Dans son retour à Rome, Benvenuto eut une aventure.
Il devint éperdument épris de la fille d'une courtisane sicilienne. En
apprenant le départ de cette fille pour son pays, il s'échappa comme
un insensé de Rome pour la poursuivre. Arrivé à quelque distance de
Naples, il la retrouve dans une hôtellerie et la perd de nouveau.
C'est tout à fait une aventure d'Arioste, et qui, comme celle de ce
poëte, n'a pas de suite dans la vie de ce héros. Mais cet amour de
rencontre est agréablement raconté.
«En quittant Naples, je cachai mon argent sur mon dos, à cause des
voleurs, qui ne sont point rares dans ce pays. À la _Selciata_, je me
défendis contre eux avec beaucoup de courage, et je m'en débarrassai.
Quelques jours après, ayant laissé _Solosmeo_ au _mont Cassin_,
j'allai dîner à l'hôtellerie des _Adannani_. Près de là, je voulus
tirer quelques oiseaux avec mon arquebuse; un petit fer qui s'y
trouvait me déchira la main droite; et, sans ressentir beaucoup de
mal, ma main versait beaucoup de sang.
Étant entré dans l'hôtellerie, je montai dans une chambre où se
trouvaient à table plusieurs gentilshommes, et une dame de la plus
rare beauté. Derrière moi était un jeune domestique que j'avais, qui
me suivait avec une pertuisane au bras. Cette arme, le sang que je
versais, et notre accoutrement, leur firent une peur effroyable,
d'autant plus que ce lieu était un nid à voleurs. Ils se levèrent de
table, et me prièrent de leur prêter secours; mais je leur dis en
riant qu'ils n'avaient rien à craindre, et que j'étais homme à pouvoir
les défendre; que je leur demandais seulement leurs bons offices pour
bander ma blessure. Cette belle dame m'offrit aussitôt son mouchoir
brodé d'or; et, comme je le refusais, elle le déchira par le milieu,
et voulut elle-même m'en envelopper la main. Nous dinâmes ensuite fort
tranquillement. Après le dîner, nous montâmes à cheval, et nous
voyageâmes de compagnie. La peur n'était pas encore passée; et ces
messieurs, qui restaient en arrière, me prièrent de marcher à côté de
leur dame. Je fis signe alors à mon valet de s'éloigner un peu de
nous, et nous eûmes le temps et la facilité de nous dire de ces
douceurs qu'on ne trouve point chez le marchand. C'est ainsi que je
fis le voyage le plus agréable de ma vie.»
Avant d'aller en prison, il eut un différend, pour une bagatelle, avec
un gentilhomme du cardinal _Santa-Fiore_, et il voulut lui faire
mettre les armes à la main. Celui-ci s'en plaignit au cardinal, qui
lui répondit que, si _Benvenuto_ le touchait, il lui ferait passer sa
folie avec sa tête. Si l'on en croit le rapport que _Pier Luigi_ fit
au pape, _Benvenuto_, instruit de cette menace, tenait toujours son
arquebuse prête pour tuer le cardinal, dont le palais était vis-à-vis
de sa boutique. Un jour, le prélat étant à sa fenêtre, _Benvenuto_
allait tirer sur lui, s'il ne s'était retiré; mais, ayant manqué son
coup, il tira sur un pigeon qui couvait au haut du palais, et lui
enleva la tête, chose difficile à croire; car il ne voyait que cela du
corps de l'oiseau. «À présent, ajouta _Pier Luigi_, j'ai dit à Votre
Sainteté ce que je voulais lui dire. Il pourrait bien, croyant avoir
été injustement incarcéré, mettre aussi en danger les jours de Votre
Sainteté. C'est un homme violent, emporté: lorsqu'il tua _Pompeio_, il
lui porta deux coups de poignard, au milieu des dix soldats qui le
gardaient, et se sauva, au grand mécontentement de tous les gens de
bien.» Le gentilhomme appartenant au cardinal _Santa-Fiore_ était
présent quand _Pier Luigi_ parla ainsi au pape, et lui confirma tout
ce que son fils venait de lui dire. Le pape, gonflé de colère, ne
prononça aucune parole.
