1.--_Historique._

On a vu dans la première partie de cet ouvrage les origines et

l'histoire des Oulad Normach. Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle,

en effet, cette dynastie dirige le sort des Brakna et l'histoire de

l'une n'est que l'histoire des autres.

Vers 1780, le pouvoir passe définitivement aux Oulad Siyed dans la

personne de l'émir Mohammed ould Mokhtar. C'est à cette branche cadette

qu'est lié désormais le sort de la tribu. Pour continuer à suivre

l'histoire des Oulad Normach, il faut la reprendre à cette date.

Ahmeïada, fils ou petit-fils de Ahomel Heïba, paraît être mort, ou en

tout cas avoir perdu le commandement de la confédération vers 1780.

Une tradition dit qu'il aurait été assassiné par ses gens révoltés. Il

laissait de nombreux enfants, dont les plus connus, pour avoir joué

un rôle ou pour avoir laissé une descendance subsistant aujourd'hui,

sont Mohammed, Mokhtar Cheikh, Sidi Ahmed, Hiba et Bakkar. Ces enfants

étaient tous en bas âge: ce fut sans doute une raison de plus, qui

permit aux Oulad Siyed de se substituer aux Normach.

A l'intérieur des Oulad Normach, l'anarchie régna plusieurs années.

Mohammed, fils aîné d'Ahmeïada, parvenu à l'âge d'homme, refusa de

faire valoir ses droits et se convertit au maraboutisme. Ses jeunes

frères s'étaient retirés chez les Oulad Eli de Gorgol, dont le chef

Sidi Heïba avait épousé leur sœur Fatima Ahmeïada. Dès qu'il fut à

l'âge d'homme, Mokhtar Cheikh, deuxième fils d'Ahmeïada décida son

beau-frère à combattre les Oulad Normach et leurs berbères zenaga Oulad

Aïd. Il ne subit que des échecs et se rendit compte qu'il ne pourrait

par la force assouvir sa haine et venger la mort de son père. Sidi

Heïba essaya alors de diviser les Oulad Normach et leurs tributaires.

Il «fit connaître aux premiers qu'il ne leur en voulait pas, et qu'il

ne désirait que vivre en bonne intelligence avec eux, pourvu qu'ils se

séparassent des Oulad Aïd».

Les Oulad Normach allaient accepter, quand Mokhtar Cheikh leur

demanda audience. Dès qu'ils l'eurent mis au courant de leur projet

d'abandonner les Oulad Aïd, pour éviter la continuation des hostilités

avec les Oulad Eli, il les en dissuada, leur déclarant que cette action

serait indigne de leur passé et de leurs aïeux, qui, eux, n'avaient

jamais abandonné leurs vassaux. Il leur fit comprendre que Sidi faisant

une telle proposition, n'avait d'autre but que de les diviser et de

les vaincre en détail, puisqu'il n'avait pu les anéantir, lorsqu'ils

étaient réunis. Il ajouta que s'il le fallait, pour l'honneur du nom,

il n'hésiterait pas à marcher contre les Oulad Eli eux-mêmes, dans les

rangs des Oulad Aïd.

Les Oulad Normach auraient été tellement touchés du raisonnement

de Mokhtar Cheikh et de son dévouement à sa tribu d'origine qu'ils

déclarèrent qu'ils ne pourraient avoir un meilleur chef que lui, lui

dressèrent une tente au centre du campement et lui rendirent l'héritage

paternel.

L'ambition du fils d'Ahmeïada, seul chef désormais des Oulad Normach,

était satisfaite. Il déclara la guerre aux tribus des régions voisines,

Trarza, Tagant, et jusque dans le Hodh. Avec les Oulad Siyed il

fut en lutte perpétuelle. Il tua ainsi près de Kaédi Sidi Heïba son

beau-frère, qui l'avait élevé. Il fit si bien qu'à la fin de son règne,

les deux tiers des hommes valides de la tribu étaient morts sur les

champs de bataille. Il fut enterré à Chogar.

Son frère Heïba ould Ahmeïada lui succéda.

L'alliance conclue par son prédécesseur avec les Ahel Soueïd Ahmed, qui

habitaient le Tagant, fut consolidée et il leur vint en aide contre les

Chratit, leurs cousins. Il continua la lutte contre les Oulad Siyed et

Oulad Eli et mourut un an après, de la variole.

Il fut remplacé par son frère, Sidi Ahmed, dont la mère appartenait aux

Ahel Mohammed Aïda, famille régnante de l'Adrar. Celui-ci conclut la

paix avec toutes les tribus originaires de la souche Oulad Abdallah et

elles déclarèrent alors la guerre aux Oulad Ahmed, qui, quoique Brakna,

faisaient toujours bande à part.

