui-même a pour l'instant un fils, Mohammed Abd Allah, né en
1915. Mostafa était trop jeune à notre arrivée pour jouer un rôle; il
ne partit pas en dissidence, sans doute parce que, comme plusieurs
groupements de sa fraction, il n'en a pas eu le temps.
Très ambitieux, il a visé de bonne heure à un commandement et, vers
1906, fit punir de prison ses partisans qui sur ses instructions,
avaient dans ce but fait quelque agitation. Fort instruit en arabe, il
a voulu savoir un peu de français et a suivi plusieurs mois les cours
de l'école d'Aleg. C'est un homme intelligent, énergique et pondéré,
qu'il importe de ne pas laisser gagner à la main, comme il en aurait la
tendance. Il s'est rendu coupable, il y a quelques années, de fraude
dans les recensements: il forçait les rôles de ses ennemis et diminuait
considérablement ceux de ses partisans. Mostafa aurait quelque tendance
à jouer au chef religieux. Il semble par moments que son désir est
d'imiter Cheikh Sidïa. L'opinion publique l'a remarqué, et à plusieurs
reprises le bruit a couru qu'il abandonnerait son commandement
politique et s'y ferait remplacer par une de ses créatures, pour
pouvoir se consacrer à la vie religieuse. Il est actuellement secondé
par son cousin et Khalifa: Mohammed Abdou ould Mohammed Mostafa ould
Abd Al-Jelil, dit Babia. Ce Mohammed Abdou, né vers 1880, est un homme
actif et intelligent.
Les principales personnalités Id Ag Fara Brahim sont: _a_) Jeddou
ould Habbab ould Qadina, des Ahel Qadina, né vers 1848, et candidat
perpétuel au commandement de la tribu. Il est naturellement en fort
mauvais termes avec Mostafa, comme il l'a été avec ses prédécesseurs,
et ne se gêne pas pour signaler ses méfaits. _b_) Sidi-l-Mokhtar ould
Cheikh Abd Allah ould Mostafa ould Sidi Mokhtar Ouali. C'est un chérif,
originaire des Id Ag Jemouella, mais il vit avec les Id Ag Fara Brahim,
depuis deux générations. C'est un saint homme et un savant professeur.
Son école coranique est la mieux achalandée de la tribu. A son prestige
personnel il joint la baraka de son père et de son grand-père, qui
furent des marabouts célèbres, et surtout de son aïeul, à qui la
renommée donna le nom de Ouali; _c_) Mohammed ould Habib Rahman,
chef d'une sous-fraction et adversaire déclaré de Mostafa. Il groupa
longtemps autour de lui les adversaires du chef. Las et inquiet, il a
fini par abandonner la lutte, et par se retirer dans une autre fraction
Dieïdiba.
Les Id ag Fara Brahim sont la fraction la plus importante et la plus
riche de la tribu. Ils campent dans la région d'Aleg, des Biar,
d'Arona, de Chogar et de l'Oued.
Leurs haratines ont pour chef Mohammed ould Brahim. Ils campent avec
leurs maîtres. Quelques tentes passent souvent sur la rive gauche, à
Edy, ou ailleurs. D'autres sont au lougan de Ballel.
Les _Id ag Fara_ se rattachent à Atjfara Bekkaï, dont la tradition a
laissé tomber le nom de Bekkaï.
Voici le tableau généalogique du campement princier.
Atjfara (Bekkaï).
|
Biaye.
|
Aoubak.
|
Al-Mokhtar Nalla.
______|________________
| |
Haïb Allah. Abd Allah.
________|________ |
| | |
Atjfara Ahmed Baba. Mbaleïhi. Maham Taka,
____|_______ descendance
| | chez les Id ag
Al-Qadi. Al-Hadj. Fara
|
Cheikh Al-Qadi.
________|__________________________
| | |
Cheikh Mostafa. Cheikh Abd Er-Rahman. Ahmed Mahmoud.
|
Mohammed Abd Ad-Jelil.
