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LE TOUR DU MONDE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LE TOUR DU MONDE
NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE M. ÉDOUARD CHARTON
ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES
1860
DEUXIÈME SEMESTRE
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
LEIPZIG, 15, POST-STRASSE
1860
TABLE DES MATIÈRES.
UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.
Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
Retour à Naples. 1
VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
-- Notre habitation. 16
Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
cherche un trésor. 34
VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.
L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
Greytown. 49
VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)
LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65
--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
Retour à Christiania par Skien. 82
L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85
VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).
D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
Djambo. -- Djeddah. 97
VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103
Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114
La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130
VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).
L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
tortues de terre; leurs habitudes. 139
Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146
LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
barrières et des barrières en attoles. 151
BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159
VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).
Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
Yakoutsk. 161
Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
yakoutes. 177
DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).
Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
-- Culture et mines. 182
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193
Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209
De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226
VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).
Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
-- Délivrance. 242
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
Amarapoura. 258
Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
dames birmanes. 273
Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
la Birmanie. 280
VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).
But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
dangereuse. 305
Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
-- Ravissements. -- Kaouélé. 321
Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337
FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855) 348
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).
Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369
Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).
La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
habitants. 402
LISTE DES GRAVURES. 417
LISTE DES CARTES. 422
ERRATA. 427
[Illustration: ROYAUME D'AVA.--Grande pagode de Rangoun.--Dessin de
Français d'après une photographie.]
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA
(EMPIRE DES BIRMANS)
PAR LE CAPITAINE HENRI YULE,
DU CORPS DU GÉNIE BENGALAIS.
1855.
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords.
Lord Dalhousie, gouverneur général de l'Inde, ayant décidé l'envoi
d'une ambassade près de la cour d'Ava, les membres de la mission, à
laquelle il voulut bien m'adjoindre en qualité de secrétaire, se
réunirent à Rangoun dans le courant de juillet 1855. Cette ville est
célèbre par sa belle position commerciale et maritime au débouché de
la navigation intérieure du Pégu et de l'Ava, ainsi que par sa grande
pagode, un des sanctuaires les plus renommés de l'Indo-Chine.
Le 1er août, au point du jour, toute l'ambassade, portée sur les
bateaux plats _le Sutlege_ et _le Panlang_, remorqués par _le
Bentinck_ et _le Nerbudda_, quitta cette ville et gagna le bras
principal de l'Irawady.
Après avoir traversé les provinces anglaises d'_Enzada_ et de _Prome_,
on nous annonça l'approche d'une députation birmane qui devait nous
servir d'escorte.
[Illustration: Bateau à voile sur l'Irawady.]
À quelques heures au nord de Prome, des piliers blancs élevés sur
chaque rive du fleuve nous indiquent la ligne frontière des
possessions anglaises et birmanes. Les canons des forts saluent notre
passage.
Entre le fleuve et la base des chaînes qui bordent son bassin
s'étendent des bandes de terrain où se déploie cette richesse de
végétation qu'impriment au paysage les bois où les grands arbres se
mélangent aux palmiers élancés. Les villages sont assez nombreux,
agréables d'aspect; le plus souvent la masse sombre d'un monastère
domine de ses triples étages les cabanes et les arbres; puis en
arrière, pour dernier plan, se dressent des collines qui, couvertes
d'un gazon sec, sont couronnées de pagodes auxquelles conduisent des
sentiers tortueux.
Une course au sommet d'une des premières collines des terres d'Ava
nous procure une vue magnifique de la contrée et du cours du fleuve.
Dans le lointain nous n'apercevons pas de villages, mais des routes se
dirigeant vers l'intérieur, et de temps à autre apparaissent
quelques-uns de ces chariots indigènes (_neat_) qu'entraînent de leur
trot rapide des boeufs rouges, vigoureux et en parfait état.
Ces animaux, quoique beaucoup plus petits que les boeufs de l'Inde
centrale et du Deccan, sont beaucoup plus forts, plus grands que les
boeufs du Bengale; je n'en ai peut-être jamais vu en meilleure
condition. Ces boeufs sont loin de se livrer à des excès de travail.
