Quand on raconte l’histoire d’une époque désastreuse et déchirée par les
guerres civiles, on éprouve parfois le besoin de détourner la vue des
luttes de partis, des convulsions sociales, du sang versé, et de
distraire l’imagination en se reportant vers un idéal de calme,
d’innocence et de rêverie. Nous nous arrêterons donc un instant pour
appeler l’attention sur les poèmes qu’un amour pur et candide a inspirés
au jeune Abdérame V et à son vizir Ibn-Hazm. Il s’en exhale comme un
parfum de jeunesse, de simplicité et de bonheur, et ils ont un attrait
d’autant plus irrésistible, que l’on s’attendait moins à entendre ces
accents doux et sereins au milieu du bouleversement universel, ce chant
de rossignol au milieu de l’orage.
Presque enfant encore, Abdérame aimait éperdument sa cousine Habîba
(Aimée), la fille du calife Solaimân. Mais il soupirait en vain. La
veuve de Solaimân s’opposait au mariage, et lui donnait à entendre que
rien ne pressait. Il composa alors ces vers, où le sentiment d’une
fierté blessée perce à côté d’un amour profondément senti:
Toujours des prétextes pour ne pas m’accorder ma demande, des
prétextes contre lesquels ma fierté se révolte! Son aveugle famille
veut la forcer à me refuser, mais peut-on refuser la lune au
soleil? Comment la mère de Habîba, qui connaît mon mérite,
peut-elle ne pas me vouloir pour gendre?
Je l’aime bien cependant, cette jeune fille belle et candide de la
famille d’Abd-Chams, qui mène une vie si retirée dans le harem de
ses parents: je lui ai promis de la servir comme un esclave pendant
toute ma vie, et je lui ai offert mon cœur pour dot.
De même qu’un sacre fond sur une colombe qui déploie les ailes, de
même je m’élance vers elle dès que je la vois, cette colombe des
Abd-Chams, moi qui suis issu de la même illustre famille.
Qu’elle est belle! Les Pléiades lui envient la blancheur de ses
mains, et l’Aurore est jalouse de l’éclat de sa gorge.
Tu as imposé à mon amour un jeûne bien long, ô ma bien-aimée:
qu’est-ce que cela te ferait si tu me permettais de le rompre?
C’est dans ta maison que je cherche le remède à mes maux, dans ta
maison sur laquelle Dieu veuille répandre ses grâces! C’est là que
mon cœur trouverait un soulagement à ses souffrances, c’est là que
s’éteindrait le feu qui me dévore.
Si tu me repousses, ô cousine, tu repousseras, je le jure, un homme
qui est ton égal par la naissance et qui, par suite de l’amour que
tu lui as inspiré, a un voile devant les yeux.
Mais je ne désespère pas de la posséder un jour et de mettre ainsi
le comble à ma gloire, car je sais manier la lance alors que les
chevaux noirs semblent rouges à force d’être teints de sang. Je
rends honneur et respect à l’étranger qui s’est abrité sous mon
toit; je comble de bienfaits le malheureux qui fait un appel à ma
générosité. Personne dans sa famille ne mérite plus que moi de la
posséder, car personne ne m’égale en réputation, en renommée. J’ai
ce qu’il faut pour plaire: la jeunesse, l’urbanité, la douceur et
le talent de bien dire.
On ignore quels étaient les sentiments de Habîba à l’égard du jeune
homme, les écrivains arabes ayant laissé dans l’incertain et le vague
cette belle et fugitive apparition, dont l’imagination aimerait à fixer
les traits. Cependant elle ne paraît pas avoir été insensible aux
hommages d’Abdérame. L’ayant rencontré un jour, son regard s’abaissa
sous le regard plein de feu du prince; elle rougit, et dans son trouble
elle oublia de lui rendre son salut. Abdérame interpréta de travers ce
manque apparent de politesse, qui en réalité n’était qu’une pudique
timidité, et il composa alors ce poème:
Salut à celle qui n’a pas daigné m’adresser une seule parole; salut
à la gracieuse gazelle dont les regards sont autant de flèches qui
me percent le cœur. Jamais, hélas! elle ne m’envoie son image pour
calmer l’agitation de mes rêves. Ne sais-tu donc pas, ô toi dont le
nom est si doux à prononcer, que je t’aime au delà de toute
expression, et que je serai pour toi l’amant le plus fidèle qui
soit au monde[440]?
