Ce fractionnement classique des Oulad Siyed s'est établi ainsi jusqu'à
nos jours.
{ Oulad Siyed proprement dits.
{ Oulad Mansour.
{ Haratines Oulad Siyed.
Oulad Siyed. { Haratines Oulad Mansour.
{ Haratines Tanak.
{ Aralen.
{ Ahel Ghaïta, Azafal et Igdala.
Sous notre occupation, les zenaga Aralen et les haratines Ahel Ghaïta,
Azafal et Igdala ont été constitués en fractions autonomes. Elles n'en
continuent pas moins à vivre dans le sillage de la tribu et en rapports
étroits avec elle.
Les Oulad Siyed proprement dits ont pour chefs Hobeïb, frère germain de
l'émir Ahmeddou II, fils de l'émir Sidi Eli II, et chef général de la
tribu. Il est né vers 1870; sa mère était Garmi ment Lamin Fal.
A notre arrivée (1903), dès que la dissidence de l'émir Ahmeddou fut
avérée, Coppolani songea aussitôt à donner un chef aux Siyed, restés
fidèles et qui formaient un bloc d'attraction. Son frère, Mohammed
Krara fut choisi, et vint à Saint-Louis où il fut agréé. Il était à
peine rentré dans le Brakna qu'il mourait (1904).
On confia alors les fonctions de chef à un intérimaire, Sidi Eli
ould Kheddich (1904-1909). Sa naissance obscure ne lui assura aucune
autorité. Orgueilleux, mais intelligent, il n'osait pas se déclarer en
notre faveur, mais souhaitait tout de même notre succès. En 1909, ses
exactions et compromissions furent telles qu'on dut l'arrêter et le
condamner à cinq ans de prison. Il devait être gracié en 1910.
Il fut remplacé alors par son neveu, comme lui cadet éloigné des Abel
Aghrich: Hachim ould Mohammed Sidi ould M'hammed ould Sidi Mokhtar à
Aghrich. Né vers 1896, Hachim était très jeune à notre arrivée dans
le pays. Il partit avec toute sa tribu après l'affaire d'Aleg et
vécut avec elle. Il repartit à nouveau avec son cousin. Lorsque ce
dernier fut tué à Sarak, il venait de quitter le rezzou pour conduire
vers le Nord le butin pris aux Toucouleurs. Il fit sa soumission
au capitaine Bablon, à Boutilimit. Nommé chef trop jeune, Hachim
n'eut pas l'autorité nécessaire pour se faire craindre et obéir de
ses gens, notamment des Haratines Tanak et Oulad Mânsour, qui sont
des pillards consommés. Les conseils de son père lui furent de peu
d'utilité, non plus que ceux de son oncle maternel Sidi Eli ould Othman
ould Bou Bakkar, l'ancien chef. Se sentant peu en selle, il passa le
commandement provisoire à son père et vint à Aleg suivre les cours de
l'école locale, puis alla à la médersa de Saint-Louis.
A son retour, il ne sut pas mieux asseoir son autorité, se signala par
quelques exactions, et finalement dut céder la place, en 1915, au chef
de la famille des Ahel Aghrich: Hobeïb, frère d'Ahmeddou.
_Hobeïb_ ould Sidi Eli a épousé une femme des Kounta. C'est un homme
intelligent et ambitieux, qui, parti en dissidence à notre arrivée,
fit sa soumission en 1909, quand il comprit la ruine définitive de
l'ancien régime et se retira chez les Ahel Agd Ammi, des Dieïdiba. Il
se déclara dès lors ennemi d'Ahmeddou, et se sauva à Podor, au risque
de laisser ses gens partir en dissidence, quand l'ancien émir fit son
apparition dans le Brakna. Ce n'était d'ailleurs, de la part d'Hobeïb,
qu'une feinte. Il entrait peu après en pourparlers avec les rezzous
et ne fournissait aucun renseignement au détachement chargé de purger
le Chamama des dissidents. Par la suite, il vécut paisiblement, ne se
signalant que par ses compétitions avec Hachim, pour attirer à lui
les anciens zenaga d'Ahmeddou. Il attendait son heure qui sonna en
1915. Il reçut alors le commandement des Oulad Siyed. S'il est, de par
sa naissance, universellement accepté, Hobeïb n'est pas très aimé; il
s'est attiré par ses exactions l'animosité des Arallen qui ont demandé
et obtenu en 1917, d'être soustraits à son autorité immédiate. Les Ahel
Ghaïta se sont également plaints de lui. Sa jalousie contre Sidi Eli
ould Keddich l'a incité à accuser celui-ci de fomenter des troubles,
ce qui a valu à Sidi Eli une amende et un séjour obligatoire d'un an à
Aleg. Malgré cela Hobeïb reste le seul chef possible. Il est d'ailleurs
sévèrement tenu en laisse. En février 1917, il était emprisonné sous
l'inculpation de vol de moutons et dissimulation de sommes perçues dans
sa tribu pour les orphelins de la guerre. Il fut relâché, faute de
preuves, les plaignants ayant arrangé l'affaire entre eux.