La principale raison de leur parfait état tient probablement à ce que,
les indigènes ne consommant pas de lait, les veaux ne sont pas privés
de leur aliment naturel.
Les terres qui avoisinent la frontière sont excessivement ondulées, et
les fonds seuls sont cultivés. Le nom de charrue ne peut s'appliquer à
l'instrument qu'on emploie dans les cultures sèches; c'est plutôt une
sorte de râteau avec trois larges dents d'acacia. Près d'Ava, surtout
dans les rizières, les paysans se servent de charrues qui rappellent
un peu plus les charrues indoues.
Les terres, bien qu'imparfaitement labourées, étaient proprement
tenues et leurs sillons plus réguliers que dans la plupart de nos
champs de l'Inde. Ce mode de culture n'en excita pas moins le mépris
d'un robuste Hindoustan du Doab, zémindar dans notre cavalerie
irrégulière. «C'est à Dieu et non pas à leur travail qu'ils doivent
leur nourriture,» disait-il. Les paysans se plaignaient beaucoup de la
sécheresse; ils n'avaient pas récolté de riz depuis plusieurs années,
et n'espéraient pas même une récolte cette année encore.
Nous trouvâmes enfin à _Menh'la_, chef-lieu de district, la
députation annoncée depuis plusieurs jours. Elle se composait du
Woondouk[1] Moung Mhon; du gouverneur de Tseen-goo, petit vieillard
original; de Makertich, gouverneur du district de Maloon. Ce dernier,
d'origine arménienne, s'habille comme les Birmans; son teint est
peut-être un peu plus foncé que celui des indigènes, dont il se
distingue par des traits plus aquilins. Il y avait en outre des
scribes et des officiers.
[Note 1: _Woondouk_, ministre de second ordre. Dans le
_Hlwot-dau_, grand conseil de la couronne, il y a quatre
_woon-gyi_, assistés chacun d'un woondouk. _Woon_, gouverneur
ou ministre; ce mot signifie littéralement fardeau.
_Woon-gyi_, grand woon; _woondouk_, soutien du woon.]
[Illustration: Canot de parade.]
La députation était escortée de cinq ou six canots de guerre; c'était
la première fois que nous rencontrions ces immenses embarcations;
l'avant en est très-bas et très-fin; l'arrière, très-élevé, se
recourbe au-dessus de l'eau; les rameurs, au nombre de quarante à
soixante, sont deux sur chaque banc: tout l'extérieur du canot est
doré, et toutes les rames le sont aussi. Les matelots, vigoureux et
robustes, portaient tous leur conique chapeau de bambou; dans quelques
canots ils étaient vêtus de mauvaises jaquettes noires d'uniforme. Des
bandes de mousseline et des _filets_ couverts de clinquant ornent les
poupes élevées des canots de guerre, où flotte avec grâce une grande
bannière blanche bordée d'argent, sur laquelle s'étale le blason de
l'empire, un paon grossièrement dessiné. Souvent, à côté de l'oiseau
oriental, une carafe européenne sert de pomme au mât de bambou auquel
s'attache le pavillon. C'est un ornement très en faveur chez les
Birmans, et parfois même une modeste bouteille à eau de Seltz domine
la pointe extrême des pagodes. Un court mâtereau dressé à l'extrémité
de la poupe des canots de guerre porte le _htee_[2], cet emblème royal
et sacré. Ce n'est pas à l'arrière, comme en Europe, mais à l'avant du
canot, sur une espèce de petite plate-forme, que se place le
personnage le plus important du bord.
[Note 2: Le _htee_ est l'ornement en fer doré qui couronne le
dôme de toutes les pagodes.]
[Illustration: Bateau de commerce.]
Nous débarquâmes et nous nous rendîmes à la résidence de Makertich.
C'est une élégante construction en bambou, élevée sur piliers et
entourée d'une palissade de même bois, selon la mode du pays. Une
chambre tout à jour d'un côté, garnie de tapis indiens, servait de
pièce de réception. Au fond de la salle, on voyait rangés sur un
râtelier les fusils de la garde du gouverneur, qui habite, dans un
coin de la cour, un petit corps de bâtiment, d'où les femmes
regardaient curieusement les _Kalàs_ (étrangers); les communs et les
corps de garde étaient appuyés sur la clôture elle-même.
