Quand la situation de la partie est difficile ou complexe, nous ne
voyons jamais le Turc secouer la tête ou rouler ses yeux. C'est
seulement quand son prochain coup est d'une nature évidente, ou quand
la partie se présente de telle façon que pour l'homme placé dans
_l'Automate_ il n'y a pas nécessité de réfléchir. Or, ces mouvements
particuliers de la tête et des yeux sont des mouvements propres aux
personnes plongées dans une méditation, et l'ingénieux baron Kempelen
aurait ajusté ces mouvements (si la machine était une pure machine)
aux occasions qui leur serviraient de prétexte naturel,--c'est-à-dire
aux occasions de complexité. Mais c'est l'inverse qui a lieu, et cet
inverse s'accorde justement avec notre supposition d'un homme caché
dans l'intérieur. Quand il est contraint de méditer son jeu, il n'a pas
assez de loisir pour faire jouer la mécanique qui met en branle la tête
et les yeux. Mais, quand le coup à jouer est évident, il a le temps de
regarder autour de lui, et c'est pourquoi nous voyons alors le tête
s'agiter et les yeux rouler.
V
Quand la machine est tournée pour permettre aux spectateurs d'examiner
le dos du Turc, et quand la draperie est enlevée et les portes du
tronc et de la cuisse ouvertes, l'intérieur du tronc paraît encombré
de mécaniques. En examinant les mécaniques pendant que _l'Automate_
était en mouvement, c'est-à-dire pendant que la machine roulait sur
ses roulettes, il nous a semblé que certaines parties du mécanisme
changeaient de forme et de position à un degré trop marqué pour
être expliqué par les simples lois de la perspective; et plusieurs
examens subséquents nous ont convaincu que ces altérations exagérées
devaient être attribuées à des miroirs placés dans l'intérieur du
tronc. L'introduction des miroirs dans le mécanisme ne peut pas avoir
pour but d'agir, à un degré quelconque, sur le mécanisme même. Leur
action, quelle que soit cette action, ne peut être dirigée que sur
l'œil du spectateur. Nous conclûmes tout de suite que ces miroirs
étaient disposés pour multiplier aux yeux du public les quelques pièces
mécaniques du tronc de manière à faire croire qu'il en est rempli.
De ceci nous inférons directement que la machine n'est pas une pure
machine; car, si telle elle était, l'inventeur, bien loin de désirer
que son mécanisme parût très-compliqué et d'user de supercherie pour
lui donner cette apparence, aurait été particulièrement soigneux de
convaincre les spectateurs de la _simplicité_ des moyens par lesquels
il obtenait de si miraculeux résultats.