2.--_Fractionnement._

Les Oulad Normach, victimes de leurs dissensions perpétuelles, sont

aujourd'hui réduits à un chiffre infime. Ils comprennent 75 tentes

et 339 individus. Encore de ce chiffre les tiab et les haratines

constituent-ils la plus grande partie.

tentes personnes bovins ovins camelins ânes

Normach nobles 10 78 34 215 10 6

Haratines Normach 39 179 23 685 2 17

Tiab Normach 26 82 58 173 2 17

__ ___ ___ _____ __ __

75 339 115 1.073 12 40

On remarquera que cette tribu guerrière ne possède pas un seul cheval.

Ce petit fait indique nettement sa décadence. Ils n'ont pas de marque,

suivant la coutume des guerriers.

Ils nomadisent en hivernage, entre Aleg et Daguet Mémé; en saison

sèche, au Sud de Mal et aux environs de Dielowar. Leur territoire

de commandement était compris, à notre arrivée, entre Mal, Cascas

et l'oued Katchi. En cas d'insuccès dans leurs luttes contre les

Oulad Siyed, ils refluaient vers le nord: Chogar, Guimi, Aguiert, se

rapprochant ainsi des Oulad Ahmed, leurs alliés ordinaires.

Les marabouts des Oulad Normach sont: les Dieïdiba et les Id Eïlik; ce

sont ceux-ci qui, depuis plusieurs générations, ont fourni leurs cadis.

C'était jadis Tig ould Al-Atig. En 1915, ils l'ont abandonné et usent

maintenant des bon offices du cadi de la deuxième fraction des Id Eïlik

Kabir ould Al-Aqel, des Ahel Aleg. Au surplus, l'influence religieuse

des uns et des autres est bien minime. On ne rencontre que quelques

Normach pourvus de l'ouird.

Le chef général des Normach est actuellement _Lobat_ (de son vrai

nom Hiba ould Mokhtar ould Hiba). Sa mère Oumm Mouminin ment Mohamed

Jerdane est des Oulad Ahmed. Il est né vers 1895, et exerce malgré

sa jeunesse son commandement avec beaucoup de doigté. Encore enfant

à notre arrivée, il suivit les siens dans leur dissidence. Il se

trouvait au combat des Touigdaten, près d'Ajoujt où fut tué le

capitaine Repoux, puis revint dans le Brakna et fit sa soumission après

la mort de son frère Bakar. Il repartit en dissidence en fin 1908

avec ses oncles maternels les Ahel Bou Bakkar, des Oulad Ahmed, fit

partie de quelques rezzous dans le Regueïba et le Hodh, et se soumit

en fin 1909 avec Mohamed ould Bou Bakkar. Le droit au commandement

lui revenait par hérédité. Deux mois après son retour, il en était

pourvu en remplacement de Mohammed ould Badior, chef intérimaire. Ce

jeune et intelligent pillard de la veille comprit qu'il devait se

rapprocher des Français pour restaurer sa tribu. Il vint donc habiter

Aleg au début de 1912, et suivit pendant plusieurs mois les cours de

l'école. Puis trouvant que les progrès n'étaient pas assez rapides, il

alla faire un an d'études à la médersa de Saint-Louis et deux années

à la médersa du Boutizimit. L'ex-chef Mohammed ould Badior assurait

son intérim. Rentré en novembre 1916 à Aleg, il suivait quelque temps

encore les cours de l'école locale, puis jugeant son instruction

terminée, il reprenait le commandement de sa tribu. Aujourd'hui il

parle et écrit convenablement le français.

C'est un chef excellent, qui se tient très bien et qu'il ne faut

pas juger sur son maintien d'ex-écolier qui lui fait du tort. Il a

fait preuve pour lui comme pour les siens de beaucoup d'énergie. Son

ambition serait de restaurer le prestige de sa tribu en mettant la

main sur ses anciens tributaires qui lui ont échappé. Mais c'est là

de l'histoire ancienne. Les Touabir veulent bien encore faire des

cadeaux aux Normach, et le 13 novembre 1916 cinq zenaga lui remettaient

officiellement le horma classique, mais ils tiennent par-dessus tout

à leur indépendance recouvrée, et nous ne pouvons, malgré toute notre

sympathie pour Lobat et les siens, qu'approuver cette régénération des

Touabir.

