Le duc Alexandre de Médicis le reçut bien, il lui confia les dessins
de ses monnaies et lui fit faire son portrait. Dans l'intimité de ses
rapports il vit plusieurs fois le duc Alexandre de Médicis dormant
seul dans sa chambre en compagnie de son cousin _Laurenzino_ de
Médicis, qui rêvait déjà l'assassinat du grand-duc. _Laurenzino_
favorisait les vices d'Alexandre. Il se faisait, comme _Brutus_,
passer pour idiot et pour lâche, mais, sous prétexte d'un rendez-vous
secret donné par une belle dame de Florence, dont il savait Alexandre
épris, il l'entraîna seul la nuit dans le piége, le poignarda et
s'enfuit à Ferrare. Alexandre, dans un de ses entretiens avec
_Benvenuto_, pria _Laurenzino_ de se joindre à lui pour l'engager à ne
pas retourner à Rome. _Laurenzino_, dit Benvenuto, s'y employa
très-froidement, en regardant le duc de mauvais oeil. Lorsque j'eus
fini mon modèle, je l'enfermai dans une petite boîte, et je dis au
duc: Que Votre Excellence soit tranquille, je lui ferai une médaille
plus belle que celle du pape Clément, parce que la sienne était la
première que j'eusse faite; et Mgr Laurent, qui a de l'esprit et de la
science, me donnera l'idée d'un revers qui soit digne de vous. Le duc
sourit, et ayant regardé Laurent: Vous lui donnerez un revers, lui
dit-il, et il ne partira point. Celui ci répondit sur-le-champ: Je
vous en donnerai un[14] qui surprendra tout le monde. Le duc, qui le
tenait tantôt pour un fou et tantôt pour un poltron, se mit à rire, et
s'enfonça dans son lit. Ayant ensuite appris que j'étais parti malgré
lui, il m'envoya cinquante ducats d'or à Sienne, où m'atteignit un de
ses serviteurs, qui me dit, de la part de Laurent, qu'il me préparait
un _beau revers_ pour mon retour.
[Note 14: C'est qu'il avait envie de le tuer, comme il fit en effet.]
Quelques jours après son retour à Rome, arriva la nouvelle de
l'assassinat mystérieux du duc _Alexandre_ par _Laurenzino_. Benvenuto
fut consterné et comprit alors le sens du mot infâme des REVERS de la
médaille. Les fugitifs de Florence, ennemis des Médicis, le raillèrent
sur son amour pour eux et crurent au retour de la république. Mais le
courrier suivant leur apprit la nomination de Jean de Médicis à la
place de son frère. Il triompha et se réjouit d'avoir mieux connu la
versatilité des Toscans.