La guerre ne dura que quelques années, car les Oulad Ahmed vaincus

demandèrent la paix. Ils s'empressèrent du reste de la violer en

assassinant Heïba ould Sidi Ahmed à Tamourt Nadj.

Les Oulad Ahmed se vengèrent, avant même d'attendre le successeur de

leur chef tué, Brahim ould Mokhtar, qui se trouvait dans le Tagant,

lors de l'assassinat de son oncle. Ils massacrèrent près de Chogar

toute une caravane Oulad Ahmed. Quelque temps après, Brahim épousa une

jeune fille des Oulad Ahmed et les deux tribus se réconcilièrent.

Pendant tout le temps que dura le commandement de Brahim, Oulad

Ahmed et Oulad Normach vécurent en bonne intelligence, nomadisant

ensemble. Pendant l'hivernage, ils vivaient sur l'oued Katchi à Guimi,

à Tamersnat et dans l'Agan. Pendant la saison sèche, ils étaient

installés: les Oulad Normach, au nord du Chamama, en face la province

du Lac, dont les habitants étaient leurs amis; les Oulad Ahmed, en face

du canton des Aleïbé.

Toutes deux marchaient ensemble contre leurs ennemis communs, les Oulad

Siyed.

Ces derniers vivaient constamment près du fleuve, en face du canton de

Toro, qui s'étend de Edi à Podor, et dont les habitants leur étaient

aussi dévoués que ceux du Lac l'étaient aux Oulad Normach.

Quelque temps avant la mort de Brahim ould Mokhtar Cheikh, son cousin,

Mokhtar ould Ahmeïada, essaya de lui enlever le commandement. Il ne

parvint qu'à opérer une scission dans la tribu. Elle se fractionna en

deux groupements, dont chacun eut un chef indépendant. Celui de Brahim

continua à vivre avec les Oulad Ahmed. Cette situation ne se prolongea

pas au delà de deux ans, car, à la mort de Brahim survenue vers 1871,

Mokhtar put réunir à nouveau les deux campements et en devint le chef.

La guerre continua avec les Oulad Siyed, entrecoupée par de courtes

périodes de paix.

De 1871 à 1876, les hostilités furent ininterrompues. Elles aboutirent

à la paix de 1876, à la suite de la victoire de Khaïrou Eli remportée

par les Oulad Siyed.

La guerre commença en 1878, sur la demande d'un nommé Ali Salim de

Guidabé, qui avait eu son père tué par les Oulad Siyed.

Mokhtar ould Ahmeïada ayant accepté, la lutte dura quatre ans, à la

suite desquels, Sidi Eli demanda la paix par l'intermédiaire de Sidi

Mohammed Bekkaï ould Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Lorsqu'elle fut conclue,

Oulad Siyed et Oulad Normach réunirent leurs campements et nomadisèrent

ensemble. Le tamtam de guerre fut confié à Mokhtar ould Ahmeïada en sa

qualité de descendant direct de Normach.

Cette entente fut de courte durée, car en 1885, Nabra, fils de Bakkar

ould Soueïd Ahmed, chef des Id Ou Aïch, alliés de longue date aux

Oulad Normach, ayant tué, en duel, à Iguig, comme on l'a vu dans la

première partie, Mokhtar fils d'Ahmeddou chef des Oulad Siyed, ceux-ci

considérèrent les Normach comme complices du meurtrier. Les campements

se séparèrent et la guerre recommença.

Cette fois-ci, les Oulad Normach s'allièrent avec les Trarza al-Biodh;

et les Oulad Siyed eurent les Trarza al-Kohol comme partisans. La lutte

dura cinq ans. En 1890, les amis des Oulad Normach ayant perdu leur

chef Amar ould Salim, rentrèrent chez eux.

Mokhtar ould Heïba, chef des Oulad Normach, ayant été abandonné par les

Arabes de sa tribu, dont le chef était son frère Mohammed et qui était

allé vivre près du fleuve, fut obligé de demander la paix à l'émir

Ahmeddou, des Oulad Siyed.

Ahmeddou la lui accorda et il vécut avec quelques haratines près de

Chogar et de Guimi, tant que les Oulad Normach furent commandés par

son frère, puis par le fils de ce frère, son neveu Mohammed. Celui-ci

vivait aussi en bonne relation avec les Oulad Siyed, dont le chef était

le mari de sa tante Oum Mouminin mint Heïba.