_____|_______
| |
Mostafa. Moh. Mahfoudh.
|
Moh. Abd Allah,
chef de la fraction.
Les Id ag Fara ne sont plus maintenant que deux sous-fractions: Ahel
Qadi et Ahel Hadj Qadi. Toutes les autres se sont fondues en celles-là.
Le chef des Id ag Fara était, à notre arrivée, Mohammed Abd Al-Jelilou
Id Cheikh Mostafa. Il accompagna les Oulad Siyed vers le Tagant, mais
fit vite sa soumission et revint vers ses campements. En même temps que
les Dieïdiba se voyaient infliger une forte contribution de guerre,
il devait, lui leur chef, passer deux mois à Saint-Louis en résidence
obligatoire. Chef intelligent et juste, il accepta, quoique ami
d'Ahmeddou, la nécessité de notre domination, maintint la paix chez ses
gens et vécut en bons termes avec nous. Il mourut en mai 1912, et était
remplacé en août suivant, par son fils cadet Mohammed Mahfoudh; l'aîné
avait, en effet, refusé l'autorité.
Mohammed Mahfoudh est né vers 1882. Ainsi que son frère aîné, il
partit en dissidence à notre arrivée, séjourna un an dans le Regueïba,
mais sans porter les armes contre nous, et fit sa soumission avec
sa fraction. Ce sont tous les deux des personnes intelligentes et
instruites. Mostafa s'est confiné dans le domaine religieux et, ayant
hérité de l'influence maraboutique de la famille, fait le cadi et le
professeur de la tribu. Il a un fils, Mohammed Abd Allah, qui semble
devoir être le successeur de son oncle.
Il est à remarquer, en effet, que cette tente est, depuis quatre
générations, depuis Cheikh Al-Qadi ould Al-Hadj nommément, une
véritable pépinière de saints marabouts. Cheikh Al-Qadi fut à la fin du
dix-huitième siècle, un des élèves du Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir,
le Kounti, auprès de qui il resta six mois. Quelques années plus tard,
Cheikh Sidïa Al-Kabir devait le suivre dans cette voie. Il avait 40
ans quand il apprit la mystique et acheva par elle ses études. Ce fut
un grand pontife, qui a assuré la fortune de sa postérité. Il a été
enterré à Bou Talheya, aux côtés de son grand-père Atjfara Ahmed Baba.
Son frère, Mostafa ould al-Hadj, fut aussi un marabout de renom.
Les enfants de Cheikh Al-Qadi, tous Cheikh réputés, assirent
définitivement la situation maraboutique de la famille.
Cheikh Mostafa fut un saint homme, adonné aux choses du ciel, et
qui laissa la direction du temporel à son frère cadet, Cheikh Abd
Er-Rahman. Celui-ci, dès le début de juin 1858, se tournait vers
l'autorité croissante de Faidherbe et lui écrivait:
Le but de cette lettre est de vous faire connaître que le pays se
perd et devient malheureux. Le malheur s'étend sur les habitants
du pays et sur les étrangers. C'est une vérité et c'est très
sérieux. Il faut que vous songiez à établir la paix et le bonheur
sur la terre, et ce sera un bonheur pour vous. La paix n'existera
qu'après la réconciliation des Oulad Seïd entre eux. Ordonnez à
Mohammed Sidy d'agir dans ce sens et venez-lui en aide.
Cette époque de misère a élevé des individus méprisables et en
a abaissé de respectables. Le dernier des guerriers commet des
iniquités dans le pays et son chef ne peut l'en empêcher, parce
qu'il craint son inimitié. Mohammed Sidy ne songe qu'à établir la
paix entre les Oulad Seïd et les Chrétiens. De leur réconciliation
résultera le bien du pays. Les actions de Mohammed Sidy ne peuvent
le faire considérer comme l'ennemi des Chrétiens.--Souvent il
s'est trouvé dans l'obligation d'agir malgré lui, parce qu'il
était contrarié, et que les Oulad Ahmed étaient des Trarza et que,
s'il avait agi autrement, il aurait été méprisé.--Aujourd'hui il
ne songe qu'à réconcilier son peuple; alors, ni les Trarza ni les
Oulad Ahmed n'auraient de pouvoir sur lui.