Il ne semble jamais avoir obtenu la main de Habîba, et en général il ne
fut pas heureux en amour. Il est vrai qu’une autre beauté ne fut pas
cruelle pour lui, mais dans la suite elle manqua à la foi promise,
témoin ces vers qu’il lui adressa:
Ah! que les nuits sont longues depuis que tu me préfères mon rival!
O gracieuse gazelle, toi qui a rompu tes serments et qui m’es
devenue infidèle, les as-tu donc oublié ces nuits que nous avons
passées ensemble sur un lit de roses? La même écharpe ceignait
alors nos reins; nous nous entrelacions comme s’entrelacent les
perles d’un collier, nous nous embrassions comme s’embrassent les
branches des arbres, nos deux corps n’en formaient qu’un seul,
tandis que les étoiles semblaient des points d’or scintillant sur
un champ d’azur[441].
Le jeune Abdérame avait un ami qui lui ressemblait sous beaucoup de
rapports et dont il fit son premier ministre. C’était Alî ibn-Hazm. Ses
ancêtres, qui demeuraient sur le territoire de Niébla, avaient été
chrétiens jusqu’à l’époque où son bisaïeul (Hazm) embrassa l’islamisme;
mais honteux de son origine et voulant en effacer la trace, il reniait
ses aïeux. De même que l’avait fait son père (Ahmed) qui avait été
vizir sous les Amirides, il prétendait descendre d’un Persan affranchi
par Yézîd, le frère du premier calife omaiyade, Moâwia[442], et quant à
la religion qui avait été celle de ses pères, il avait pour elle le plus
profond dédain. «Il ne faut jamais s’étonner de la superstition des
hommes, dit-il quelque part dans son Traité sur les religions. Les
peuples les plus nombreux et les plus civilisés y sont sujets. Voyez les
chrétiens! Ils sont en si grand nombre qu’il n’y a que leur créateur qui
puisse les compter, et il y a parmi eux des savants illustres, ainsi que
des princes d’une rare sagacité. Néanmoins ils croient qu’un est trois
et que trois sont un; que l’un des trois est le père, l’autre le fils,
le troisième l’esprit; que le père est le fils et qu’il n’est pas le
fils; qu’un homme est Dieu et qu’il n’est pas Dieu; que le Messie est
Dieu en tout point et que cependant il n’est pas le même que Dieu; que
celui qui a existé de toute éternité a été créé. Celle de leurs sectes
qu’on appelle les Jacobites et qui se compte par centaines de mille,
croit même que le Créateur a été fouetté, souffleté, crucifié et mis à
mort; enfin, que l’univers a été privé pendant trois jours de celui qui
le gouverne[443]!»... Ces sarcasmes, du reste, ne sont pas d’un
sceptique: ils sont d’un musulman très-zélé. Ibn-Hazm soutenait en
religion le système des Dhâhirides, secte qui s’attachait strictement
aux textes et qui appelait la décision par analogie, c’est-à-dire
l’intervention de l’intelligence humaine dans les questions du droit
canon, une invention du mauvais esprit. En politique il était pour la
dynastie légitime, dont il était devenu le client grâce à une fausse
généalogie, et les Omaiyades n’avaient pas de serviteur plus fidèle,
plus dévoué, plus enthousiaste. Quand leur cause semblait
irrévocablement perdue, quand Alî ibn-Hammoud occupait le trône et que
même Khairân, le chef du parti slave, l’eut reconnu, il fut du petit
nombre de ceux qui ne perdirent pas le courage. Entouré d’ennemis et
d’espions, il continua cependant d’intriguer et de comploter, car la
prudence, comme c’est le propre des âmes enthousiastes, ne lui
paraissait que de la lâcheté. Khairân découvrit ses menées, et, lui
ayant fait expier son zèle intempestif par plusieurs mois de prison, il
le frappa d’un arrêt d’exil. Ibn-Hazm se retira alors auprès du
gouverneur du château d’Aznalcazar, non loin de Séville, et il s’y
trouvait encore quand il apprit que l’Omaiyade Abdérame IV Mortadhâ
avait été proclamé calife à Valence. Il s’embarqua aussitôt pour lui
offrir ses services, et combattit en héros dans la bataille que Mortadhâ
perdit par la trahison de ses soi-disant amis; mais étant tombé entre
les mains des Berbers vainqueurs, il ne recouvra la liberté qu’assez
tard[444].