Les notables de la tribu Normach sont: _a_) Mohammed ould Brahim ould

Ahmed, dit Badior (ould Bakkar ould Ali ould Ahmed ould Hiba ould

Normach). Son grand-père Ahmed fut un guerrier cruel; ses exactions

sur ses zenaga Touabir, dont il pillait sans répit les troupeaux lui

valut le surnom de «Badior» qui est le nom d'une maladie qui décime

les moutons. Mohammed ould Badior, comme on l'appelle communément,

semble avoir joué un rôle assez effacé avant notre arrivée. Il ne

partit jamais en dissidence, non plus que sa famille. Aussi après

le départ de Bakkar ould Mokhtar fut-il nommé chef, comme étant le

notable le plus représentatif, il fut remplacé au début de 1910 par

Lobat, héritier naturel, et assura les intérims de celui-ci pendant

ses absences. Retiré dans sa tribu, il y vit aujourd'hui tranquille et

assez besogneux.

_b_) Yahdi ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ould Abd Allah; Ce

personnage, né vers 1848, paraît être le notable le plus important des

Normach. Il est très renommé pour sa science médicale et s'était acquis

dans l'exercice de cet art un beau cheptel de bœufs et de moutons.

Il prit part à Tartonguel à l'échauffourée qui mit aux prises Oulad

Normach et Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar et, à la suite de ces incidents,

fut le principal artisan de la dissidence des Normach. Il fut notamment

le mauvais génie de Bakkar ould Ahmeïada en le dissuadant de se rendre

auprès des autorités du Brakna et en lui conseillant la fuite vers

l'Adrar. Il partit lui-même peu après en dissidence, entraînant un

grand nombre de tentes. Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il put et

ne fit lui-même sa soumission que parmi les derniers. Au cours de son

exil, il fut victime de plusieurs pillages, qui ont considérablement

diminué sa fortune. Il faut signaler dans l'entourage de Yahdi le

forgeron Qassim ould Al-Kehel, intelligent et ouvert, qui paraît

n'avoir suivi Bakkar et Yahdi dans l'Adrar que par fidélité à ses chefs.

_c_) Bou Daha ould Qadiri, né vers 1888. Il est issu d'une famille

de Tiab ould Normach redevenue guerrière. Vigoureux, sans fortune,

orphelin, il prit la vie de pillard qui convenait le mieux à son

tempérament. Quand cet art devint trop dangereux dans le Brakna il

suivit Bakkar dans l'Adrar et fut de toutes ses razzias. Après la mort

de son chef de bande, il fit sa soumission, et depuis cette date s'est

tenu tranquille.

_d_) En dehors des personnalités précitées, il n'y a guère à signaler

que quelques jeunes gens, de plus ou moins d'avenir: Samba ould Siyed,

né vers 1892, neveu de Yahdi, chez qui il vit; Brahim, son frère, né

vers 1895, Abd Er-Rahman leur cousin. Ils ont tous suivi le chef de

famille dans l'Adrar.

Chez les Haratines Oulad Normach, les personnages principaux sont

les deux frères Khanfari (Sidi Bouna), né vers 1878, et Ahmeïada, né

vers 1878, fils d'Eliman ould Yarg. Ils ont été tous deux de fidèles

compagnons de Bakkar. Dans leur campement vit le fils d'une bonne

famille normach, orphelin de père et de mère, Mahmoud ould Eïbouti. Il

l'a suivi dans sa dissidence comme dans sa soumission.

Les Haratines ne témoignent que d'une piété fort minime. Rares sont

ceux d'entre eux qui ont reçu une affiliation, toujours qadrïa

d'ailleurs. Ils nomadisent en tout temps sur l'oued Katchi et dans

l'Oubeïr, entre Aleg et Kaédi.