Le jeune chef des Oulad Normach mourut à Cascas, en 1892, et son oncle

ne lui survécut que d'une vingtaine de jours. Ceux des Oulad Normach

qui vivaient avec Mokhtar ould Ahmeïada descendirent près du fleuve

et campèrent avec leurs compatriotes. Le chef de la tribu Sidi Ahmed,

vécut en bonne intelligence avec les Oulad Siyed, dont il devint en

quelque sorte un des vassaux. Il est bon de dire que sa parenté avec

Ould Assas, fils d'Ahmeddou et de sa tante Oum Mouminin, lui facilitera

beaucoup les rapports avec les Oulad Siyed, dont Ould Assas commençait

déjà à suppléer le chef.

Pendant ce temps, Bakkar, fils de Mokhtar ould Ahmeïada, âgé de 16 ans,

vivait dans la tribu des Oulad Ahmed avec sa mère Mint Dioghédan. Quand

il fut en état de porter le fusil, il commença, avec ses camarades du

même âge des Oulad Ahmed, à piller les Oulad Siyed. En 1898, à la tête

d'une bande dans laquelle se trouvait Brahim ould Ahmoïmid, ancien chef

d'un campement Oulad Ahmed, Omar ould Bou Salîf, Mohammed Brahimat,

et Mokhtar ould Naïm, il se rendit au campement des Oulad Siyed et y

tua Mohammed ould Ahmeddou, dont le frère Mohammed Krara avait tué son

frère aîné Brahim ould Mokhtar ould Ahmeïada, à Guimi.

Entre temps, avec les Oulad Biri et les Oulad Ahmed il se battit contre

les Oulad Siyed, les Oulad Normach commandés par son cousin Sidi

Ahmed et contre les Dieïdiba. Il ne voulut pas rentrer dans sa tribu,

trouvant dans sa haine pour les ennemis de son père la volonté de vivre

loin des siens, ne voulant pas habiter dans une tribu qui pliait devant

la volonté des Oulad Siyed.

En 1901, les Touabir Oulad M'haïmidat et les Oulad Yara, battus par

les Oulad Siyed, qui épousaient la querelle des Oulad Kohol allèrent

trouver Bakkar chez les Oulad Ahmed et lui demandèrent de marcher avec

eux contre leur ennemi commun. Ils trouvèrent les Oulad Ahmed à Tamourt

Nadj. Leur chef Ahmoïmid leur déclara qu'il était prêt à épouser leur

querelle, pourvu qu'ils le reconnaissent comme chef et non Bakkar, qui

dans le campement n'était qu'un étranger.

Après avoir été du même avis que Ahmoïmid, Oulad Mohaïmidat et Oulad

Yara se récusèrent, dès qu'ils furent dans le Chamama avec les

guerriers Oulad Ahmed. Furieux, Ahmoïmid chercha à se réconcilier

avec les Oulad Siyed. Lorsque sa tribu connut ses démarches, elle

l'abandonna et se choisit comme chef Brahim ould Ahmoïmid, son cousin

germain. Pendant ce temps, Séneïba était dans le Tagant. Dès qu'il

apprit les difficultés éprouvées par Ahmoïmid, il revint chez les

Oulad Ahmed et s'il ne parvint pas à déposséder Brahim, il réussit du

moins à lui enlever une partie de ses tentes. Les Oulad Ahmed furent

alors partagés en deux campements. En même temps, Bakkar prenait le

commandement des Oulad Normach en remplacement de Sidi Ahmed, destitué

pour sa faiblesse à l'égard de la tribu ennemie, les Oulad Siyed.

Oulad Normach, Oulad Ahmed, Touabir Oulad M'hamidat et Oulad Yara se

préparèrent activement à la guerre contre les Oulad Siyed lors de notre

arrivée en Mauritanie en 1903.

C'est alors que l'émir Ahmeddou, ses Oulad Siyed et ses partisans

attaquèrent la mission Coppolani à Aleg.

Les ennemis des Oulad Siyed, sous le commandement de Bakkar ould

Ahmeïada, firent alors cause commune avec nous.

Mais par la suite, au fur et à mesure de la progression de notre

occupation, plusieurs personnages se détachèrent de notre alliance, et

notamment Bakkar ould Mokhtar.

Après avoir pillé pendant plus d'un an les tribus du cercle de Brakna,

Bakkar avait pris la route de l'Adrar pour ne pas subir un jugement

prononcé contre lui.

Il se signala par ses rezzous jusqu'en janvier 1907, date où il fut

assassiné par un de ses compagnons de rapines, Mokhtar ould Leïli, des

Oulad Mansour.