Le temps viendra où Ibn-Hazm sera le plus grand savant de son temps et
l’écrivain le plus fertile que l’Espagne ait produit à quelque époque
que ce soit. Mais pour le moment il était avant tout poète, et l’un des
poètes les plus gracieux que l’Espagne arabe ait eus. Il était encore
dans l’âge heureux des illusions, car il ne comptait que huit ans de
plus que son jeune souverain. Lui aussi avait eu son roman d’amour;
roman bien simple au reste, mais qu’il a raconté avec tant de candeur,
de délicatesse, de naïveté et de charme, que nous ne pouvons résister à
la tentation de le reproduire avec ses propres paroles. Toutefois nous
serons forcé de supprimer çà et là quelques métaphores hasardées,
quelques broderies, quelques paillettes, qui, dans l’opinion d’un Arabe,
donnent au discours une grâce inimitable, mais que la sobriété de notre
goût tolérerait difficilement.
«Dans le palais de mon père, dit Ibn-Hazm, il y avait une jeune fille
qui y recevait son éducation. Elle comptait seize ans, et aucune femme
ne l’égalait en beauté, en intelligence, en pudeur, en retenue, en
modestie, en douceur. Le ton badin et les galants propos l’ennuyaient et
elle parlait peu. Personne n’osait élever ses désirs jusqu’à elle, et
pourtant sa beauté conquérait tous les cœurs, car, bien que fière et
avare de ses faveurs, elle était cependant plus séduisante que la
coquette la plus raffinée. Elle était sérieuse et n’avait pas de goût
pour les amusements frivoles, mais elle jouait du luth d’une manière
admirable.
«J’étais bien jeune alors et je ne pensais qu’à elle. Je l’entendais
parler quelquefois, mais toujours en présence d’autres personnes, et
pendant deux ans j’avais en vain cherché l’occasion de lui parler sans
témoins. Or, un jour il y eut dans notre demeure une de ces fêtes comme
il y en a souvent dans les palais des grands, et à laquelle les femmes
de notre maison, celles de la maison de mon frère, celles, enfin, de nos
clients et de nos serviteurs les plus considérés avaient été invitées.
Après avoir passé une partie de la journée dans le palais, ces dames
allèrent au belvédère, d’où l’on avait un magnifique coup d’œil sur
Cordoue et ses environs, et elles se placèrent là où les arbres de notre
jardin n’obstruaient pas la vue. J’étais avec elles, et je m’approchai
de l’embrasure où _elle_ se trouvait; mais dès qu’elle me vit à ses
côtés, elle courut avec une gracieuse rapidité vers une autre embrasure.