Ils on pris, comme leurs maîtres hassanes, depuis notre arrivée, le

feu lam-alif des Id Eïlik, contre-marqué d'un trait inférieur, soit

[lam-alif ﻻ souligné].

Les _Tiab ould Normach_ sont comme leur nom l'indique, les descendants

de guerriers Normach qui, lassés de leur vie d'aventure ou plus

probablement incapables de la continuer en face de dangers trop grands

pour leur courage, ont abandonné le statut des guerriers et ont déclaré

vivre en bons et pieux musulmans. Certains campements mènent cette vie

depuis fort longtemps, tels les Ahel Melkhail, qui se convertirent une

génération après Abd Allah; d'autres sont venus «à la voie droite» tout

récemment, tels les Ahel Khajaj. Au surplus, le nombre de ces Tiab

varie; s'il augmente tous les jours par l'afflux de nouveaux éléments,

il subit aussi des déperditions, car des familles converties n'hésitent

pas à reprendre les armes, quand l'occasion s'en présente.

Le nom de Tiab Oulad Normach qu'on leur donne n'est pas exact. Il y

a bien des Normach, mais il y a aussi des Oulad Oubbeïch, frères de

Normach, les uns et les autres Oulad Mohammed. Il y a aussi des Oulad

Naggad, frères des Oulad Mohammed, les uns et les autres Oulad Abd

Allah. Le vrai nom devrait être Tiab Oulad Abd Allah. Au surplus, le

chef est d'origine neggadi, et non normachi. Mais l'habitude est prise

aujourd'hui.

C'est à la tente des Ahel Bou Bakkar qu'appartient héréditairement le

pouvoir. Aujourd'hui, à cause du jeune âge du représentant de cette

famille, le commandement est exercé par Sidi-l-Mokhtar. Abd El-Ouadoud

ould Mohammed Mokhtar ould Abd El-Ouadoud ould Mohammed ould Bou Bakkar

ould Samba ould Siyed ould Normach est né en effet vers 1890 seulement.

Son père étant mort peu après, le commandement fut donné à

Sidi-l-Mokhtar ould Samba (ould M'hammed ould Amar Fal ould Ahmed ould

Mohammed ould Samba ould Neggad). Cette famille compte en effet parmi

les plus influentes, car son ancêtre Semba ould Neggad, passe pour être

le premier qui se convertit et donna naissance à la tribu. Ce chef

n'est jamais parti en dissidence et fit sa soumission dès le début. Il

remplit très convenablement ses fonctions, quoique déjà âgé et parfois

radoteur. Il est qadri par l'imposition de Cheikh Sidia, auprès de qui

il est allé séjourner quelque temps.

Le maître d'école de la tribu est Mostafa ould Ahmijen, personnage

insignifiant. Les Tiab Normach envoient la plupart du temps leurs

enfants étudier chez les Dieïdiba, Tagag et Hijaj; mais en réalité, ils

ne se piquent ni de culture ni de piété.

Les notables sont: Mohammed Mahio ould Maïef; Mohammed Mokhtar ould

Mohammed Salem; Ahmeïdou ould Maïef.

Jusqu'à 1904, les Tiab vécurent sous la dépendance directe du chef

des Oulad Normach et firent donc partie intégrante de cette tribu. Au

départ de Bakkar, on leur a rendu leur autonomie et ils l'ont conservée

depuis.

Ils apposent le feu lam-alif ﻻ sur la cuisse gauche de

leurs animaux, avec comme contre-marques l'outarde ᗐ ou la croix +.

Terrains de parcours. Hivernage: entre Guimi et Chogar Gadel, ainsi que

dans l'Agan et Akel. Saison sèche: à l'est de Chogar Gadel et Mouit.

Les Tiab Normach n'ont qu'un maigre cheptel. C'est une tribu pauvre et

sans importance, qui n'a rien gagné à revenir à Allah.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 29 / 245 题