Hobeïb est en excellentes relations avec les chefs trarza, depuis Ahmed
Saloum II, qui avait épousé sa sœur Fatma. A la mort de cet émir, en
1905, Fatma est venue chercher un asile avec ses enfants auprès de
Hobeïb. Celui-ci est également dans les meilleurs termes avec Cheikh
Sidïa.
Le successeur éventuel de Hobeïb au commandement des Oulad Siyed est
son neveu Mokhtar[7].
[7] Hobeïb est mort de la grippe au début de 1919. Il a été
remplacé par Mokhtar.
Les notables de la fraction sont: Hachim ould Sidi, et Sidi Eli ould
Kheddich, ancien chef; Mohammed ould Kheddich; Brahim ould Lamin Fal;
Bou Bakkar ould Kheddich, vieillard très versé dans l'histoire du
Brakna, traditionnaliste oral, à qui il ne manque que de savoir écrire
pour se faire un nom de savant réputé.
La fraction comprend vingt tentes et 102 individus. Elle possède 4
chevaux, 23 bovins, 192 ovins, 13 ânes, 4 chameaux.
Les _Oulad Mansour_, descendance fort réduite de Mansour ould Abd
Allah, oncle de Normach et de Siyed, se sont fondus dans ces deux
tribus. Ils constituent toutefois chez les Oulad Siyed une petite
fraction personnelle de 20 tentes, comprenant 74 personnes. Ils
possèdent 37 bovins, 346 ovins et 10 ânes. Ils n'ont ni un cheval ni un
chameau.
Leur chef est Bakkar ould Heïnnoun. Un seul notable mérite une mention:
Ould Mohammed Tolba.
Les Haratines Oulad Siyed et Oulad Mansour sont restés fidèles à leurs
maîtres hassanes, qui avaient pour eux un attachement particulier,
car ils étaient considérés comme les tributaires de la couronne. Ils
comprennent 32 tentes et 140 âmes, et possèdent 94 bovins, 1.384 ovins
et 10 ânes.
Le chef de la fraction était, au milieu du dix-neuvième siècle, Samba
Fal ould Douik. Il mourut vers 1875 et eut pour successeur son cousin
Khalil ould Kouar. A celui-ci, mort en 1902, succéda le fils de Samba
Fal, Baba qui mourut en 1903. Depuis cette date, le chef est Ahmed ould
Samba Yarg; le chef des Oulad Mansour, Naji ould Amar. Les principaux
notables sont Bouya ould Al-Falli; Bou Bakar ould al-Falli et Aleya
ould Yarg.
Les enfants de ces haratines héritaient jusqu'au degré de cousin
seulement. Au delà, la succession était partagée par moitiés entre la
couronne et les héritiers naturels.
La redevance due aux hassanes était une pièce de guinée «filature» par
tente et par an.
Les _Haratines Tanak_ se divisent en deux sous-fractions: Zeïat et
Oulad Houm, et comprennent 28 tentes et 112 personnes. Ils possèdent
105 bovins, 803 ovins et 4 ânes.
Ils étaient groupés, à notre arrivée, sous le commandement d'Omar
ould Abber. Ils se partagèrent à sa mort, et vécurent ainsi plusieurs
années. Ils se sont reconstitués avec Tiouley ould Blal.
Le campement Al-Yarg est composé d'anciens captifs, affranchis jadis
par Eli ould Brahalla, chef des Tanak, et donnés par lui à Ahmeddou
ould Sidi Fli, émir des Brakna. Ils ne paient pas de redevance fixe,
ce qui est déplorable, car les hassanes leur prennent tout ce qu'ils
veulent.
Les Zeïat sont libres, parce que descendants d'un hartani Tanak et
d'une mère libre. Ils doivent une pièce de guinée ou le lait d'une
vache par tente et par an. Ils sont aussi tenus d'aider leurs patrons
dans l'achat d'un cheval de race.
