IV

Quand la situation de la partie est difficile ou complexe, nous ne

voyons jamais le Turc secouer la tête ou rouler ses yeux. C'est

seulement quand son prochain coup est d'une nature évidente, ou quand

la partie se présente de telle façon que pour l'homme placé dans

_l'Automate_ il n'y a pas nécessité de réfléchir. Or, ces mouvements

particuliers de la tête et des yeux sont des mouvements propres aux

personnes plongées dans une méditation, et l'ingénieux baron Kempelen

aurait ajusté ces mouvements (si la machine était une pure machine)

aux occasions qui leur serviraient de prétexte naturel,--c'est-à-dire

aux occasions de complexité. Mais c'est l'inverse qui a lieu, et cet

inverse s'accorde justement avec notre supposition d'un homme caché

dans l'intérieur. Quand il est contraint de méditer son jeu, il n'a pas

assez de loisir pour faire jouer la mécanique qui met en branle la tête

et les yeux. Mais, quand le coup à jouer est évident, il a le temps de

regarder autour de lui, et c'est pourquoi nous voyons alors le tête

s'agiter et les yeux rouler.

V

Quand la machine est tournée pour permettre aux spectateurs d'examiner

le dos du Turc, et quand la draperie est enlevée et les portes du

tronc et de la cuisse ouvertes, l'intérieur du tronc paraît encombré

de mécaniques. En examinant les mécaniques pendant que _l'Automate_

était en mouvement, c'est-à-dire pendant que la machine roulait sur

ses roulettes, il nous a semblé que certaines parties du mécanisme

changeaient de forme et de position à un degré trop marqué pour

être expliqué par les simples lois de la perspective; et plusieurs

examens subséquents nous ont convaincu que ces altérations exagérées

devaient être attribuées à des miroirs placés dans l'intérieur du

tronc. L'introduction des miroirs dans le mécanisme ne peut pas avoir

pour but d'agir, à un degré quelconque, sur le mécanisme même. Leur

action, quelle que soit cette action, ne peut être dirigée que sur

l'œil du spectateur. Nous conclûmes tout de suite que ces miroirs

étaient disposés pour multiplier aux yeux du public les quelques pièces

mécaniques du tronc de manière à faire croire qu'il en est rempli.

De ceci nous inférons directement que la machine n'est pas une pure

machine; car, si telle elle était, l'inventeur, bien loin de désirer

que son mécanisme parût très-compliqué et d'user de supercherie pour

lui donner cette apparence, aurait été particulièrement soigneux de

convaincre les spectateurs de la _simplicité_ des moyens par lesquels

il obtenait de si miraculeux résultats.

Histoires grotesques et sérieuses · 第 26 / 51 题