Benvenuto, mobile et mécontent, laissa à Paris son hôtel et ses
ateliers à _Ascagne_, et partit pour l'Italie, en passant par
Plaisance; il fut reconnu par le bâtard du pape Farnèse, _Pier Luigi_,
et, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il alla le voir. Je le
trouvai à table, dit-il, avec les _Landi_, qui le tuèrent depuis.
_Pier Luigi_ lui demanda pardon des persécutions qu'il lui avait fait
subir à Rome sous le pape son père, et lui proposa de le garder à
Ferrare pour travailler à l'embellissement de cette ville.
Or admirons, dit Cellini, la justice de Dieu, qui ne laisse rien
d'impuni sur la terre. Cet homme sembla me demander pardon devant ceux
qui peu de temps après me vengèrent, moi et tant d'autres qui avaient
été assassinés par lui. Qu'aucun mortel, quelque grand qu'il soit, ne
compte donc sur l'impunité de ses crimes. Je dirai dans son lieu que
justice sera faite aussi de plusieurs de mes persécuteurs. Ce n'est
point la vanité qui m'arrache ces tristes réflexions; je les fais pour
rendre grâce à Dieu, dont la puissante protection ne m'a jamais
manqué, parce que je l'ai toujours imploré au milieu de mes angoisses.
Ce mélange de scélératesse et de dévotion sincère donne à ce temps un
caractère de pittoresque moral qui n'éclate jamais mieux que dans ce
naïf scélérat.