Les Oulad Normach, victimes de leurs dissensions perpétuelles, sont
aujourd'hui réduits à un chiffre infime. Ils comprennent 75 tentes
et 339 individus. Encore de ce chiffre les tiab et les haratines
constituent-ils la plus grande partie.
tentes personnes bovins ovins camelins ânes
Normach nobles 10 78 34 215 10 6
Haratines Normach 39 179 23 685 2 17
Tiab Normach 26 82 58 173 2 17
__ ___ ___ _____ __ __
75 339 115 1.073 12 40
On remarquera que cette tribu guerrière ne possède pas un seul cheval.
Ce petit fait indique nettement sa décadence. Ils n'ont pas de marque,
suivant la coutume des guerriers.
Ils nomadisent en hivernage, entre Aleg et Daguet Mémé; en saison
sèche, au Sud de Mal et aux environs de Dielowar. Leur territoire
de commandement était compris, à notre arrivée, entre Mal, Cascas
et l'oued Katchi. En cas d'insuccès dans leurs luttes contre les
Oulad Siyed, ils refluaient vers le nord: Chogar, Guimi, Aguiert, se
rapprochant ainsi des Oulad Ahmed, leurs alliés ordinaires.
Les marabouts des Oulad Normach sont: les Dieïdiba et les Id Eïlik; ce
sont ceux-ci qui, depuis plusieurs générations, ont fourni leurs cadis.
C'était jadis Tig ould Al-Atig. En 1915, ils l'ont abandonné et usent
maintenant des bon offices du cadi de la deuxième fraction des Id Eïlik
Kabir ould Al-Aqel, des Ahel Aleg. Au surplus, l'influence religieuse
des uns et des autres est bien minime. On ne rencontre que quelques
Normach pourvus de l'ouird.
Le chef général des Normach est actuellement _Lobat_ (de son vrai
nom Hiba ould Mokhtar ould Hiba). Sa mère Oumm Mouminin ment Mohamed
Jerdane est des Oulad Ahmed. Il est né vers 1895, et exerce malgré
sa jeunesse son commandement avec beaucoup de doigté. Encore enfant
à notre arrivée, il suivit les siens dans leur dissidence. Il se
trouvait au combat des Touigdaten, près d'Ajoujt où fut tué le
capitaine Repoux, puis revint dans le Brakna et fit sa soumission après
la mort de son frère Bakar. Il repartit en dissidence en fin 1908
avec ses oncles maternels les Ahel Bou Bakkar, des Oulad Ahmed, fit
partie de quelques rezzous dans le Regueïba et le Hodh, et se soumit
en fin 1909 avec Mohamed ould Bou Bakkar. Le droit au commandement
lui revenait par hérédité. Deux mois après son retour, il en était
pourvu en remplacement de Mohammed ould Badior, chef intérimaire. Ce
jeune et intelligent pillard de la veille comprit qu'il devait se
rapprocher des Français pour restaurer sa tribu. Il vint donc habiter
Aleg au début de 1912, et suivit pendant plusieurs mois les cours de
l'école. Puis trouvant que les progrès n'étaient pas assez rapides, il
alla faire un an d'études à la médersa de Saint-Louis et deux années
à la médersa du Boutizimit. L'ex-chef Mohammed ould Badior assurait
son intérim. Rentré en novembre 1916 à Aleg, il suivait quelque temps
encore les cours de l'école locale, puis jugeant son instruction
terminée, il reprenait le commandement de sa tribu. Aujourd'hui il
parle et écrit convenablement le français.
C'est un chef excellent, qui se tient très bien et qu'il ne faut
pas juger sur son maintien d'ex-écolier qui lui fait du tort. Il a
fait preuve pour lui comme pour les siens de beaucoup d'énergie. Son
ambition serait de restaurer le prestige de sa tribu en mettant la
main sur ses anciens tributaires qui lui ont échappé. Mais c'est là
de l'histoire ancienne. Les Touabir veulent bien encore faire des
cadeaux aux Normach, et le 13 novembre 1916 cinq zenaga lui remettaient
officiellement le horma classique, mais ils tiennent par-dessus tout
à leur indépendance recouvrée, et nous ne pouvons, malgré toute notre
sympathie pour Lobat et les siens, qu'approuver cette régénération des
Touabir.