Dans la soirée, en compagnie de Makertich, nous allâmes faire un tour
dans la ville, qui est toute neuve, et ne date que de l'entrée en
fonction de ce gouverneur; elle n'a que six mois d'existence. C'est
certainement la ville la plus propre et d'aspect le plus prospère que
nous ayons rencontrée sur le fleuve depuis notre départ de Rangoun:
une longue voie perpendiculaire à la rivière, et que viennent croiser
trois autres rues, compose cette jeune cité. Les maisons ne sont pas
situées au bord de la rivière; les Birmans négligent presque
universellement les avantages d'une telle position; une large zone
couverte de grands arbres s'étend toujours entre l'eau et leurs
habitations; des _simul_ (l'arbre à coton des Anglo-Hindous), des
tamarins, de nombreuses variétés de figuiers forment un ombrage
impénétrable aux rayons du soleil. Les rues sont larges, bien
entretenues, bien drainées. Un groupe de monastères et de pagodes
entouré d'un bosquet de tamarins, de palmiers et de talipots, s'élève
sur le bord du fleuve, et nous remarquons dans plusieurs de ces
édifices religieux l'absence de la forme conique ou mieux de cette
forme en poire qui est le modèle stéréotypé de toutes les pagodes du
Pégu.
Le lendemain _13 août_ nous nous remîmes en route, après une visite
matinale de notre escorte, ennuyeux cérémonial qu'il fallut subir
pendant tout le voyage. Le woondouk et sa suite étaient dans deux
barges remorquées par les canots de guerre; ces barges étaient peintes
tout en blanc, couleur royale; les parasols d'or des dignitaires se
dressaient aux coins de la cabine, devant laquelle était une verandah
tendue en drap grossièrement brodé.
[Illustration: Carte du cours intérieur de l'Irawady.]
Les bateaux, nombreux à _Menh'la_, offraient quelques bons spécimens
des grandes embarcations de l'Irawady; il y en avait de 120 à 130
tonneaux.
On se sert sur la rivière de deux sortes de barques différant
complétement l'une de l'autre. Les plus grandes, les _hnau_, sont
aussi les plus employées: quelle que soit leur grandeur, le modèle
pour toutes est le même. La quille se compose d'un tronc d'arbre qu'on
creuse et qu'on élargit à l'aide du feu, quand le bois est vert
encore; c'est simplement un canot. Sur cette espèce de quille on monte
les membrures et les clins. Les courbes de l'avant, toujours très-bas,
sont magnifiques, très-évidées, et ressemblent beaucoup à celles de
nos steamers modernes. L'arrière s'élève beaucoup au-dessus de l'eau,
et ses lignes d'eau sont très-fines. On y trouve toujours un banc
élevé, ou plutôt une espèce de plate-forme soigneusement sculptée
servant au timonier. Le gouvernail est un large aviron attaché à la
hanche de bâbord; il se manoeuvre à l'aide d'une petite barre qui
vient en travers du banc du pilote.
[Illustration: Birmans dans une forêt.--Dessin de J. Pelcoq d'après
une photographie.]
Ce qu'il y a de plus curieux dans ces navires, c'est la mâture et la
voilure. Le mât se compose de deux espars; attachés à deux morceaux de
charpente et fixés à la quille, ils sont disposés sur ces pièces de
bois de façon à pouvoir s'abaisser et même se démonter à volonté.
Cette même mâture sert aux fameux pirates d'Ilanon, dans l'archipel
Indien; quand ces écumeurs de mer sont poursuivis, ils se réfugient
dans une crique et abaissent leurs mâts, qui pourraient trahir leur
retraite. Il me semble qu'il y a entre les races indo-chinoises et les
habitants de l'archipel Indien de nombreux points de ressemblance qui
doivent fixer l'attention des ethnologistes.
Ces deux mâtereaux, réunis par des traverses qui forment une espèce
d'échelle, se rejoignent au-dessus de la vergue, et se terminent en un
mât unique.
