APPENDICE D.

Élèves et professeurs italiens au collège de Sorèze pendant la

Révolution et l'Empire.

Le général baron de Marbot a résumé dans ses Mémoires[237] l'histoire du

collège de Sorèze, une des quatre maisons bénédictines où l'on avait

entrepris de prouver que la suppression des jésuites ne privait pas

irrévocablement le monde de maîtres habiles; les élèves y affluèrent

bientôt, et l'on vit même beaucoup d'étrangers, surtout des Anglais, des

Espagnols, des Américains, s'établir à Sorèze pour la durée des études

de leurs enfants. Pendant la Révolution, à la vente des biens du

clergé, le Principal, dom Ferlus, se porta acquéreur du collège et tout

le pays lui facilita le payement. La maison comptait alors, s'il faut en

croire le général, sept cents élèves; ce chiffre surprend un peu,

d'autant qu'à une époque bien plus favorable, en 1802, le collège

comptait seulement, d'après une brochure publiée cette année-là, le

nombre déjà respectable de trois ou quatre cents écoliers. Il fallut

seulement que le Principal feignant de s'accommoder aux idées du moment,

tolérât chez les élèves une tenue passablement négligée, et déployât

toutes les ressources de son esprit pour apprivoiser les représentants

en mission, dont au reste il fit ce qu'il voulut.

Un peu après le temps où s'arrête, pour ce collège, le récit du général,

la réaction sanglante qui accompagna en Italie la destruction des

républiques fondées par la France, obligea de nombreux patriotes à

chercher un refuge dans notre pays. Deux Italiens, qui ont laissé un nom

dans la littérature, Urbano Lampredi et Filippo Pananti professèrent

alors à Sorèze, après avoir lutté pour les idées nouvelles, l'un à Rome,

l'autre en Toscane. Mais, parmi leurs élèves, se trouvaient beaucoup de

leurs compatriotes dont plus d'un appartenait à des familles mêlées aux

événements récents. Les Génois surtout connaissaient déjà le chemin de

Sorèze; car une partie des jeunes gens qui, avant l'occupation de Gênes

par les Français avaient essayé de renverser dans leur patrie le

gouvernement aristocratique, sortaient de ce collège. Ce piquant détail

d'une maison de bénédictins formant et recueillant des républicains

italiens a échappé à l'auteur du Voyage à Sorèze (Dax. 1802), J.-B.

Lalanne, et à celui de la Notice Historique de l'Ecole de Sorèze, Dardé.

Voilà pourquoi nous donnerons le tableau suivant que le Père Louis Selva

a bien voulu, avec la permission de M. le Directeur du collège, rédiger

pour moi. Nous rangerons les élèves italiens d'après l'année de leur

entrée au collège de Sorèze.

Ant. Greppi, de Milan (Probablement de la famille d'un des rédacteurs de

la Constitution de la Cisalpine en 1797), entré en l'an VIII.

Léon. Bensa, de Gênes ou de Porto Maurizio[238], probablement de la

famille du personnage du même nom qui a travaillé à la Constitution de

la République Ligurienne; Gianpietro et Giuseppe Franco, de Gênes;

Luigi, Giulio, Orazio, Galeas Calepio, de Bergame; Visconti, de Milan,

parent peut-être de Franc. Visconti qui a fait partie du gouvernement de

la Cisalpine; Giov. Carlo Bataglini, de Nice, entrés en l'an IX.

Giovanni et Ridolfo Castinella, de Pise (Ce sont évidemment les fils de

Castinelli, chef des démocrates de Pise, dont M. Tribolati nous apprend

que les fils vinrent étudier à Sorèze, à la suite des troubles de la

Toscane. _Saggi critici e biografici_, Pise, Sproni, 1891, p. 260, n.

1), entrés en l'an X.