_Tableau généalogique des chefs Normachi actuels._

Ahmeïada,

dernier émir Normachi († vers 1780).

|

___________________________|__________________

| | | | |

Mohammed. Mokhtar Cheikh, Sidi Ahmed. Hiba. Bakkar.

1845. |

______________| _________|________

| | | |

Ahmed. Brahim. Mokhtar. Mohammed.

| | | |

| |--Mokhtar |--Brahim, |--Hiba,

Eli. | Cheikh. | tué par | tué par

| | | Ahmeddou | les Siyed.

| |--Ahmeïada. | Krara |

Ahmed. | |--Mohammed. †

|--Hiba, |

| mort en |--Sidi Ahmed,

| bas âge. | né vers 1882.

| | |

|--Bakkar, | Mohammed.

| né en 1878, |

| tué en |--Mokhtar. †

| dissidence

| en 1907.

|

|--Mohammed.

|

|--Hiba,

dit _Lobat_,

chef actuel.

A l'heure actuelle, subsistent:

_a_) de la famille de Mokhtar ould Hiba ould Ahmeïada, son fils aîné,

Mohammed, qui versé dans le maraboutisme, a refusé le commandement de

la tribu; sa mère n'était qu'une concubine de Mokhtar; son dernier fils

Hiba, dit _Lobat_, chef actuel de la tribu et qu'on retrouvera plus

tard;

_b_) de la famille de Mohammed ould Hiba ould Ahmeïada, frère du

précédent: Mohammed, né vers 1906, fils de son fils Sidi Ahmed. Il est

élevé par sa mère, chez les Oulad Ahmed. Tous ses autres fils ont été

tués, Hiba par les Oulad Siyed à Ouezzou, Mohammed et Mokhtar, un peu

plus tard;

_c_) de la famille de Mokhtar Cheikh ould Ahmeïada son

arrière-petit-fils, Ahmed ould Eli et ses deux petit-fils Mokhtar

Cheikh et Ahmeïada, fils de Brahim. Ahmed ould Eli, né vers 1908, n'est

qu'un enfant qui a remplacé son père Eli ould Ahmed. Celui-ci, né vers

1876, courageux, éloquent, généreux, était très aimé de la tribu, qui

espérait en lui un chef. Il fut dissident jusqu'en janvier 1908, date

à laquelle il fit sa soumission. Il est mort vers 1914. Mokhtar Cheikh

est né vers 1865. Il ne descendit du Tagant dans le Brakna, que pour

solliciter l'emploi de chef des Oulad Normach, chaque fois qu'elle se

trouvait vacante. Candidat malheureux, il regagnait toujours son pays

natal, après un court séjour dans le Brakna. En 1906, après la bataille

de Niémelan, à laquelle il prit part vraisemblablement, Mokhtar Cheikh

partit dans l'Adrar avec les Oulad Soueïd Ahmed. Mais quelques mois

après, ayant vu arriver dans l'Adrar Bakkar ould Ahmeïada et la plupart

des membres de sa famille, il vint faire sa soumission pour solliciter

à nouveau le commandement des Oulad Normach. Son frère cadet, Ahmeïada,

est né vers 1880. Il vit dans la fraction de sa mère, les Oulad Soueïd

Ahmed, avec lesquels il partit dans l'Adrar, après l'attaque de

Tijikja, où il se distingua;

_d_) de la famille de Mokhtar, dit Badior, fils de Normach subsistent

deux branches issues de ses deux fils: Samba et Ahmed. Le chef de la

première est Samba ould Mohammed ould Sidi Ahmed ould Abd allah ould

Samba. Les chefs de la seconde sont: Ahmed et Mohammed ould Brahim o...

ould Ahmed;

_e_) de la famille d'Al-Mekhaïlig ould Normach subsistent plusieurs

tentes, dont les chefs sont Samba et Brahim ould Mokhtar ould Siyed

ould Mokhtar Salem ould Eli ould Amar ould Al-Mekhaïlig;

_f_) de la famille d'Abd Allah ould Normach, subsiste la tente de Yahdi

ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ... ould Abd Allah;

_g_) les descendants de Siyed ould Normach sont les Tiab ould Normach;

_h_) d'Ahmed ould Normach, le fils aîné, seul, Baouba, a sa postérité

chez les Normach: les chefs de tentes sont: Mohamed Saloum ould Mbarek

Fal ould Eli Saloum ould Mohamed Saloum ould Baouba, et Amar ould

Mohamed ould Brahim ould Othman ould Baouba. Le fils cadet a laissé

aussi des descendants, qui se sont maraboutisés et fondus chez les

Tagnit.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 28 / 245 题