Je la suis; elle m’échappe de nouveau. Elle connaissait très-bien mes
sentiments à son égard, car les femmes ont plus de finesse pour deviner
l’amour qu’on leur porte, que le Bédouin, qui voyage de nuit dans le
Désert, n’en a pour reconnaître la trace de la route; mais heureusement
les autres dames ne se doutaient de rien, car, tout occupées à chercher
le plus beau point de vue, elles ne faisaient pas attention à moi.
«Puis, les dames étant descendues au jardin, celles qui, par leur
position et leur âge, avaient le plus d’influence, prièrent la dame de
mes pensées de chanter quelque chose, et j’appuyai leur demande. Elle
prit alors son luth et se mit à l’accorder avec une pudeur qui, à mes
yeux, doublait ses charmes; après quoi elle chanta ces vers d’Abbâs,
fils d’Ahnaf:
Je ne pense qu’à mon soleil à moi, à la jeune fille souple et
flexible que j’ai vue disparaître derrière les sombres murailles du
palais. Est-ce une créature humaine, est-ce un génie? Elle est plus
qu’une femme; mais si elle a toute la beauté d’un génie, elle n’en
a pas la malice. Son visage est une perle, sa taille un narcisse,
son haleine un parfum, et en totalité elle est une émanation de la
lumière. Quand on la voit, revêtue de sa robe jaune, marcher avec
une légèreté inconcevable, on dirait qu’elle pourrait mettre le
pied sur les choses les plus fragiles sans les briser.
«Pendant qu’elle chantait, ce n’étaient pas les cordes du luth qu’elle
frappait de son plectrum: c’était mon cœur. Jamais ce jour délicieux
n’est sorti de ma mémoire, et sur mon lit de mort je m’en souviendrai
encore. Mais depuis ce temps je n’entendis plus sa douce voix, je ne la
revis même pas.
Ne la blâme pas, disais-je dans mes vers, si elle t’évite et te
fuit, car elle ne mérite pas de reproches. Elle est belle comme la
gazelle ou la lune, mais la gazelle est timide, et il n’est point
donné à un mortel d’atteindre à la lune.
Tu me prives du bonheur d’entendre ta voix suave, disais-je encore,
et tu ne veux pas que mes yeux contemplent ta beauté. Tout absorbée
dans tes pieuses méditations, toute à Dieu, tu ne penses plus aux
mortels. Qu’il est heureux, cet Abbâs dont tu as chanté les vers!
Et pourtant, s’il t’avait entendue, le grand poète, il serait
triste, il te porterait envie comme à son vainqueur, car en
chantant ses vers, tu y as mis une sensibilité dont il n’avait
point d’idée.
«Ensuite, trois jours après que Mahdî eut été déclaré calife, nous
quittâmes notre nouveau palais, qui se trouvait dans le quartier
oriental de Cordoue, à savoir dans le faubourg dit de Zâhira, pour nous
établir dans notre ancien palais, situé dans le quartier occidental, le
Balât-Moghîth; mais pour des raisons qu’il serait inutile d’exposer, la
jeune fille ne nous y suivit pas. Puis, Hichâm II étant remonté sur le
trône, ceux qui étaient alors au pouvoir nous firent tomber en disgrâce;
ils nous extorquèrent des sommes énormes, ils nous firent jeter en
prison, et quand nous eûmes recouvré la liberté, nous fûmes obligés de
nous cacher. Vint la guerre civile. Tout le monde eut à en souffrir,
mais notre famille plus que toute autre. Mon père mourut sur ces
entrefaites, le samedi 21 juin 1012, et notre sort ne s’améliora point.
Mais un jour que j’assistais aux funérailles d’un de mes parents, je
reconnus la jeune fille au milieu des pleureuses. J’avais bien des
motifs de tristesse ce jour-là; tous les malheurs semblaient vouloir me
frapper à la fois, et pourtant, lorsque je la revis, le présent avec ses
misères semblait disparaître comme par enchantement; elle me rappelait
le passé, mon amour de jeune homme, mes beaux jours flétris, et pour un
moment je redevenais jeune et heureux comme je l’étais autrefois. Mais,
hélas! ce moment fut court, et rappelé bientôt à la triste et sombre
réalité, ma douleur, aggravée des souffrances que me causait un amour
sans espoir, n’en fut que plus cuisante et plus aiguë.