Angelo Campana, de Turin (dont le père servit avec honneur comme général

dans les armées de Napoléon Ier); Franc. Guide, de Nice; Gius. Avogrado

(sans doute, pour Avogadro), de Turin, de la famille de Pietro Avogadro,

comte de Valdengo et Formigliana et membre du gouvernement provisoire

que le Directoire avait institué en Piémont[239]; Auguste Sibille, de

Nice; G. B. Bobone, de San Remo ou de Gênes; G. B. et Luca Podestà, de

Gênes; Luigi Littardi, de Gênes, probablement de la famille de Nicoló

Littardi, membre du Directoire de la République Ligurienne; Bartolomeo,

Luigi et Enrico Boccardi, de Gênes; Giuseppe Franchetti, de Final,

entrés en l'an XI[240].

Carlo Alessandro Camilla, de Turin; Francesco Gioan, de Nice, entrés en

l'an XII.

Cesare Rufli, Ant. Feraudi, Charles Bades, Lorenzo Gioan, tous quatre de

Nice; Em. Orosco, de Milan, entrés en l'an XIII.

Bartol. Pontio, de Gênes; Giov. Freppa, de Livourne; Luigi Grillo, de

Moneglia; Bartol. Costa, de Gênes, de la famille de Paolo Costa, qui fut

membre du gouvernement de la République Ligurienne, entrés en 1807.

Alexandre Roux, de Livourne, entré en 1808;

Luigi Viala, de Ferrare, entré en 1812.

À ces noms j'ajouterai ceux des enfants de Lavilla qui étudiaient à

Sorèze en 1803, tandis que leur père et le beau-frère de celui-ci,

Saint-Martin La Mothe, administraient des départements italiens (Préface

du livre de Denina, _Dell'uso della lingua francese_... Berlin, 1803).

Les nominations obtenues par les élèves italiens pendant ces années (les

registres du collège ne mentionnent pas d'italiens pour les années 1813

et 1814) prouvent qu'ils y firent très bonne figure, surtout les

Castinella. Sans les transcrire, notons les titres des cours qu'on

suivait au collège; on ne sera pas surpris d'apprendre qu'on enseignait

à Sorèze, le latin, l'histoire, la géographie, la mythologie,

l'éloquence, l'idéologie, la littérature, la géométrie, la physique,

l'histoire naturelle, les langues vivantes; celles-ci avaient été dès

l'origine cultivées dans le collège; M. Liard a rappelé que dom Ferlus a

proposé un plan pour la réforme des Universités où figure l'étude de

l'anglais et de l'allemand avec obligation aux candidats aux examens de

Droit de connaître cette dernière langue; mais on s'attendait moins à

des prix de statistique, de fortifications, de poésie dramatique,

d'apologue, de poésie pastorale, de poésie lyrique, épique, didactique,

de déclamation théâtrale.

Pananti, qualifié de citoyen d'abord, de monsieur ensuite, est porté

sur les registres comme professeur d'italien, en l'an VIII, en l'an IX,

en l'an X[241]; Lampredi, comme professeur de métaphysique et de

physique générale, en l'an X; comme professeur de physique générale, de

latin et de grec, en l'an XII; comme professeur de physique générale, de

calcul différentiel et intégral en l'an XIII. Une telle variété

d'attributions préparait ce dernier à mériter l'éloge que lui donne

Lodovico di Breme (_Grand Commentaire sur un Petit Article_) quand il

dit que lui et Carpani, professeurs à l'Ecole des Pages, le premier pour

les mathématiques, le deuxième pour l'histoire, tempéraient heureusement

l'instruction trop scientifique qu'on y donnait par les digressions

qu'ils faisaient, l'un dans la théorie fondamentale du raisonnement,

l'autre dans ses applications morales et politiques. D'après la Nouvelle

Biographie Générale, Lampredi ne quitta Sorèze qu'en 1807.

Un de leurs collègues français de Sorèze, Cavaille, qui y enseigna de

1795 jusqu'à 1825, où ses opinions libérales lui firent perdre sa place,

traduisit en vers Virginie, Saül et Myrrha, d'Alfieri; et, sans une

cabale, Talma, dit-on, eût fait jouer ces traductions au

Théâtre-Français. (Magloire Raynal, 1er volume de _Bibliographies et

Chroniques Castraises_. Castres, 1833-7, 4 volumes.)

L'Instruction Publique en France et en Italie au dix-neuvième siècle · 第 72 / 96 题