VI

La physionomie extérieure, et particulièrement la gesticulation

du Turc, ne sont, considérées comme imitations de la vie, que des

imitations très-banales. La physionomie est une œuvre qui ne

témoigne d'aucune ingéniosité, et elle est bien dépassée, dans la

ressemblance humaine, par les plus vulgaires ouvrages en cire. Les

yeux roulent dans la tête sans aucun naturel et sans mouvements

correspondants des lèvres ou des sourcils. Le bras, surtout, accomplit

ses opérations d'une manière excessivement roide, disgracieuse,

convulsive et rectangulaire. Or, tout cela est le résultat de

l'impuissance de Maelzel à faire mieux, ou d'une négligence

volontaire,--la négligence accidentelle devant être mise hors de

question, quand nous voyons que l'ingénieux propriétaire emploie tout

son temps à perfectionner ses machines. Assurément, nous ne devons pas

attribuer à l'incapacité cette apparence hors nature; car tous les

autres automates de Maelzel prouvent sa miraculeuse habileté à copier

exactement les mouvements et toutes les caractéristiques de la vie.

Ses danseurs de corde, par exemple, sont inimitables. Quand le clown

rit, ses lèvres, ses sourcils, ses paupières, tous les traits de sa

physionomie enfin, sont pénétrés de leur expression naturelle. Chez

lui et chez son compagnon, chaque geste est si parfaitement aisé, si

bien délivré de toute trace d'artifice, que, si ce n'était l'exiguïté

de leur taille et la faculté accordée aux spectateurs de se les faire

passer de main en main avant l'exécution de la danse, il serait

difficile de convaincre une assemblée que ces automates de bois ne sont

pas des créatures vivantes. Nous ne pouvons donc pas douter des talents

de M. Maelzel, et nous sommes contraints d'admettre qu'il a laissé

volontairement à son _Joueur d'échecs_ la même physionomie artificielle

et barbare que le baron Kempelen lui avait donnée dès le principe,

non pas évidemment sans dessein. Quel était son dessein, il n'est pas

difficile de le deviner. Si _l'Automate_ avait imité exactement la vie

dans ses mouvements, le spectateur eût été plus porté à attribuer ses

opérations à leur véritable cause, c'est-à-dire à l'action humaine

cachée, qu'il ne l'est actuellement, les manœuvres gauches et

rectangulaires de la poupée inspirant l'idée d'une pure mécanique

livrée à elle-même.

Histoires grotesques et sérieuses · 第 27 / 51 题