Les _Arallen_ (au sing. _Aralli_) sont les zenaga guerriers de l'émir
et de quelques parents de l'émir. Ils lui doivent une redevance
annuelle d'une pièce de guinée ou le lait d'une vache. Leur tradition
leur assigne nettement une origine berbère et les fait frères de
plusieurs tribus çanhadja, et notamment des Arouiejat, d'une partie
des Oulad Aïd, des Oulad Al-Fari et même de fractions Tadjakant. Ils
seraient sortis des Aroueijat, au temps d'Aghrich (fin du dix-septième
siècle), et sous la conduite d'Al-Aouaj conquirent leur demi-autonomie
de zenaga guerriers. Ils se sont signalés, au cours de ces deux
siècles, par d'incessantes razzias. En 1847, entre autres, nous voyons
dans les archives qu'ils pillaient à plusieurs reprises les troupeaux
d'Eliman Bou Bakkar, qui finissait par passer le fleuve avec 300
Toucouleurs, poursuivait les pillards et reprenait son bien.
Leur chef, Kheïna ould Mohammed ould Babou ould Al-Aouaj ould Abd Allah
ould Moussa ould Arrali, leur assura pendant plus d'un demi-siècle
(1830 † 1870) le prestige de parfaits pillards. Il mourait sans
héritier vers 1870. Les Arallen se fractionnèrent alors en deux
groupes sous l'autorité de Mokhtar ould Chouikh et de Chikh ould
Ahmed Tegueddi. A la mort du premier, la Djemaa élut Mokhtar ould
Habib, au lieu du fils du défunt, Bouïtou, ce qui accentua encore les
dissensions. Elles ne cessèrent de se perpétuer avec les deux nouveaux
chefs: Mohammed Foudh ould Al-Falli et Hamoïma ould Mokhtar. Vers
1913 enfin, sur nos conseils, un accord est intervenu et la fraction
s'est reconstituée, sous le commandement de Touiguigui d'abord, puis de
Hamoïma ould Mokhtar ould Brahim.
Les Arallen ont leurs haratines, ex-captifs qu'ils ont affranchis, et
dont ils possèdent les biens: ce sont les Abid Arallen. D'autre part,
la coutume de la fraction veut que les filles n'héritent pas; c'est le
maître hassani qui prend possession de leur part d'hoirie. En revanche,
elles ne paient pas de rafer.
Les notables Arallen sont: Habib ould Al-Khattar; Brahim ould Tegueddi;
Mokhtar ould Hobeïb; et Mahfoudh ould Al-Falli.
La fraction comprend 72 tentes et 373 âmes. Son cheptel est de 105
bovins, 803 ovins et 4 ânes.
Les _Ahel Ghaïta_, _Azaffal_ et _Igdalen_ sont trois fractions de
haratines Oulad Siyed qui vivent étroitement unis depuis plusieurs
générations. Ils étaient les haratines mêmes du Mahsar, au camp royal,
et dépendaient directement de l'émir. A leur retour de dissidence, les
chefs Oulad Siyed se virent pour leur châtiment enlever le commandement
de ces haratines, qui fut donné à Cheikh Fal. Depuis le 1er janvier
1918, cette autonomie a pris fin et les trois fractions, tout en
restant sous l'autorité de Cheikh Fal, ont été rattachées au chef
général des Oulad Siyed.
Les Ahel Ghaïta, dont le nom signifierait «qui crient en l'honneur de
l'émir» sont d'anciens captifs affranchis par Ahmeddou 1er.
Les Azaffal, dont le nom signifierait «qui entourent la tente de
l'émir», étaient les hommes de confiance de l'émir depuis plusieurs
générations. Leur ancien chef Koueïri ould Ségou, a donné sa fille en
mariage à Cheikh Fal. Ils paient une redevance d'une pièce de guinée ou
le lait d'une vache aux héritiers de Sidi Eli.
Les Igdalen, dits aussi Guedala, sont les descendants des tribus Godala
des auteurs du moyen âge, sous le nom desquels on n'a aucune peine à
retrouver le vocable des Gétules de l'ère romaine. Il est d'ailleurs
certain que ces Igdalen ne sont qu'une faible partie de la descendance
des Guedala; le reste s'est fondu et a perdu son nom dans d'autres
tribus.