La vergue est formée d'un ou de plusieurs bambous d'une longueur
énorme, très-flexibles; elle est attachée au mât par de nombreuses
drisses, de manière à se courber en forme d'arc. Le long de la vergue
court une corde dans laquelle passent des anneaux servant à attacher
la voile, qui, à la manière d'un rideau, se tire des deux côtés du
mât. Il y a de plus un hunier installé de la même manière. La voile
est de cette toile de coton légère qui sert aux vêtements des
indigènes. S'il n'en était pas ainsi, il serait impossible à ces
bateaux de porter l'immense voilure qui les caractérise. À Menh'la, un
de ces bateaux se trouvait près du rivage, je pus mesurer sa vergue;
elle avait, tout en négligeant sa courbure, cent trente pieds
(trente-neuf mètres) de long, et la surface de la voilure ne pouvait
pas être au-dessous de quatre mille pieds carrés (367 mètres).
[Illustration: Pattshaing ou tambour-harmonica.]
Ces bateaux ne peuvent marcher que vent arrière; mais pendant la
saison des pluies, le vent est presque toujours favorable à la remonte
d'Irawady. Une flottille de ces bateaux filant devant le vent, avec le
soleil dorant leurs immenses voiles blanches, ressemble à de
gigantesques papillons effleurant l'eau.
Au-dessus de _Menh'la_ le courant est très-violent, nos steamers
remorqueurs n'avançaient qu'à grand'peine. Sur notre gauche se
dressaient d'abruptes collines de grès rouge; au pied de ces rochers,
qui s'entr'ouvrent çà et là pour former de charmants vallons herbeux,
apparaissaient de magnifiques arbres qui projetaient leurs ombres sur
les remous de la rivière. La pagode de Myenka-taoung, déjà signalée
par Crawfurd en 1824, se dresse encore à l'extrémité de la falaise,
suspendue au-dessus des eaux qui minent la base des rochers sur
lesquels elle est assise. C'est là qu'en 1056 fut assassiné Chaulu,
roi de Pagán.
Nous nous arrêtons à Men-goon (le site du palais rustique), grand
village de deux à trois cents maisons. La population entière est sur
le rivage, drapeaux et bannières flottant au vent, un corps de musique
jouant à tout rompre; des bateaux dorés, d'autres embarcations moins
éclatantes, mais ayant le même aspect «centipède,» circulent autour de
nos vaisseaux; les rameurs poussent des hurlements ou chantent en
choeur, ce qui est la même chose; deux ou trois individus ressemblant
à des démons dansent avec frénésie sur les bancs des canots;
l'excitation générale donne à ce spectacle un caractère étrange et
bizarre.
Un peu au-dessus de Men-goon, le fleuve change d'aspect, il s'étend en
un immense chenal de deux à cinq milles de large (trois mille deux
cents à huit mille mètres), embrassant de nombreuses îles d'alluvion;
et il conserve cet aspect jusqu'au confluent du _Kyend-wen_.
Dans tout ce parcours, des berges élevées, des falaises escarpées de
_grès ou d'argile rouge_ encaissent la rivière à l'orient. Près du
fleuve les terrains sont ravinés et tourmentés; plus loin le sol
s'élève en longues pentes ou en collines ondulées. La végétation a
perdu ici son caractère tropical: rare et rabougrie en quelque sorte,
elle ne se compose guère que d'une variété de _zizyphus jujuba_,
_acacia cathechu_, entremêlés de ces euphorbes décharnés et de ces
pâles et maladifs _madars_ qui se rencontrent dans tous les endroits
stériles et desséchés de l'Inde, depuis le Peshawer jusqu'au Pégu.
[Illustration: Pattshaing à baguettes.]
Hâtons-nous de dire que ces falaises stériles s'ouvrent de temps à
autre pour laisser entrevoir, dans l'intérieur des terres, de jolis
vallons perpendiculaires au fleuve; au débouché de tous, de verdoyants
bosquets de palmiers et de grands arbres ombragent de riants petits
villages dont la verte ceinture de champs cultivés et de haies bien
entretenues forme un charmant contraste avec les collines stériles et
nues qui les environnent.