«Il faut que je m'explique, dit _Benvenuto_, sur cette calomnie de M.
_Pier Luigi_. Ce gentilhomme du cardinal _Santa Fiore_ vint un jour à
ma boutique, et m'apporta un petit anneau d'or couvert de vif-argent,
en me disant de le lui nettoyer. Moi, qui avais des ouvrages plus
importants, et qui me vis commander si grossièrement par un homme que
je n'avais ni vu ni connu de ma vie, je lui répondis que je n'en avais
pas le temps; qu'il s'adressât à un autre. Il me dit alors que j'étais
un _âne_. Non, lui repartis-je, je ne suis pas un âne, et je vaux
mieux que vous. Ne m'ennuyez pas davantage; car je vous donnerais des
coups de pied plus forts que ceux d'un âne! Il alla rapporter au
cardinal, en l'envenimant, ce que je lui avais dit. Deux jours après,
je tirai, sur le haut du palais _Santa-Fiore_, un pigeon qui couvait
dans un trou, et qui avait été manqué plusieurs fois par l'orfévre
_Tacca_, qui était mon rival au tir de l'arquebuse. Quelques amis qui
étaient dans ma boutique dirent: Voyez ce pauvre animal, il a peur, et
à peine ose-t-il montrer sa tête!--Il a beau se cacher, répondis-je;
si je prenais mon arquebuse, je ne le manquerais pas. Ils me
défièrent. Je pariai une bouteille de vin grec de lui faire sauter la
tête, qui était la seule chose que je visse de ce pauvre oiseau; et,
le pari accepté, je pris mon merveilleux brocard (c'est ainsi que
j'appelais mon arquebuse), et je gagnai la bouteille de vin grec, ne
pensant ni à ce cardinal, ni à nul autre; car ce cardinal était un de
mes protecteurs. Que l'on juge, d'après cela, des moyens que prend la
fortune lorsqu'elle veut perdre un homme!
Le pape, de mauvaise humeur contre moi, pensait à ce que son fils lui
avait dit. Deux jours après, le cardinal _Cornaro_ vint lui demander
un évêché pour un de ses affidés gentilshommes, appelé _Andrea
Centano_, que le pape lui avait promis, lorsqu'il vaquerait. Le pape
ne s'en défendit pas; mais il voulut que le cardinal lui livrât ma
personne, en retour de cette grâce.--Mais si Votre Sainteté lui a
pardonné, que dira-t-on d'elle et de moi dans le monde? lui répondit
celui-ci.--On en dira ce qu'on voudra, dit le pape: si vous voulez
l'évêché, il faut me donner _Benvenuto_. Alors le bon cardinal lui
répondit: Donnez-moi l'évêché, et que Votre Sainteté fasse ce qu'elle
croira convenable. Le pape, que cet odieux marché faisait rougir en
lui-même, ajouta: J'enverrai, pour ma propre satisfaction, _Benvenuto_
dans les chambres basses, où il pourra se faire guérir et recevoir
tous ses amis; et, de plus, je payerai toute sa dépense. Le cardinal
me fit redire toute cette conversation par M. _Andrea_, qui avait
obtenu son évêché; mais je le suppliai de me laisser faire; que je
m'envelopperais dans un matelas pour sortir de Rome; et que me donner
au pape c'était me donner la mort. Le cardinal y consentit; mais M.
_Andrea_, qui voulait son évêché, alla tout découvrir au pape, qui
m'envoya saisir sur-le-champ, et me fit mettre dans une prison
séparée. Le cardinal m'avertit de ne rien manger de ce que le pape
m'enverrait; qu'il se chargeait lui-même de me nourrir; et il
s'excusait envers moi sur ce qu'il avait été obligé de faire, mais
qu'il allait tout employer pour me rendre la liberté.
Mes amis continuaient leurs visites et leurs offres de services.