Les notables de la tribu Normach sont: _a_) Mohammed ould Brahim ould
Ahmed, dit Badior (ould Bakkar ould Ali ould Ahmed ould Hiba ould
Normach). Son grand-père Ahmed fut un guerrier cruel; ses exactions
sur ses zenaga Touabir, dont il pillait sans répit les troupeaux lui
valut le surnom de «Badior» qui est le nom d'une maladie qui décime
les moutons. Mohammed ould Badior, comme on l'appelle communément,
semble avoir joué un rôle assez effacé avant notre arrivée. Il ne
partit jamais en dissidence, non plus que sa famille. Aussi après
le départ de Bakkar ould Mokhtar fut-il nommé chef, comme étant le
notable le plus représentatif, il fut remplacé au début de 1910 par
Lobat, héritier naturel, et assura les intérims de celui-ci pendant
ses absences. Retiré dans sa tribu, il y vit aujourd'hui tranquille et
assez besogneux.
_b_) Yahdi ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ould Abd Allah; Ce
personnage, né vers 1848, paraît être le notable le plus important des
Normach. Il est très renommé pour sa science médicale et s'était acquis
dans l'exercice de cet art un beau cheptel de bœufs et de moutons.
Il prit part à Tartonguel à l'échauffourée qui mit aux prises Oulad
Normach et Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar et, à la suite de ces incidents,
fut le principal artisan de la dissidence des Normach. Il fut notamment
le mauvais génie de Bakkar ould Ahmeïada en le dissuadant de se rendre
auprès des autorités du Brakna et en lui conseillant la fuite vers
l'Adrar. Il partit lui-même peu après en dissidence, entraînant un
grand nombre de tentes. Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il put et
ne fit lui-même sa soumission que parmi les derniers. Au cours de son
exil, il fut victime de plusieurs pillages, qui ont considérablement
diminué sa fortune. Il faut signaler dans l'entourage de Yahdi le
forgeron Qassim ould Al-Kehel, intelligent et ouvert, qui paraît
n'avoir suivi Bakkar et Yahdi dans l'Adrar que par fidélité à ses chefs.
_c_) Bou Daha ould Qadiri, né vers 1888. Il est issu d'une famille
de Tiab ould Normach redevenue guerrière. Vigoureux, sans fortune,
orphelin, il prit la vie de pillard qui convenait le mieux à son
tempérament. Quand cet art devint trop dangereux dans le Brakna il
suivit Bakkar dans l'Adrar et fut de toutes ses razzias. Après la mort
de son chef de bande, il fit sa soumission, et depuis cette date s'est
tenu tranquille.
_d_) En dehors des personnalités précitées, il n'y a guère à signaler
que quelques jeunes gens, de plus ou moins d'avenir: Samba ould Siyed,
né vers 1892, neveu de Yahdi, chez qui il vit; Brahim, son frère, né
vers 1895, Abd Er-Rahman leur cousin. Ils ont tous suivi le chef de
famille dans l'Adrar.
Chez les Haratines Oulad Normach, les personnages principaux sont
les deux frères Khanfari (Sidi Bouna), né vers 1878, et Ahmeïada, né
vers 1878, fils d'Eliman ould Yarg. Ils ont été tous deux de fidèles
compagnons de Bakkar. Dans leur campement vit le fils d'une bonne
famille normach, orphelin de père et de mère, Mahmoud ould Eïbouti. Il
l'a suivi dans sa dissidence comme dans sa soumission.
Les Haratines ne témoignent que d'une piété fort minime. Rares sont
ceux d'entre eux qui ont reçu une affiliation, toujours qadrïa
d'ailleurs. Ils nomadisent en tout temps sur l'oued Katchi et dans
l'Oubeïr, entre Aleg et Kaédi.
