II

Quand _l'Automate_ est au moment de remuer une pièce, un mouvement

distinct peut être aperçu juste au-dessous de l'épaule gauche, lequel

mouvement fait trembler très-légèrement la draperie qui recouvre le

devant de l'épaule gauche. Ce tremblement précède invariablement de

deux secondes à peu près le mouvement du bras lui-même, et le bras

ne se meut jamais, dans aucun cas, sans ce mouvement précurseur de

l'épaule. Or, supposons que l'adversaire pousse une pièce, et que le

coup correspondant soit exécuté par Maelzel, selon son habitude, sur

l'échiquier de _l'Automate_; supposons que l'adversaire surveille

attentivement _l'Automate_ jusqu'à ce qu'il découvre ce mouvement

précurseur de l'épaule. Aussitôt qu'il a découvert ce mouvement

et avant que le bras mécanique commence à se mouvoir, supposons

qu'il retire sa pièce, comme s'il s'apercevait d'une erreur dans sa

manœuvre; on verra alors que le mouvement du bras, qui, dans tous

les autres cas, succède immédiatement au mouvement de l'épaule, est

cette fois retenu,--n'a pas lieu,--quoique Maelzel n'ait pas encore

exécuté sur l'échiquier de _l'Automate_ le coup correspondant à la

retraite de l'adversaire. Dans ce cas, il est évident que _l'Automate_

allait jouer,--et que, s'il n'a pas joué, ça été un effet simplement

produit par la retraite de l'adversaire, et sans aucune intervention de

Maelzel.

Ce fait prouve nettement,--_primo_, que l'intervention de Maelzel,

exécutant sur l'échiquier du Turc les coups de l'adversaire, n'est

pas indispensable pour les mouvements du Turc,--_secundo_, que les

mouvements de _l'Automate_ sont réglés par l'_esprit_, par quelque

personne pouvant apercevoir l'échiquier de l'adversaire,--_tertio_, que

ses mouvements ne sont pas réglés par l'esprit de Maelzel, qui avait

le dos tourné du côté de l'adversaire pendant que celui-ci opérait son

mouvement de retraite.

Histoires grotesques et sérieuses · 第 24 / 51 题