Elle pleure un mort que tout le monde respectait et honorait,
disais-je dans une pièce de vers composée à cette occasion; mais
celui qui vit encore a bien plus de droits à ses larmes. Chose
étonnante! elle plaint celui qui est mort naturellement, doucement,
et elle n’a nulle pitié pour celui qu’elle fait mourir de
désespoir.
«Peu de temps après, lorsque les troupes berbères se furent emparées de
la capitale, nous fûmes frappés d’un arrêt d’exil, et je quittai Cordoue
au milieu du mois de juillet de l’année 1015. Cinq ans s’écoulèrent
pendant lesquels je ne revis pas la jeune fille. A la fin, lorsque je
fus revenu à Cordoue en février 1018, j’allai loger chez une de mes
parentes et là je la retrouvai. Mais elle était tellement changée que
j’avais peine à la reconnaître et que l’on dut me dire que c’était elle.
Cette fleur, que naguère on contemplait avec ravissement et que chacun
eût voulu cueillir si le respect ne l’eût retenu, était maintenant
fanée; à peine lui restait-il quelques traces pour attester qu’elle
avait été belle. C’est que pendant ces temps désastreux elle n’avait pu
prendre aucun soin d’elle-même. Elevée sous notre toit au milieu du
luxe, elle s’était vu forcée tout à coup de gagner sa vie par un travail
assidu. Hélas! les femmes sont des fleurs bien fragiles: dès qu’on ne
les soigne pas, elles se fanent. Leur beauté ne résiste pas, comme celle
des hommes, au hâle du soleil, au simoun, à l’intempérie des saisons, au
manque d’égards. Toutefois, telle qu’elle était, elle m’aurait encore
rendu le plus heureux des hommes si elle avait voulu m’adresser une
tendre parole; mais elle resta indifférente et froide comme elle l’avait
toujours été pour moi. Peu à peu cette froideur commença à me détacher
d’elle; la perte de sa beauté fit le reste.
«Je ne lui ai jamais rien reproché, et aujourd’hui encore je ne lui
reproche rien. Je n’en ai pas le droit. De quoi me plaindrais-je? Je
pourrais me plaindre, si elle m’eût bercé d’un espoir trompeur; mais
jamais elle ne m’a donné le moindre espoir, jamais elle ne m’a rien
promis[445].»
Dans le récit qu’on vient de lire, on aura sans doute remarqué des
traits d’une sensibilité exquise et peu commune chez les Arabes, qui
préfèrent généralement les grâces qui attirent, les yeux qui
préviennent, le sourire qui encourage. L’amour que rêve Ibn-Hazm est un
mélange d’attrait physique sans doute--l’objet regretté n’étant plus ce
qu’il était, ses regrets sont bien moins cruels--mais aussi
d’inclination morale, de galanterie délicate, d’estime, d’enthousiasme,
et ce qui le charme, c’est une beauté calme, modeste, pleine d’une douce
dignité. Mais il ne faut pas oublier que ce poète, le plus chaste, et je
serais tenté de dire, le plus chrétien parmi les poètes musulmans,
n’était pas Arabe pur sang. Arrière-petit-fils d’un Espagnol chrétien,
il n’avait pas entièrement perdu la manière de penser et de sentir,
propre à la race dont il était issu. Ils avaient beau renier leur
origine, ces Espagnols arabisés; ils avaient beau invoquer Mahomet au
lieu d’invoquer le Christ, et poursuivre leurs anciens coreligionnaires
de leurs sarcasmes: au fond de leur cœur il restait toujours quelque
chose de pur, de délicat, de spirituel, qui n’était pas arabe.