Sur la rive droite, ces hautes terres disparaissent près Memboo, à
dix-huit milles (vingt-neuf kilomètres) de Menh'la; une immense plaine
d'alluvion s'étend jusqu'aux derniers contre-forts des monts Aracan;
c'est la province de Tsalen, une des plus riches de l'empire birman.
De Men-goon, nous gagnons Magwé; entre ces deux localités, sur des
collines dénudées, brillent les blanches pagodes de Kwé-zo, auxquelles
on arrive par d'interminables escaliers.
La ville de Magwé. -- Musique, concert et drames birmans.
Magwé, peuplée de huit à neuf mille âmes, est la plus grande ville que
nous ayons encore vue en ce pays. Il y avait sur la plage deux ou
trois cents bateaux de toute forme et de toute grandeur. Selon le
wondouk, la ville renferme trois mille maisons, et ce chiffre ne nous
sembla nullement exagéré.
En approchant de Magwé, nous vîmes un joli spécimen de pont birman:
les Birmans sont bien plus avancés que les Hindous dans ce genre de
construction; il est rare de ne pas rencontrer de pont là où les
débordements empêchent la circulation.
La longueur de ces ponts est souvent excessive; leur construction ne
m'a jamais semblé varier. Des pilotis en bois de teck de douze à
treize pieds de long, des traverses qui se fixent aux pieux par des
mortaises, un plancher solide, une balustrade souvent élégamment
sculptée, voilà tout ce qu'on exige d'un ingénieur birman. Les
pilotis, enfoncés sans l'aide du mouton, résistent pourtant au
courant.
[Illustration: Harpe birmane.]
Les chaumières des faubourgs étaient en bon état; presque toutes
avaient un large porche en treillage, qui, recouvert de plantes
grimpantes, formait un frais berceau d'ombre et de verdure.
Les principales maisons de la grand'rue étaient occupées par des
soldats dont les armes étaient rangées le long des verandahs. De
nombreux chevaux circulaient dans les rues; c'était la monture de la
milice du pays, convoquée sans doute pour notre arrivée.
Les boutiques étaient veuves de leurs marchandises, et la population
avait un air d'inquiétude qui est peu dans le caractère des Birmans;
notre présence semblait les préoccuper.
Nous ne rencontrâmes aussi que très-peu de femmes, ce qui n'est pas
l'habitude du pays. C'est la seule fois que nous nous soyons aperçus
de ce manque de confiance; mais les femmes ne se montrèrent plus en
grand nombre que dans le voisinage de la capitale.
En sortant de la ville, nous nous trouvâmes dans une campagne ouverte,
ondulée et divisée en enclos par des haies de jujubiers morts. La
principale culture était le sésame. L'aspect des routes et des champs
nous montrait un degré de civilisation auquel nous ne nous attendions
pas.
[Illustration: Harmonica birman.]
Du bord de notre bateau à vapeur, nous avions remarqué une masse
sombre de toitures s'étageant les unes sur les autres; c'étaient deux
immenses monastères, d'une construction solide et simple, une chapelle
(_thein_) et enfin une pagode. Le tout, y compris de vastes terrains,
était entouré d'une grossière palissade de bois de teck de sept à huit
pieds de haut.
Le _thein_ était le monument le plus remarquable et le plus richement
sculpté que nous ayons encore rencontré: ce n'est que dans les
environs d'Amarapoura que nous avons vu des monastères le surpassant;
plutôt encore par la richesse que par le goût de l'ornementation.
M'étant mis à en faire un croquis, je fus aussitôt entouré d'une foule
de moines et de profès, tous très-joyeux, mais aussi très-questionneurs.
Quand je demandais à l'un d'eux de poser pour que je pusse le
représenter dans mon dessin, il s'approcha à toucher mon visage, et je
ne pus lui faire comprendre qu'il était trop près.
Le soir, nous fîmes connaissance avec le drame birman, distraction qui
prendrait grande place dans ma narration, s'il me fallait raconter
ceux dont nous avons été journellement gratifiés pendant tout notre
voyage.
