Quand on pose très-explicitement cette question à Maelzel:
«_L'Automate_ est-il ou n'est-il pas une pure machine?» il fait
invariablement la même réponse: «Je n'ai pas à m'expliquer là-dessus.»
Or, la notoriété de _l'Automate_, et la grande curiosité qu'il a
excitée partout, sont dues à cette opinion dominante qu'il est une
pure machine, plus particulièrement qu'à toute autre circonstance.
Naturellement, il est de l'intérêt du propriétaire de le présenter
comme une chose telle. Et quel moyen plus simple, plus efficace peut-il
y avoir, pour impressionner les spectateurs dans le sens désiré,
qu'une déclaration positive et explicite à cet effet? D'autre part,
quel moyen plus simple, plus efficace pour détruire la confiance du
spectateur dans _l'Automate_ pris comme pure machine, que de refuser
cette déclaration explicite? Or, nous sommes naturellement portés à
raisonner ainsi:--Il est de l'intérêt de Maelzel de présenter la chose
comme une pure machine;--il se refuse à le faire, directement du moins,
par la parole; mais il ne se fait pas scrupule et il est évidemment
soigneux de le persuader indirectement par ses actions; si la chose
était vraiment telle qu'il cherche à l'exprimer par ses actions, il se
servirait très-volontiers du témoignage plus direct des paroles;--la
conclusion, c'est que la conscience qu'il a que la chose n'est pas une
pure machine est la raison de son silence;--ses actions ne peuvent pas
le compromettre ni le convaincre d'une fausseté évidente;--ce que ses
paroles pourraient faire.