Peu de choses, dans le cours agité de ma vie, m'ont laissé pour un
homme de plus attrayants souvenirs que ces conversations avec vous et
notre époque, qu'on peut appeler notre âge d'innocence. Il y avait en
vous tout ce qui séduit, tout ce qui attache, tout ce qui charme le
plus; je ne sais quel demi-mystère qui laisse deviner ce qu'on n'a pas
interrogé. Vous n'aviez fait encore que peu de poésies, mais ces
poésies révélaient un homme entièrement nouveau. Je jouissais de vous
en mon particulier comme d'une découverte. Les vers de Joseph Delorme
étaient le présage de quelque chose d'inconnu. Je vous quittai avec
douleur quand il me fallut aller rejoindre mon poste diplomatique hors
de France; mais l'idée ne me vint jamais de chercher à vous engager
dans cette même carrière positive ou dans une autre. J'aurais cru vous
profaner en vous utilisant. Vous me paraissez de ces êtres qui vivent
de parfums et non de pain. Je partis.