Le gouverneur avait ordonné une exhibition de marionnettes et un drame
régulier et classique; comme c'était la première fois qu'on nous
faisait une politesse de ce genre, le major Mac Phayre, l'ambassadeur,
y exigea notre présence.
Nous avions un orchestre birman au grand complet, composé
d'instruments très-curieux, et qui, je crois, sont particuliers à la
Birmanie.
Le principal instrument, tant au point de vue du volume que du son,
est le _pattshaing_ ou tambour-harmonica. C'est une espèce de châssis
circulaire, en forme de baquet, d'environ trente pouces
(soixante-quinze centimètres) de haut sur quatre pieds et demi (un
mètre cinquante centimètres) de diamètre. Ce châssis consiste en
espèces de douves curieusement sculptées, qu'on maintient les unes
près des autres à l'aide d'un tenon qui s'introduit dans une mortaise
taillée dans un cercle. À l'intérieur sont suspendus verticalement
dix-huit à vingt tambourins, dont le diamètre varie, de six à
vingt-cinq centimètres. Pour accorder l'instrument, on modifie le son
de chaque tambour, quand cela est nécessaire, en étendant avec le
pouce un peu d'argile mouillée au centre de la peau d'âne. Le
musicien, accroupi à l'intérieur, joue de cet instrument avec les
doigts ou la paume de la main, et parvient à en tirer certains effets
musicaux. Un autre instrument ressemble beaucoup au _pattshaing_,
mais, au lieu de tambours, il contient des tamtams, et les musiciens
se servent de baguettes pour toucher ce clavier, qui donne des sons
d'une douceur et d'une mélodie charmantes. Le reste de l'orchestre se
compose de deux ou trois clairons à large pavillon, d'une misérable
trompette d'un son, de cymbales, et quelquefois d'un immense tamtam;
invariablement il y a des castagnettes de bambou qui battent fort bien
la mesure, mais qui aussi se font par trop entendre.
Les Birmans ont en outre des instruments pour la musique spéciale de
salon ou de concerts; les principaux sont la harpe et l'harmonica aux
touches de bambou et quelquefois d'acier.
Nous avons vu à Amarapoura un de ces derniers instruments; c'était
l'oeuvre des augustes mains du roi Tharawady, qui, comme Louis XVI,
était plus adroit mécanicien qu'habile monarque.
Enfin une longue guitare cylindrique à trois cordes, ayant la forme
d'un caïman, dont elle porte d'ailleurs le nom, clôt la liste de
l'instrumentation birmane.
Revenons au drame. Le sol, couvert de nattes, sert généralement de
scène. Les personnages distingués se placent sur des estrades, la
_plèbe_ s'accroupit, se plaçant de son mieux dans tous les espaces
libres. Au milieu de la scène il y a toujours un arbre, ou simplement
une grosse branche d'arbre; comme l'autel dans les tragédies grecques,
c'est le centre de l'action, c'est le seul décor; on a toujours
répondu à mes questions à ce sujet que c'était en prévision du cas où
l'on aurait une forêt ou un jardin à représenter; mais je suis
convaincu que cet arbre avait une signification symbolique qui, avec
le temps, s'est perdue.
[Illustration: Pagode à Pagán.]
L'éclairage, à l'huile minérale, consiste en quelques vases de terre
qu'un des acteurs remplit de temps à autre et qui lancent leurs lueurs
rougeâtres autour de l'arbre symbolique. L'orchestre, sur un des côtés
de la scène, a près de lui une espèce de chevalet d'où pendent une
foule de masques grotesques. Le coffre qui renferme les costumes de la
troupe lui fait face; invariablement ce coffre fait fonction de trône
à l'usage des rois, toujours très-nombreux dans ces drames.