Le chef de ces trois fractions est la personnalité fort intéressante
de Cheikh Fal, de son vrai nom Mohammed Cheikh ould Sidi M'hammed ould
M'haïmed, lequel ancêtre était originaire de Hijaj de l'Est. Sa mère
est une Dieïdibiya. Né vers 1860, Cheikh Fal fut élevé à Saint-Louis
par un traitant qui avait été frappé par son intelligence. Il y apprit
à parler le français, à lire et à écrire. Après avoir passé toute
sa jeunesse comme boy, garçon de magasin, garçon de café, employé
des postes, et portier de la loge maçonnique de Saint-Louis, ce qui
donne les raisons pour lesquelles il fait suivre de trois points sa
signature, Cheikh revint dans le Brakna, chez les Oulad Siyed.
Il fut employé, étant le seul Maure sachant parler, lire et écrire
le français, par l'émir Ahmeddou pour traiter ses affaires avec nos
représentants. C'est ainsi qu'il put écrire à M. de Freycinet, alors
ministre de la Guerre, une lettre très amicale de collègue à collègue.
Le ministre français envoya alors à Cheikh Fal, comme cadeau, un canon
bronzé de petite dimension. Les ennemis d'Ahmeddou furent consternés de
voir une arme semblable, mise à la disposition de Cheikh Fal.
Au combat de Ouazan, où les Oulad Siyed luttaient contre les Oulad
Normach et les Oulad Ahmed, Cheikh Fal mit le canon en batterie, pointa
et fit partir le coup. Le canon éclata, tuant plusieurs hommes et
contusionnant fortement le pointeur; l'armée d'Ahmeddou prit aussitôt
la fuite. Mais la détonation de l'arme avait été telle que leurs
ennemis, pris de peur, se sauvèrent en jetant leurs armes, envoyèrent
des parlementaires à Ahmeddou, et la paix fut conclue en faveur des
possesseurs du canon.
Cheikh Fal, en 1903, prit part à l'attaque d'Aleg et suivit son chef,
Ahmeddou, dans le Regueïba et dans le Tagant.
En 1904, il descendit faire sa soumission. Malgré les marques de
bienveillance, qui lui furent prodiguées, il continua à rester en
relations avec Ahmeddou, renseignant les mejbour, et ne fournissant
aucun renseignement pour nous permettre de les atteindre. Il empêchait
même, dit-on, les dissidents en mal de soumission de venir à nous.
Avec le temps, il finit toutefois par se rallier plus franchement,
surtout après 1909, où les derniers dissidents disparaissent. Nullement
fanatique, très au courant des choses de la Mauritanie et des coutumes
indigènes, il fut nommé en 1912, en outre de ses fonctions, agent
forestier dans le Chamama. Il y rendit de bons services, mais on a dû
finir par le relever de ses fonctions en 1919, après avoir maintes fois
constaté que sa sévérité s'exerçait au delà de toute mesure sur ses
ennemis, mais que ses amis avaient toute latitude pour commettre les
déprédations qu'ils voulaient. Bavard et intrigant, Cheikh Fal est tout
de même un homme intéressant[8].
[8] Cheikh Fal est mort de la grippe au milieu de 1919.
Les notables de ces fractions sont: Guenfit ould Amar ould Abid;
Mohammed Fadel Allah; Sliman ould Fadel et Mouboud ould Bel-Aïd.
Elles comprennent 45 tentes et 236 personnes. Leur cheptel se compose
de 3 chevaux, 45 bovins, 1 chameau, 923 ovins et 23 ânes.
* * * * *
Les fractions Oulad Siyed ne se séparent guère dans leurs
transhumances. On les trouve en hivernage, dans les environs de Diguet
Mémé, au nord de Chabbour et Kraat-Asfar; en saison sèche à Bou Dioud
et Maye-Maye.
Le cheptel de l'ensemble de la tribu est de 7 chevaux, 509 bovins,
6.250 ovins, 5 chameaux, 101 ânes. Comme tous les hassanes, les Oulad
Siyed n'ont pas de marque. Quelques-uns ont cependant le feu [qaf ٯ]
emprunté aux Dieïdiba, qui sont tous tolba.
La tribu comprend 217 tentes et 1.037 ânes (Recensement 1918). Son
cadi particulier est Dida, cadi des Dieïdiba, qu'on verra plus loin.
L'esprit religieux de cette tribu guerrière est des plus faibles.
Il n'y a qu'un nombre infime de gens à avoir reçu l'ouird et encore
n'en pratiquent-ils pas les rites. On cite entre autres, Bou Bakkar
Kheddich, Qadri par Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh
al-Qadi, des Dieïdiba, et le chef de tribu lui-même, _Hobeïb_, qadri
aussi, par le Cheikh Obeïd ould Salim.