Ils on pris, comme leurs maîtres hassanes, depuis notre arrivée, le
feu lam-alif des Id Eïlik, contre-marqué d'un trait inférieur, soit
[lam-alif ﻻ souligné].
Les _Tiab ould Normach_ sont comme leur nom l'indique, les descendants
de guerriers Normach qui, lassés de leur vie d'aventure ou plus
probablement incapables de la continuer en face de dangers trop grands
pour leur courage, ont abandonné le statut des guerriers et ont déclaré
vivre en bons et pieux musulmans. Certains campements mènent cette vie
depuis fort longtemps, tels les Ahel Melkhail, qui se convertirent une
génération après Abd Allah; d'autres sont venus «à la voie droite» tout
récemment, tels les Ahel Khajaj. Au surplus, le nombre de ces Tiab
varie; s'il augmente tous les jours par l'afflux de nouveaux éléments,
il subit aussi des déperditions, car des familles converties n'hésitent
pas à reprendre les armes, quand l'occasion s'en présente.
Le nom de Tiab Oulad Normach qu'on leur donne n'est pas exact. Il y
a bien des Normach, mais il y a aussi des Oulad Oubbeïch, frères de
Normach, les uns et les autres Oulad Mohammed. Il y a aussi des Oulad
Naggad, frères des Oulad Mohammed, les uns et les autres Oulad Abd
Allah. Le vrai nom devrait être Tiab Oulad Abd Allah. Au surplus, le
chef est d'origine neggadi, et non normachi. Mais l'habitude est prise
aujourd'hui.
C'est à la tente des Ahel Bou Bakkar qu'appartient héréditairement le
pouvoir. Aujourd'hui, à cause du jeune âge du représentant de cette
famille, le commandement est exercé par Sidi-l-Mokhtar. Abd El-Ouadoud
ould Mohammed Mokhtar ould Abd El-Ouadoud ould Mohammed ould Bou Bakkar
ould Samba ould Siyed ould Normach est né en effet vers 1890 seulement.
Son père étant mort peu après, le commandement fut donné à
Sidi-l-Mokhtar ould Samba (ould M'hammed ould Amar Fal ould Ahmed ould
Mohammed ould Samba ould Neggad). Cette famille compte en effet parmi
les plus influentes, car son ancêtre Semba ould Neggad, passe pour être
le premier qui se convertit et donna naissance à la tribu. Ce chef
n'est jamais parti en dissidence et fit sa soumission dès le début. Il
remplit très convenablement ses fonctions, quoique déjà âgé et parfois
radoteur. Il est qadri par l'imposition de Cheikh Sidia, auprès de qui
il est allé séjourner quelque temps.
Le maître d'école de la tribu est Mostafa ould Ahmijen, personnage
insignifiant. Les Tiab Normach envoient la plupart du temps leurs
enfants étudier chez les Dieïdiba, Tagag et Hijaj; mais en réalité, ils
ne se piquent ni de culture ni de piété.
Les notables sont: Mohammed Mahio ould Maïef; Mohammed Mokhtar ould
Mohammed Salem; Ahmeïdou ould Maïef.
Jusqu'à 1904, les Tiab vécurent sous la dépendance directe du chef
des Oulad Normach et firent donc partie intégrante de cette tribu. Au
départ de Bakkar, on leur a rendu leur autonomie et ils l'ont conservée
depuis.
Ils apposent le feu lam-alif ﻻ sur la cuisse gauche de
leurs animaux, avec comme contre-marques l'outarde ᗐ ou la croix +.
Terrains de parcours. Hivernage: entre Guimi et Chogar Gadel, ainsi que
dans l'Agan et Akel. Saison sèche: à l'est de Chogar Gadel et Mouit.
Les Tiab Normach n'ont qu'un maigre cheptel. C'est une tribu pauvre et
sans importance, qui n'a rien gagné à revenir à Allah.