De fait, rois, princes, princesses, ministres et courtisans sont les
seuls personnages qui y figurent. Quant à l'intrigue, s'il y en a une,
elle est très-difficile à découvrir. Le héros est le plus souvent un
jeune prince, qui a toujours pour valet un bouffon, comme celui de nos
anciennes comédies; le Crispin de Magwé remplissait parfaitement son
rôle de comique, ainsi qu'en témoignaient les éclats de rire de
l'audience. C'était le seul acteur digne de ce nom, et son jeu était
souvent si hautement épicé, que pour le comprendre il n'était pas
besoin de connaître la langue dont il se servait. L'interminable
prolixité du dialogue dépassait toutes les bornes; je ne pense pas que
personne pût comprendre ni ce qu'il signifiait ni sa raison d'être; ce
qu'il y a de certain, c'est que l'action marchait si lentement qu'il
eût fallu plusieurs semaines pour arriver au dénoûment.
Une partie du dialogue était chantée; dans ces moments, les attitudes,
les gestes et certaines lamentations prolongées avaient un caractère
très-comique, mais dont on se lassait bientôt. Des danseurs et des
danseuses viennent souvent jouer des intermèdes ou même prendre part à
l'action. Les rôles de femmes, dans les villes éloignées de la
capitale, étaient joués par de jeunes garçons.
[Illustration: Représentation théâtrale dans le royaume d'Ava.--Dessin
de W. Haussoullier et Hadamard d'après H. Yule.]
Les marionnettes sont encore plus populaires que les drames: les
représentations de ces acteurs de bois ont lieu sur des théâtres assez
élevés, ayant souvent neuf mètres de développement, ce qui permet de
transporter la scène selon les exigences du sujet; le plus
communément, on voit un trône à un bout, c'est la cour; à l'autre
extrémité des branches d'arbre représentent une forêt. Les pièces que
jouent ces marionnettes sont, comme celles des acteurs vivants,
très-prolixes, et elles m'ont paru avoir une tendance au surnaturel,
car on y voit des princesses enchantées, des dragons, des esprits
(_hàts_), des chariots volants, etc. Ces marionnettes jouent souvent
aussi des mystères qui se rapportent à l'histoire de Gautama, et qu'on
ne pourrait laisser représenter par des acteurs.
Sources de naphte; leur exploitation. -- Un monastère et ses
habitants.
La ville de Ye-nan-Gyong, que nous atteignîmes le 13, révèle la nature
de son industrie et à la vue et à l'odorat; on y sent partout l'odeur
nauséabonde du pétrole; la plage est couverte de vases de terre qui
ruissellent d'huile; de toutes parts on voit fumer des poteries. Nous
montâmes sur les collines qui entourent la ville; un sol de sable ou
de pierre, à peine assez d'herbe pour ne pas accuser une stérilité
absolue, çà et là quelques euphorbes rabougris, du bois pétrifié en
abondance, tel est l'aspect désolé du pays.
Le 15 août fut consacré à visiter les mines; nos chevaux n'étaient pas
mauvais; mais je n'en puis dire autant de leur harnachement. Après
avoir chevauché pendant trois milles (cinq kilomètres) à travers des
ravins et des collines escarpées de grès en pleine désagrégation, nous
arrivâmes sur une hauteur au centre de l'exploitation. C'est un
plateau irrégulier qui forme une espèce de péninsule au milieu des
ravins.
[Illustration: Dagobah ou pagode en forme de cloche.]
Les puits sont, dit-on, au nombre de cent; mais il en est qui sont
abandonnés. Leur profondeur est variable, suivant qu'ils sont percés à
la partie supérieure du plateau ou sur ses flancs. Nous en avons
mesuré plusieurs à l'aide de longues cordes qui servent à puiser
l'huile, et nous avons trouvé cinquante-quatre, cinquante-sept,
quatre-vingt-un et jusqu'à quatre-vingt-onze mètres. Cette
exploitation occupe une surface d'environ deux cent soixante hectares.
Un treuil grossier, monté sur un tronc d'arbre, posé lui-même sur des
branches fourchues, est tout le matériel employé. On laisse descendre
un pot de terre, il se remplit d'huile, puis un ouvrier, homme ou
femme, tirant la corde, descend la pente de la colline jusqu'à ce que
le vase arrive à l'orifice du puits. Les Birmans se servent de cette
huile pour l'éclairage; on l'emploie aussi pour préserver les bois de
construction des atteintes des insectes; c'est souvent même un
médicament. Ce pétrole, qui depuis quelques années et largement
importé en Europe, sert à l'éclairage, au graissage des machines, et
la substance solide est employée à la fabrication des bougies.
Cette huile, de couleur verdâtre, a la consistance de la mélasse; son
odeur n'est pas désagréable quand on est en plein air, et qu'elle est
en petite quantité.
Le travail dans ces puits, d'où s'échappent des gaz délétères, n'est
pas sans danger, surtout quand on approche du niveau de l'huile. Le
capitaine Macleod, qui vit travailler au percement de l'un d'eux,
rapporte que les ouvriers ne restent au fond du puits que de quatorze
à vingt-huit secondes; encore en sortent-ils très-épuisés.
Cette exploitation fournit par mois vingt-sept mille
_viss_(quarante-cinq mille kilogrammes de pétrole), il en revient
mille au roi, mille au seigneur du district, et environ neuf mille aux
ouvriers. Par suite de la demande du marché européen, cette substance
vaut actuellement, à Londres, de mille à onze cents francs la tonne.
La production totale annuelle de tous les puits, y compris ceux de la
région sud, est d'environ douze mille tonnes.
Dans la soirée j'allai avec le major Phayre faire une promenade dans
les environs: un chemin bien entretenu nous conduisit, à travers des
collines arides, jusqu'à un petit vallon ombreux s'ouvrant sur la
rivière; il avait son monastère et sa pagode. Les écoliers du
monastère s'attroupant autour de nous, un vieux _poon-gyi_[3]vint sous
le _zayat_[4]comme s'il voulait nous parler. Ces moines n'adressent
jamais la parole les premiers: c'est la seule classe dans le Pégu avec
laquelle il soit agréable de parler, parce qu'ils ne sont jamais
quémandeurs.
[Note 3: _Poon-gyi_, grande gloire, nom qui, dans la
Birmanie, sert à désigner les prêtres de Bouddha.]
[Note 4: _Zayat_, espèce de portique ou d'abri public, qui,
servant aux voyageurs, aux promeneurs, etc., se trouve dans
presque toutes les pagodes.]
Nous invitâmes le vieux poon-gyià venir visiter les steamers; mais il
nous refusa en lorgnant soupçonneusement un _avocat de Penang_ (un
bâton), que l'un de nous avait à la main. «Je crains d'être battu,»
nous dit-il.
Ce peuple semble croire que parler birman implique une communauté de
foi avec eux. On demandait invariablement à l'ambassadeur: «Est-ce que
vous adorez les pagodes?» Comme en parlant au poon-gyi il avait
employé les termes de respect qu'on emploie à l'égard des prêtres, un
des assistants aux dents noires lui dit d'une façon assez
impertinente: «Quoi! est-ce que vous adorez les poon-gyis; pourquoi
alors n'avez-vous pas rendu à celui-ci les hommages que vous lui
devez?--Parce qu'aujourd'hui n'est pas un jour de culte,» répliqua
l'envoyé. Cette réponse excita un rire général dans tout l'auditoire.
La ville de Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura.
À mesure que nous approchons de _Pagán_, le fleuve semble grandir. La
rive orientale est magnifique de végétation. Ce n'est qu'une
succession continue de vallons richement boisés, de bouquets
d'élégants palmiers abritant des villages; c'est un contraste frappant
avec la rive opposée, qui ne présente qu'une série de collines
stériles, dénudées, dont l'apparence est d'autant plus désolée que les
îles qui surgissent à leurs pieds sont couvertes d'une épaisse
verdure.
Nous voici enfin à Pagán; d'abord un dôme immense apparaît, c'est le
_Tsetna-phya_; ensuite des pyramides éclatantes qui, étagées les unes
sur les autres, surmontent des toitures resplendissantes de dorures;
des temples sombres, étranges, avec leurs bases carrées, d'où s'élance
un clocher en forme de mitre; puis enfin des coupoles blanches,
noires, bizarres, fantastiques, se dessinant au milieu des maisons,
des palmiers, des champs et des jardins.