Les principaux caractères de sa vie, écrits par lui-même tels que nous
venons de vous les raconter, furent la naïveté souvent un peu féroce
de ses sentiments et de ses actes. Ils peignent avec exactitude
l'enthousiasme pour tous les arts de la main qui renaissaient sous
Léon X, le culte du génie, la liberté des passions individuelles, à
qui les crimes même étaient pardonnés en faveur d'un chef-d'oeuvre de
peinture et de sculpture, et enfin ce mélange bizarre de dévotion
sincère et d'attentats atroces que l'absolution du pontife effaçait de
la main même de l'assassin. La fausse modestie n'existait pas. On se
vantait du mal comme du bien. Le génie était la vertu, la bravoure
était la gloire. On jetait sa vie ou son immortalité à _croix ou
pile_, pourvu qu'un pape eût le temps de vous pardonner et de vous
renvoyer du gibet au ciel. Une sainte jactance affichait même plus de
forfaits qu'on n'en avait commis. Ce temps explique _Machiavel_ en
politique, _Benvenuto_ Cellini en art et en littérature. Les Médicis
vinrent et changèrent ces moeurs en les polissant. Le commerce fit de
l'Italie ce que la guerre et la religion en avaient fait sous les
Romains et sous le christianisme naissant, ce modèle de l'Europe!
Machiavel et Benvenuto Cellini furent les créatures de l'ère, de la
politique et des arts, les héros forts et demi-barbares qui
précédèrent dans l'antiquité fabuleuse les grandes civilisations.