Parmi eux, il y avait un jeune Grec d'environ vingt-cinq ans, qui
était une des meilleures épées de Rome; bon, fidèle dans son amitié,
mais faible et crédule. Me défiant des intentions du pape, je dis un
jour à cet ami: Ils veulent m'assassiner; il est temps de me prêter
ton secours. Ces soins qu'ils prennent de pourvoir à toutes mes
dépenses me confirment dans l'idée que j'ai qu'ils veulent me
trahir.--Mon cher _Benvenuto_, me dit-il, on dit dans Rome que le pape
te donne un emploi de cinq cents écus de rente; ainsi, je te prie de
ne pas l'irriter par tes soupçons.--Je sais bien, lui répondis-je,
qu'il pourrait me faire du bien, s'il le voulait; mais il croit son
honneur intéressé à me perdre: c'est pourquoi je te supplie à mains
jointes de me tirer d'ici; je te devrai la vie, et je te la
sacrifierai, si tu en as besoin.
Le pauvre jeune homme me répondait tout en pleurs: Mon cher
_Benvenuto_, tu veux courir à ta perte: mais, quoique je t'obéisse
malgré moi, dis-moi ce que tu veux que je fasse. Alors je lui
prescrivis la manière dont il devait s'y prendre, qui ne pouvait
manquer de réussir; et au moment où je l'attendais il vint me dire
que, pour mon avantage, il voulait me désobéir; qu'il savait de bonne
part, et par des personnes qui étaient auprès du pape, qu'il n'avait
que de bonnes intentions pour moi; ce qui m'affligea beaucoup. C'était
le jour de la Fête-Dieu que cela se passait. Le cardinal _Cornaro_
m'envoya une quantité de vivres, avec lesquels je me régalai avec mes
amis; ensuite, la nuit étant venue, nous allâmes nous coucher. Deux de
mes gens restaient dans mon antichambre, et mon chien sous mon lit;
car il ne me quittait point. Je les appelai plusieurs fois pour le
faire sortir, parce qu'il ronflait tellement qu'il interrompait mon
sommeil; mais il se jetait sur eux pour les mordre, et les effrayait
par ses hurlements. À quatre heures précises, le barrigel avec ses
sbires entra dans ma chambre. Mon chien s'élança sur eux, leur déchira
leurs habits, et leur fit tant de peur qu'ils le crurent enragé. Le
barrigel, qui s'y entendait, dit alors: C'est la nature des bons
chiens de deviner les malheurs de leur maître: prenez des bâtons pour
l'écarter, et vous, attachez _Benvenuto_ sur ce fauteuil, et portez-le
où vous savez.
Ils obéirent, et me transportèrent ainsi à la tour de _Nona_, me
couchèrent sur un mauvais matelas, et laissèrent un garde auprès de
moi, qui me disait sans cesse: Hélas! pauvre _Benvenuto_, que leur
avez-vous fait?
Le lieu où j'étais, et les paroles de cet homme, m'annonçaient assez
ce qui devait m'arriver. Je réfléchis toute la nuit sur ce que je
pouvais avoir fait qui m'attirât un si rude châtiment, et je n'en
trouvai point le motif. Mon garde me consolait et cherchait à me
donner du courage; mais je le priai de me laisser tranquille, parce
que je savais mieux que lui ce que je devais faire. Alors je me remis
tout entier entre les mains de Dieu, et je le priai de venir à mon
secours. Je sais, disais-je, que j'ai commis des homicides; mais je ne
l'ai fait que pour défendre cette vie que vous m'avez donnée en garde;
et d'ailleurs ils m'ont été pardonnés: dans ce moment-ci, je suis
innocent, selon toutes les lois humaines, et je suis comme un homme
qui, passant dans la rue, reçoit une grosse pierre qui lui tombe sur
la tête.
Je pensais ensuite à la puissance des étoiles, non qu'elles puissent
nous faire du mal ni du bien par elles-mêmes, mais par le hasard de
leurs conjonctions auxquelles nous sommes exposés. D'après ma foi et
mon innocence, disais-je, les anges devraient me délivrer de cette
prison; mais je ne suis pas digne d'un tel bienfait, et ils me
laisseront soumis à toute la malignité de mon étoile.