Le Gouverneur doit se souvenir de moi, car il est venu à nous
l'année dernière.
Le texte arabe de cette lettre est en annexe.
Le troisième des enfants de Cheikh Al-Qadi, Ahmed Mahmoud entretint
aussi une correspondance suivie avec les agents de Faidherbe et tint ce
gouverneur au courant de la politique et des faits et gestes d'Al-Hadj
Omar.
Cette famille a fourni non seulement les chefs politiques de la
fraction, mais très souvent les cadis et chefs religieux de la tribu.
Sous le couvert de cette influence, ils ont tenté à plusieurs reprises
d'accaparer la direction des affaires. En principe rien ne pouvait
être décidé par le chef politique, sans que le cadi fût consulté. Au
contraire, il arriva même qu'Abd Al-Jelil, grâce à l'intérêt que lui
portèrent les émirs Sidi Eli et son fils Ahmeddou, usurpa les fonctions
d'Ahmedna jusqu'à notre occupation. Ce ne fut qu'au départ d'Abd
Al-Jelil dans l'Adrar avec son protecteur Ahmeddou qu'Ahmedna dut de
pouvoir, en 1903, être réintégré dans son commandement. Il n'y eut
d'ailleurs aucun mérite, car si son campement n'avait pas fini avec les
autres Id Ag Fara, c'est qu'il n'en avait pas eu le temps.
[Illustration:
_A gauche_: CHEIKH M'HAMMED OULD BEKKAÏ, Chef des Ahel Cheikh.
_A droite_: DIDA, Cadi supérieur des Brakna.]
Les principales personnalités Id ag Fara sont: _a_) Mohammed
Mahmoud ould Al-Mrabet, dit Dida, cadi de la tribu. Dida appartient
à une famille maraboutique très influente. L'origine de cette
considération remonte à son bisaïeul Al-Qadi ouali renommé, qui mourut
vers 1780, et fut enterré à Bou Talheya, où son tombeau est l'objet de
pèlerinages. Il était fils d'Atjfara Ahmed Babou, vu ailleurs, et se
rattachait ainsi à la ligne même d'Atjfara (Bekkaï). Il laissait quatre
fils: Al-Falli, Oummoui, Babana et Haïb qui furent tous de saints
personnages. Haïb Allah, mort vers 1815, laissa à son tour plusieurs
enfants dont l'aîné, Mohammed Mahmoud, mort vers 1862, fit refleurir
toutes les vertus de l'ancêtre. Aussi lui donne-t-on le surnom de
Mrabet. Son fils Mohammed Abd Allah n'a pas fait parler de lui. Dida
est le fils aîné de Mohammed Abd Allah. Au surplus voici le schéma
généalogique de cette famille.
Al-Qadi, † vers 1780.
_______________|_______________
| | | |
Al-Falli. Oummoui. Babana. Haïb Allah,
† vers 1815.
____________________________|__________
| | | |
Mohammed Mahmoud, Ahmeddou. Moh. Mokhtar. Mostafa.
dit Al Mrabet
† vers 1862.
|
Mohammed Abd Allah.
|
Mohammed Mahmoud,
dit Dida.