C'était au milieu de ces tristes pensées que le sommeil vint un moment
s'emparer de moi. Je fus réveillé par mon garde au point du jour.
Malheureux brave homme! me dit-il, il n'est plus temps de dormir; on
vient vous apporter une mauvaise nouvelle.--Le plus tôt sera le
meilleur, lui répondis-je, persuadé que mon âme sera sauvée en faveur
de mon innocence. Jésus-Christ n'abandonne jamais ceux qui le servent,
et je lui en rends grâces. Pourquoi ne vient-on pas me lire ma
sentence?--Celui qui en est chargé en est aussi affligé que vous, me
répondit le garde. Alors je l'appelai par son nom, parce que je le
connaissais. Venez, lui dis-je, monsieur _Benedetto de Cagli_, venez,
je suis tout résolu: il vaut mieux mourir innocent que coupable.
Envoyez-moi seulement un prêtre auquel je puisse me confesser, quoique
je l'aie déjà fait devant Dieu, mais pour me soumettre aux lois de
l'Église, à laquelle je pardonne, malgré tout le mal qu'elle me fait.
Lisez-moi ma sentence, expédiez-moi promptement, de peur que mes
saintes résolutions ne m'abandonnent. Cet honnête homme, à ces mots,
ordonna que l'on refermât ma prison, parce que l'on ne pouvait rien
faire sans lui; et il partit sur-le-champ pour aller chez la duchesse,
femme de _Pier Luigi_, qui se trouvait en ce moment avec l'autre
duchesse, femme d'Octavio, et lui parla ainsi: Madame, je vous prie,
au nom de Dieu, de dire au pape d'envoyer un autre que moi lire à
_Benvenuto_ sa sentence, parce qu'il m'est impossible de le faire; et
il la quitta aussitôt, le coeur rempli de douleur. L'autre duchesse
s'écria à ces mots: C'est donc ainsi qu'on rend la justice à Rome, au
nom du vicaire de Jésus-Christ! Mon premier mari, qui aimait beaucoup
_Benvenuto_, à cause de ses talents et de ses bonnes qualités, avait
raison de vouloir le retenir à Florence, et de l'empêcher de revenir à
Rome; et elle s'en alla en murmurant des paroles fort aigres.
La femme de _Pier Luigi_ alla soudain trouver le pape, et, se jetant à
ses pieds en présence de plusieurs cardinaux, lui dit tant de choses
qu'elle le fit rougir, et lui arracha ces paroles:--Je lui fais grâce
pour l'amour de vous, et d'autant plus que je ne lui en veux point.
Il parla ainsi, parce qu'il était devant ces cardinaux qui avaient
entendu les paroles hardies de cette dame généreuse. En attendant,
j'étais dans des transes cruelles, qui étaient redoublées par la
présence de ceux qui devaient m'exécuter; mais l'heure du dîner étant
venue, et voyant les provisions qu'on m'envoyait, je m'écriai, plein
de surprise: La vérité a donc vaincu ma mauvaise étoile! Je prie Dieu
qu'il m'arrache bientôt de ce lieu-ci. Je commençai à manger d'assez
bon appétit, car l'espérance fit cesser toutes mes craintes; et je
restai dans cet état jusqu'à une heure de la nuit, que le barrigel
revint avec ses gens, et, avec des paroles plus douces, me fit
reporter avec beaucoup de ménagement, à cause de ma jambe, au lieu où
ils m'avaient pris.
Le châtelain vint bientôt m'y trouver en s'y faisant porter, parce
qu'il était malade. Voilà, dit-il, celui qui t'a repris!--Voilà, lui
répondis-je, celui qui vous a échappé, et que vous n'auriez pas, s'il
n'avait été vendu pour un évêché, au mépris des lois les plus sacrées!