Dida est né vers 1884. Sa mère est d'origine Arallen. Parti en
dissidence avec sa tribu, il se soumit avec elle et depuis a eu une
attitude parfaitement loyaliste. Il a été nommé cadi de sa tribu en
1909 et, peu après, cadi supérieur du cercle. A ce titre, il jouit
d'une grande influence, encore que les ennemis de Dieïdiba eussent
préféré un cadi qui n'appartînt pas à cette tribu. En 1912, à la mort
d'Abd Al-Jelil et avant la nomination de son fils, il a fait l'intérim
de chef de fraction. Il a, de par ses ancêtres, de nombreuses relations
dans toutes les tribus du cercle, son père en effet et surtout son
grand-père Al-Mrabet ayant été les professeurs et les initiateurs
dont relèvent la presque totalité des marabouts et notables de la
région. Dida est lui-même un professeur émérite, en qui on s'accorde à
voir spécialement un juriste de premier plan. Il enseigne le droit à
une trentaine de jeunes gens, surtout Dieïdiba. Sa tente est toujours
plantée aux environs d'Aleg. Dida est un homme intelligent, instruit,
dévoué, qui nous rend les plus précieux services. Sa popularité lui
vaut dans sa tribu et ailleurs, plus spécialement chez les Touabir
et Arallen, de nombreux cadeaux. Il est moqaddem qadri par la chaîne
mystique suivante, qui se rattache aux Kounta: Cheikh Ahmed Babou ould
Al-Hadj; Cheikh Abd Allah ould Mostafa; Cheikh Sidi Mohammed ould
Cheikh Abd Allah; Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi; Cheikh Al-Qadi,
père du précédent; Cheikh Sidi Mokhtar Al-Kabir, le Kounti.
_b_) Ahmed Mahmoud ould Mohammedda qui passe pour être un des
représentants de la première tribu Dieïdiba. Il est né vers 1863 et
a fait ses études auprès de Mohammed Abd Allah, père de Dida. Jadis
cadi des Id Ag Fara Brahim, puis cadi des Dieïdiba par la nomination
de Coppolani, à la suite de la dissidence du cadi de la tribu, il
démissionna pour que ces fonctions judiciaires ne soient exercées que
par un membre des Ahel Cheikh Abd Allah. Intelligent et fort instruit,
il fut accusé, en 1906, d'avoir fait sa cour au Chérif marocain, en lui
faisant don d'une jeune captive. On a pu constater aussi l'élasticité
de sa conscience par la proposition qu'il fit d'affirmer, sous serment
coranique, l'authenticité de pièces fausses. Il enseigne le droit et un
peu de théologie à une vingtaine de jeunes gens. Entre temps, il fait
sur Cascas, Boghé et Podor des voyages commerciaux. Il est très connu,
mais il ne jouit que d'une influence restreinte.
_c_) Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould Cheikh Abd Allah ould Mostafa. Né vers
1883, il a eu son père pour professeur, mais son père lui-même est un
des élèves du grand Al-Mrabet. Il appartient à une tente chérifienne,
établie depuis plusieurs générations chez les Dieïdiba. Parti en
dissidence avec les siens, il fit sa soumission avec eux, mais affecta
longtemps de nous ignorer et resta à l'écart. Il s'est rapproché
avec le temps. Il donne l'enseignement coranique à une cinquantaine
d'élèves, et fait quelques cours supérieurs. Son influence religieuse
s'étend surtout chez les Noirs, Toucouleurs et Ouolof, riverains
de Cascas à Saint-Louis. Il a même quelques telamides d'occasion à
Sierra-Léone, jeunes gens venus ici par hasard et que son renom a
attirés à son ouird. Il voyage souvent sur le fleuve pour son commerce.
_d_) Cheikh Mohammed Mahfoud ould Cheikh Mostafa ould Cheikh Mohammed
Mahmoud. Né vers 1884, il a épousé Maïram, sœur de Dida. Il jouit
d'une renommée locale comme professeur et descendant de Cheikh Al-Qadi.
Son influence s'étend sur les haratines du Chamama, à l'ouest de Boghé.
Il a une trentaine d'élèves, grands et petits.
Les haratines Id ag Fara ont pour chef Abd Allah ould Aïcha. Leurs
terrains de cultures sont dans le Regueïba, soit avec les autres
haratines Regueïba.
Les _Ahel Ag Ammi_ se rattachent, comme on l'a vu, à Ammi, fils
d'Atjfara Brahim. Ils sont donc en principe Id ag Fara Brahim, mais ils
se sont séparés de leurs frères, il y a plusieurs générations et ont
pris le nom spécial de leur ancêtre, laissant celui de la fraction à
la descendance de son frère Abhoum. Ils ne dépendaient donc plus des
Id ag Fara Brahim, comme tous les gens des Tassaguert. Si dans les
Biar, le droit des chefs (Gach, morceau de la poitrine de toute bête
de bétail abattue) était pour les Ahel Oudaa, chez les Tassaguiert, ce
droit était payé, pour les Ahel Agd Ammi, à la tente princière des Ahel
Haïbelti.
A notre arrivée, leur chef était Cheikh ould Sidi Lamin (ould Mohammed
ould Haïbelti... ould Ammi). Il est mort au début de février 1912, et
a été remplacé, sur élection de la djemaa, par son fils Naji. Naji est
né vers 1890. Sa mère est une Jemouellïa. Trop jeune à notre arrivée,
il n'est pas parti en dissidence. Malgré son jeune âge, il gère son
groupement avec habileté et énergie. Il est secondé par le notable
Mohammeddou ould Habib Allah ould Mohammedden. Les autres notables les
plus en vue sont: Habib ould Habib, ancien chef de sous-fraction qui
a été condamné le 16 août 1916 à un an de prison, et Mohammed ould
Cheddad, qui l'a remplacé comme chef...
Les Ahel ag Ammi n'ont pas de zenaga. Leurs haratines sont sédentaires
à Aroua. Ils cultivent en outre des lougans à Balé, en face de Dara et
de Paté Gallo.
Les _Ahel Mohammedden Othman_ se sont, comme les Ahel Ag Ammi, détachés
des Ahel Atjfara Brahim pour constituer une fraction indépendante. Ils
se rattachent à Mohammedden ould Othman, quatrième descendant d'Abhoum
fils d'Atjfara Brahim (cf. _infra_ tableau généalogique). La scission
paraît s'être produite avec le fils ou le petit-fils de Mohammedden,
dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. A cette date, la
fraction, dite aussi des Tessaguert, cessa de donner le gach au chef
des Id ag Fara Brahim et le donna à ses chefs: les Ahel Mekhiyen.
Le chef de la fraction est Hamda ould Sidi ould Abdi ould Mekkiyen
ould Abd Allah ould Mohammed Othman. Sa mère est une Jemouellïa.
Sa famille jouit d'une excellente réputation dans tout le cercle.
Lui-même assure son service avec beaucoup de zèle et d'adresse. Il est
occasionnellement employé comme assesseur au tribunal de cercle.
La fraction n'a pas de zenaga. Ses haratines sont peu importants et
cultivent avec ceux des Ahel ag Ammi.
Les _Id Ayank_ ne sont pas de pure origine Dieïdiba. Leur ancêtre
Andach était un étranger (_halif_) venu s'installer chez Atjfara
Bekkaï, qui s'y maria et dont la descendance se nationalisa Id ag Fara.
Leur chef est Ali ould Mohammed ould Omar ould Mikheïtir ould... ould
Andach. Il a succédé, en 1912, à Al-Goumach.
Les Id Ayank n'ont ni zenaga, ni haratines; ils ont de nombreux
chameaux, dont Bakar ould Soueïd Ahmed se servit souvent contre nous.
Ils nomadisent entre Mal et le Tagant, et ne descendent jamais dans le
Chamama.
Les _Asbat Negza_ devraient s'appeler aujourd'hui simplement Ahel Negza
ou Oulad Negza. Ce vocable d'Asbat est le souvenir d'un état de choses
qui a subsisté pendant la plus grande partie du dix-neuvième siècle et
a aujourd'hui disparu. Il rappelle la «confédération» des Id Ayank, des
Id ag Jemouella et des Negza. Ces fractions formaient à elles trois un
groupement très particulariste, qui, tout en s'unissant par des liens
conjugaux, ne fusionna pas. Ils se considéraient et on les considérait
comme des «alliés» (Asbat). Par la suite, chacune des fractions a
repris son indépendance.
Negza ould Othman, l'ancêtre éponyme des Negza, était originaire des
Oulad Aïd du Gorgol, qui ne sont d'ailleurs qu'une colonie des Oulad
Aïd du Trarza. Ce sont, comme on le sait, des Zenaga, non tributaires,
et guerriers, d'origine arabo-hassanes et qui ont été asservis par
les invasions hassanes postérieures. Ce Negza, dont le vrai nom était
Mzaïdef, vint s'établir, peu avant 1800, dans le campement de Cheikh
Al-Qadi et fut son disciple empressé. Il avait alors 40 ans et était
suivi de son fils Ali. Il mourut vers 1812, et fut enterré à Aleb
Niatara. Son fils, ayant épousé une haratinïa des Oulad Ahmed, se fixa
définitivement chez les Dieïdiba. Les 6 fils d'Ali prirent femmes dans
cette tribu et constituèrent l'origine de la fraction. Les Oulad Ahmed
les considérèrent pendant un certain temps comme leur zenaga et leur
imposèrent un tribut. Mais les Dieïdiba les rachetèrent et se les
attachèrent comme télamides. Voici le schéma généalogique de la tente
du commandement:
Othman.
|
1. Mzaïdef dit _Negza_.
|
2. Ali.
_________________________|_____________________________
| | | | | |
Mahmoud. 3. Soueïd. Mohammed. Brahim. 4. Al-Kouri. Mokhtar.
| _____|______
| | |
7. Al-Kouri. 5. Bachir. 6. Mahfoudh.
Les chefs de fraction se succédèrent dans l'ordre de numérotation du
tableau. Bachir (5), qui était mort en 1880, fut remplacé par son frère
Mahfoudh ould Al-Kouri. Ce fut lui que Coppolani trouva en 1905 et
confirma dans son commandement, à son retour de dissidence avec les Id
ag Fara. Chef assez apprécié d'une tribu de voleurs et de pillards, il
fut plusieurs fois puni pour avoir donné asile à des mejbour, au début;
à des prisonniers évadés, ces temps derniers. Il fut destitué, en 1917,
et remplacé par son cousin Al-Kouri ould Soueïdi.
Anciens zenaga, devenus «tiab», les Asbat Negza se ressentent
aujourd'hui encore de ces origines. Ils ne jouissent que d'une
demi-considération. Ils n'épousent pas notamment les filles des hautes
classes dieïdiba.
Ils suivent tous, aujourd'hui comme il y a un siècle, le sillage
religieux des Dieïdiba. Ils leur ont emprunté leur feu pour les
troupeaux et leur sont, malgré les sollicitations des Zemarig
dissidents, restés fidèlement attachés.
Les haratines Dieïdiba doivent leur émancipation à Coppolani.
Affranchis des droits de horma à la suite de la rébellion de leurs
maîtres, ils furent distribués en autant de campements qu'il y avait de
sous-fractions suzeraines, établis dans la région de Chabbour et placés
sous le commandement de Mohammed Amouijin, des Zemarig.
Par la suite, ce commandement général a été supprimé et chaque
sous-fraction de haratines a son chef particulier.
Les Dieïdiba ont un beau cheptel de 4.030 bovins, 43.144 têtes de petit
bétail et 878 ânes. Leurs chameaux sont au nombre de 165, à peu près
tous chez les Id ag Fara et Id ag Fara Brahim. A ce propos, on peut
remarquer la tendance des Dieïdiba à se partager en deux groupements:
l'un à peu près uniquement pasteur et nomade, qui campe dans la région
du Nord, à Dokhon, etc. Il est composé des deux fractions précitées;
l'autre, campé au Sud, autour du lac, est composé des Ahel Agd Ammi,
des Ahel Mohammedden Othman, etc. Ce sont des nomades à petit rayon et
des cultivateurs en voie de sédentarisation pendant quelques mois de
l'année.
Le feu des Dieïdiba est le _qaf_ ٯ, qu'ils apposent sur le côté droit
du cou pour les chameaux, sur la cuisse droite pour les bovins. Ils ont
de nombreuses contre-marques: le «del» د et le _madda_ ٓ chez les Ahel
agd Ammi; la patte de poule ⩛ chez les Id ag Fara Brahim; la croix +
chez les Id ag Fara; les signes [T couché à droite ⊣] ou [T couché à
gauche ⊢] dans le campement Mrabet, etc.
Les Dieïdiba font, par leurs haratines et même par les plus pauvres
d'entre les personnes de condition libre, de nombreuses cultures dans
la cuvette d'Aleg. Aleg est un point très important pour les Maures.
C'est un centre de cultures: on y fait un peu de riz et beaucoup de
mil. Les indigènes y campent une partie de l'année. Ils viennent s'y
installer en hiver, après avoir terminé leurs travaux dans le Chamama;
ils en repartent en automne, au moment des pluies. Il n'y avait ni
villages, ni maisons; Aleg est seulement une grande cuvette où se
répandent sur une très grande surface les eaux de l'oued Katchi. La
terre appartient exclusivement à la tribu des Dieïdiba; mais ces
derniers, moyennant des redevances légères, permettent à d'autres
tribus, telles que les Tendra, les Tagnit, les Hijaj, d'y faire des
cultures.
Noms des terrains: Fractions auxquelles appartient la terre:
Frioua, Id ag Fara.
Al-Mrifeg, Jeddou Al-Habbab.
Meifed, Ahel Mohamedden Othman.
Gouissi, Ahel Ag Ammi.
Adimmour, Cheikh des Dieïdiba.
Tichetayat, Oulamouichém.
Tidar, Id ag Fara.
Aroua, Ahel ag Ammi.
Les territoires de nomadisation des Dieïdiba sont en hivernage:
l'Agan, Chogar, l'oued Katchi, Kra al-Asfar, et le sud d'Aleg; en
saison sèche: le lac d'Aleg et Aleg même, Bir el-Barka, Dokhon, Bou
Telheïa, Chabbour, Regba, Ballé. Leur point d'eau central était jadis
Ndokhon, puits réputé de 50 mètres de profondeur, dans une dépression
très boisée. A côté du puits, on trouve aujourd'hui les ruines d'une
construction en baraco, que les premières reconnaissances en 1905-1907
trouvèrent encore bien conservée. Elle affectait la forme d'un carré
de 25 mètres de côté avec cour centrale. Cette casba avait été édifiée
alors qu'ils étaient les maîtres du pays. Ils durent l'évacuer à la
suite de leurs luttes avec les Oulad Biri.
Les professeurs les plus réputés des Dieïdiba sont: _a_) le cadi
Dida, campé à Chogar, mais que ses fonctions maintiennent à Aleg la
plupart du temps; _b_) Mohammed Mahmoud ould Mohammedden, campé chez
les Id Atjfara Brahim. Ces deux maîtres ont été vus plus haut. A leur
clientèle maure ordinaire, surtout Dieïdiba, se joignent un certain
nombre de jeunes Toucouleurs. Leur enseignement est d'abord coranique
(ils sont suppléés en cette branche par un ou plusieurs adjoints) et
ensuite supérieur: droit, grammaire, théologie, littérature et langue.
Les principaux lieux de pèlerinage des Dieïdiba sont les tombeaux et
cimetières de leurs ancêtres: Bou Telheya, où sont inhumés Al-Qadi,
Cheikh Ahmed Babou et Haïb Allah, etc.; Bir el-Barka, où est inhumé
Cheikh Abder-Rahman ould Cheikh Al-Qadi, celui-là même qui écrivait à
Faidherbe la lettre donnée en annexe; Ndokhon, où sont enterrés Cheikh
Mohammed ould Babou et Cheikh Qadi ould Ahmed Babou, etc.; Raddeka, où
sont enterrés Mohammed Mahmoud (Mrabet), grand-père de Dida; Mohammed
Abd Allah, fils du précédent; Al-Falli ould Al-Qadi; Oummoui, etc.;
Touirsat, cimetière benié, etc.