Mais, puisque c'est l'usage de cette cour, faites ce que vous voudrez,
et pis encore, tout m'est indifférent dans ce monde. Ce pauvre homme,
à ces paroles, s'écria: Hélas! il ne se soucie ni de vivre ni de
mourir, et il est plus hardi que lorsqu'il n'était point malade. Qu'on
le porte sous le jardin, et qu'on ne me parle plus de lui, car il
serait cause de ma mort. On me transporta donc sous le jardin, dans
une chambre très-obscure et très-humide, pleine de vermine et de
tarentules. On me jeta une mauvaise paillasse, et je fus enfermé, sans
souper, sous quatre guichets. À dix heures du matin seulement, on
m'apporta quelque chose à manger. Je demandai quelques-uns de mes
livres; on me donna la Bible vulgaire et la Chronique de _Villani_.
J'eus beau en demander quelques autres, on me répondit que j'en avais
trop de ceux-là.
C'est dans cette situation que je passais ma vie, couché sur une
triste paillasse tout humide, sans pouvoir me remuer, à cause de ma
jambe rompue, et obligé de ramper au milieu des ordures pour aller
faire mes besoins au dehors, afin de ne pas augmenter l'air infect de
ma chambre. Je ne pouvais lire qu'une heure et demie par jour, parce
qu'il n'entrait qu'en ce seul moment dans cette caverne affreuse, et
le reste du temps, je le donnais à Dieu et à mes réflexions sur les
fragilités de cette vie, que j'espérais bientôt quitter. Cependant
quelquefois je reprenais mon courage, et je me consolais en me voyant
moins exposé dans cette prison que dans le monde, à me livrer à mon
caractère emporté et au poignard de mes ennemis jaloux. Un sommeil
plus doux s'emparait de moi, et peu à peu je sentis ma santé se
rétablir, l'ayant accoutumée à ce purgatoire.
Je lisais tous les jours la Bible, et j'y prenais tant de plaisir, que
je n'aurais fait autre chose, si je l'avais pu. J'étais si désespéré,
lorsque l'obscurité venait interrompre mes lectures, que je me serais
tué si j'avais eu des armes. Un jour, je me décidai à le faire, et je
suspendis avec beaucoup d'efforts, au-dessus de ma tête, un énorme
morceau de bois qui l'aurait écrasée; mais, comme je voulus le faire
tomber avec la main, je fus arrêté, et jeté à quatre pas de là d'une
manière invisible. J'en demeurai tout étourdi et à demi mort, jusqu'au
moment où l'on vint m'apporter mon dîner. J'entendis le capitaine
_Monaldi_ qui disait: Malheureux homme! quelle fin ont eue ses talents
admirables! Ces paroles me réveillèrent, et je le vis avec un prêtre à
côté de lui, qui s'écria: Vous disiez qu'il était mort! Le geôlier
répondit: Je l'ai dit, parce que je l'avais cru. Aussitôt ils me
levèrent de dessus mon matelas tout trempé et pourri, qu'ils jetèrent
dehors pour m'en donner un autre de la part du châtelain, auquel ils
allèrent tout rapporter.
Je fis ensuite réflexion sur la cause qui m'avait empêché de me donner
la mort, et je la jugeai toute divine. Pendant la nuit, m'apparut en
songe un jeune homme d'une beauté merveilleuse, qui me dit, en ayant
l'air de me gronder: Tu sais qui t'a donné la vie, et tu veux la
quitter avant le temps. Il me semble que je lui répondis que je
reconnaissais tous les bienfaits de Dieu. Pourquoi donc, reprit-il,
veux-tu les détruire? Laisse-toi conduire, et ne perds pas l'espérance
en sa divine bonté. Je vis alors que cet ange m'avait dit la vérité;
et ayant jeté les yeux sur des morceaux de brique que j'aiguisai en
les frottant l'un contre l'autre, et avec un peu de rouille que je
tirai des ferrures de ma porte avec les dents, et dont je fis une
espèce d'encre, j'écrivis sur le bord d'une des pages de ma Bible, au
moment où la lumière m'apparut, le dialogue suivant entre mon corps et
mon âme: