X.

Dans son retour à Rome, Benvenuto eut une aventure.

Il devint éperdument épris de la fille d'une courtisane sicilienne. En

apprenant le départ de cette fille pour son pays, il s'échappa comme

un insensé de Rome pour la poursuivre. Arrivé à quelque distance de

Naples, il la retrouve dans une hôtellerie et la perd de nouveau.

C'est tout à fait une aventure d'Arioste, et qui, comme celle de ce

poëte, n'a pas de suite dans la vie de ce héros. Mais cet amour de

rencontre est agréablement raconté.

«En quittant Naples, je cachai mon argent sur mon dos, à cause des

voleurs, qui ne sont point rares dans ce pays. À la _Selciata_, je me

défendis contre eux avec beaucoup de courage, et je m'en débarrassai.

Quelques jours après, ayant laissé _Solosmeo_ au _mont Cassin_,

j'allai dîner à l'hôtellerie des _Adannani_. Près de là, je voulus

tirer quelques oiseaux avec mon arquebuse; un petit fer qui s'y

trouvait me déchira la main droite; et, sans ressentir beaucoup de

mal, ma main versait beaucoup de sang.

Étant entré dans l'hôtellerie, je montai dans une chambre où se

trouvaient à table plusieurs gentilshommes, et une dame de la plus

rare beauté. Derrière moi était un jeune domestique que j'avais, qui

me suivait avec une pertuisane au bras. Cette arme, le sang que je

versais, et notre accoutrement, leur firent une peur effroyable,

d'autant plus que ce lieu était un nid à voleurs. Ils se levèrent de

table, et me prièrent de leur prêter secours; mais je leur dis en

riant qu'ils n'avaient rien à craindre, et que j'étais homme à pouvoir

les défendre; que je leur demandais seulement leurs bons offices pour

bander ma blessure. Cette belle dame m'offrit aussitôt son mouchoir

brodé d'or; et, comme je le refusais, elle le déchira par le milieu,

et voulut elle-même m'en envelopper la main. Nous dinâmes ensuite fort

tranquillement. Après le dîner, nous montâmes à cheval, et nous

voyageâmes de compagnie. La peur n'était pas encore passée; et ces

messieurs, qui restaient en arrière, me prièrent de marcher à côté de

leur dame. Je fis signe alors à mon valet de s'éloigner un peu de

nous, et nous eûmes le temps et la facilité de nous dire de ces

douceurs qu'on ne trouve point chez le marchand. C'est ainsi que je

fis le voyage le plus agréable de ma vie.»

Avant d'aller en prison, il eut un différend, pour une bagatelle, avec

un gentilhomme du cardinal _Santa-Fiore_, et il voulut lui faire

mettre les armes à la main. Celui-ci s'en plaignit au cardinal, qui

lui répondit que, si _Benvenuto_ le touchait, il lui ferait passer sa

folie avec sa tête. Si l'on en croit le rapport que _Pier Luigi_ fit

au pape, _Benvenuto_, instruit de cette menace, tenait toujours son

arquebuse prête pour tuer le cardinal, dont le palais était vis-à-vis

de sa boutique. Un jour, le prélat étant à sa fenêtre, _Benvenuto_

allait tirer sur lui, s'il ne s'était retiré; mais, ayant manqué son

coup, il tira sur un pigeon qui couvait au haut du palais, et lui

enleva la tête, chose difficile à croire; car il ne voyait que cela du

corps de l'oiseau. «À présent, ajouta _Pier Luigi_, j'ai dit à Votre

Sainteté ce que je voulais lui dire. Il pourrait bien, croyant avoir

été injustement incarcéré, mettre aussi en danger les jours de Votre

Sainteté. C'est un homme violent, emporté: lorsqu'il tua _Pompeio_, il

lui porta deux coups de poignard, au milieu des dix soldats qui le

gardaient, et se sauva, au grand mécontentement de tous les gens de

bien.» Le gentilhomme appartenant au cardinal _Santa-Fiore_ était

présent quand _Pier Luigi_ parla ainsi au pape, et lui confirma tout

ce que son fils venait de lui dire. Le pape, gonflé de colère, ne

prononça aucune parole.

«Il faut que je m'explique, dit _Benvenuto_, sur cette calomnie de M.

_Pier Luigi_. Ce gentilhomme du cardinal _Santa Fiore_ vint un jour à

ma boutique, et m'apporta un petit anneau d'or couvert de vif-argent,

en me disant de le lui nettoyer. Moi, qui avais des ouvrages plus

importants, et qui me vis commander si grossièrement par un homme que

je n'avais ni vu ni connu de ma vie, je lui répondis que je n'en avais

pas le temps; qu'il s'adressât à un autre. Il me dit alors que j'étais

un _âne_. Non, lui repartis-je, je ne suis pas un âne, et je vaux

mieux que vous. Ne m'ennuyez pas davantage; car je vous donnerais des

coups de pied plus forts que ceux d'un âne! Il alla rapporter au

cardinal, en l'envenimant, ce que je lui avais dit. Deux jours après,

je tirai, sur le haut du palais _Santa-Fiore_, un pigeon qui couvait

dans un trou, et qui avait été manqué plusieurs fois par l'orfévre

_Tacca_, qui était mon rival au tir de l'arquebuse. Quelques amis qui

étaient dans ma boutique dirent: Voyez ce pauvre animal, il a peur, et

à peine ose-t-il montrer sa tête!--Il a beau se cacher, répondis-je;

si je prenais mon arquebuse, je ne le manquerais pas. Ils me

défièrent. Je pariai une bouteille de vin grec de lui faire sauter la

tête, qui était la seule chose que je visse de ce pauvre oiseau; et,

le pari accepté, je pris mon merveilleux brocard (c'est ainsi que

j'appelais mon arquebuse), et je gagnai la bouteille de vin grec, ne

pensant ni à ce cardinal, ni à nul autre; car ce cardinal était un de

mes protecteurs. Que l'on juge, d'après cela, des moyens que prend la

fortune lorsqu'elle veut perdre un homme!

Le pape, de mauvaise humeur contre moi, pensait à ce que son fils lui

avait dit. Deux jours après, le cardinal _Cornaro_ vint lui demander

un évêché pour un de ses affidés gentilshommes, appelé _Andrea

Centano_, que le pape lui avait promis, lorsqu'il vaquerait. Le pape

ne s'en défendit pas; mais il voulut que le cardinal lui livrât ma

personne, en retour de cette grâce.--Mais si Votre Sainteté lui a

pardonné, que dira-t-on d'elle et de moi dans le monde? lui répondit

celui-ci.--On en dira ce qu'on voudra, dit le pape: si vous voulez

l'évêché, il faut me donner _Benvenuto_. Alors le bon cardinal lui

répondit: Donnez-moi l'évêché, et que Votre Sainteté fasse ce qu'elle

croira convenable. Le pape, que cet odieux marché faisait rougir en

lui-même, ajouta: J'enverrai, pour ma propre satisfaction, _Benvenuto_

dans les chambres basses, où il pourra se faire guérir et recevoir

tous ses amis; et, de plus, je payerai toute sa dépense. Le cardinal

me fit redire toute cette conversation par M. _Andrea_, qui avait

obtenu son évêché; mais je le suppliai de me laisser faire; que je

m'envelopperais dans un matelas pour sortir de Rome; et que me donner

au pape c'était me donner la mort. Le cardinal y consentit; mais M.

_Andrea_, qui voulait son évêché, alla tout découvrir au pape, qui

m'envoya saisir sur-le-champ, et me fit mettre dans une prison

séparée. Le cardinal m'avertit de ne rien manger de ce que le pape

m'enverrait; qu'il se chargeait lui-même de me nourrir; et il

s'excusait envers moi sur ce qu'il avait été obligé de faire, mais

qu'il allait tout employer pour me rendre la liberté.

Mes amis continuaient leurs visites et leurs offres de services.

Parmi eux, il y avait un jeune Grec d'environ vingt-cinq ans, qui

était une des meilleures épées de Rome; bon, fidèle dans son amitié,

mais faible et crédule. Me défiant des intentions du pape, je dis un

jour à cet ami: Ils veulent m'assassiner; il est temps de me prêter

ton secours. Ces soins qu'ils prennent de pourvoir à toutes mes

dépenses me confirment dans l'idée que j'ai qu'ils veulent me

trahir.--Mon cher _Benvenuto_, me dit-il, on dit dans Rome que le pape

te donne un emploi de cinq cents écus de rente; ainsi, je te prie de

ne pas l'irriter par tes soupçons.--Je sais bien, lui répondis-je,

qu'il pourrait me faire du bien, s'il le voulait; mais il croit son

honneur intéressé à me perdre: c'est pourquoi je te supplie à mains

jointes de me tirer d'ici; je te devrai la vie, et je te la

sacrifierai, si tu en as besoin.

Le pauvre jeune homme me répondait tout en pleurs: Mon cher

_Benvenuto_, tu veux courir à ta perte: mais, quoique je t'obéisse

malgré moi, dis-moi ce que tu veux que je fasse. Alors je lui

prescrivis la manière dont il devait s'y prendre, qui ne pouvait

manquer de réussir; et au moment où je l'attendais il vint me dire

que, pour mon avantage, il voulait me désobéir; qu'il savait de bonne

part, et par des personnes qui étaient auprès du pape, qu'il n'avait

que de bonnes intentions pour moi; ce qui m'affligea beaucoup. C'était

le jour de la Fête-Dieu que cela se passait. Le cardinal _Cornaro_

m'envoya une quantité de vivres, avec lesquels je me régalai avec mes

amis; ensuite, la nuit étant venue, nous allâmes nous coucher. Deux de

mes gens restaient dans mon antichambre, et mon chien sous mon lit;

car il ne me quittait point. Je les appelai plusieurs fois pour le

faire sortir, parce qu'il ronflait tellement qu'il interrompait mon

sommeil; mais il se jetait sur eux pour les mordre, et les effrayait

par ses hurlements. À quatre heures précises, le barrigel avec ses

sbires entra dans ma chambre. Mon chien s'élança sur eux, leur déchira

leurs habits, et leur fit tant de peur qu'ils le crurent enragé. Le

barrigel, qui s'y entendait, dit alors: C'est la nature des bons

chiens de deviner les malheurs de leur maître: prenez des bâtons pour

l'écarter, et vous, attachez _Benvenuto_ sur ce fauteuil, et portez-le

où vous savez.

Ils obéirent, et me transportèrent ainsi à la tour de _Nona_, me

couchèrent sur un mauvais matelas, et laissèrent un garde auprès de

moi, qui me disait sans cesse: Hélas! pauvre _Benvenuto_, que leur

avez-vous fait?

Le lieu où j'étais, et les paroles de cet homme, m'annonçaient assez

ce qui devait m'arriver. Je réfléchis toute la nuit sur ce que je

pouvais avoir fait qui m'attirât un si rude châtiment, et je n'en

trouvai point le motif. Mon garde me consolait et cherchait à me

donner du courage; mais je le priai de me laisser tranquille, parce

que je savais mieux que lui ce que je devais faire. Alors je me remis

tout entier entre les mains de Dieu, et je le priai de venir à mon

secours. Je sais, disais-je, que j'ai commis des homicides; mais je ne

l'ai fait que pour défendre cette vie que vous m'avez donnée en garde;

et d'ailleurs ils m'ont été pardonnés: dans ce moment-ci, je suis

innocent, selon toutes les lois humaines, et je suis comme un homme

qui, passant dans la rue, reçoit une grosse pierre qui lui tombe sur

la tête.

Je pensais ensuite à la puissance des étoiles, non qu'elles puissent

nous faire du mal ni du bien par elles-mêmes, mais par le hasard de

leurs conjonctions auxquelles nous sommes exposés. D'après ma foi et

mon innocence, disais-je, les anges devraient me délivrer de cette

prison; mais je ne suis pas digne d'un tel bienfait, et ils me

laisseront soumis à toute la malignité de mon étoile.

C'était au milieu de ces tristes pensées que le sommeil vint un moment

s'emparer de moi. Je fus réveillé par mon garde au point du jour.

Malheureux brave homme! me dit-il, il n'est plus temps de dormir; on

vient vous apporter une mauvaise nouvelle.--Le plus tôt sera le

meilleur, lui répondis-je, persuadé que mon âme sera sauvée en faveur

de mon innocence. Jésus-Christ n'abandonne jamais ceux qui le servent,

et je lui en rends grâces. Pourquoi ne vient-on pas me lire ma

sentence?--Celui qui en est chargé en est aussi affligé que vous, me

répondit le garde. Alors je l'appelai par son nom, parce que je le

connaissais. Venez, lui dis-je, monsieur _Benedetto de Cagli_, venez,

je suis tout résolu: il vaut mieux mourir innocent que coupable.

Envoyez-moi seulement un prêtre auquel je puisse me confesser, quoique

je l'aie déjà fait devant Dieu, mais pour me soumettre aux lois de

l'Église, à laquelle je pardonne, malgré tout le mal qu'elle me fait.

Lisez-moi ma sentence, expédiez-moi promptement, de peur que mes

saintes résolutions ne m'abandonnent. Cet honnête homme, à ces mots,

ordonna que l'on refermât ma prison, parce que l'on ne pouvait rien

faire sans lui; et il partit sur-le-champ pour aller chez la duchesse,

femme de _Pier Luigi_, qui se trouvait en ce moment avec l'autre

duchesse, femme d'Octavio, et lui parla ainsi: Madame, je vous prie,

au nom de Dieu, de dire au pape d'envoyer un autre que moi lire à

_Benvenuto_ sa sentence, parce qu'il m'est impossible de le faire; et

il la quitta aussitôt, le coeur rempli de douleur. L'autre duchesse

s'écria à ces mots: C'est donc ainsi qu'on rend la justice à Rome, au

nom du vicaire de Jésus-Christ! Mon premier mari, qui aimait beaucoup

_Benvenuto_, à cause de ses talents et de ses bonnes qualités, avait

raison de vouloir le retenir à Florence, et de l'empêcher de revenir à

Rome; et elle s'en alla en murmurant des paroles fort aigres.

La femme de _Pier Luigi_ alla soudain trouver le pape, et, se jetant à

ses pieds en présence de plusieurs cardinaux, lui dit tant de choses

qu'elle le fit rougir, et lui arracha ces paroles:--Je lui fais grâce

pour l'amour de vous, et d'autant plus que je ne lui en veux point.

Il parla ainsi, parce qu'il était devant ces cardinaux qui avaient

entendu les paroles hardies de cette dame généreuse. En attendant,

j'étais dans des transes cruelles, qui étaient redoublées par la

présence de ceux qui devaient m'exécuter; mais l'heure du dîner étant

venue, et voyant les provisions qu'on m'envoyait, je m'écriai, plein

de surprise: La vérité a donc vaincu ma mauvaise étoile! Je prie Dieu

qu'il m'arrache bientôt de ce lieu-ci. Je commençai à manger d'assez

bon appétit, car l'espérance fit cesser toutes mes craintes; et je

restai dans cet état jusqu'à une heure de la nuit, que le barrigel

revint avec ses gens, et, avec des paroles plus douces, me fit

reporter avec beaucoup de ménagement, à cause de ma jambe, au lieu où

ils m'avaient pris.

Le châtelain vint bientôt m'y trouver en s'y faisant porter, parce

qu'il était malade. Voilà, dit-il, celui qui t'a repris!--Voilà, lui

répondis-je, celui qui vous a échappé, et que vous n'auriez pas, s'il

n'avait été vendu pour un évêché, au mépris des lois les plus sacrées!

Mais, puisque c'est l'usage de cette cour, faites ce que vous voudrez,

et pis encore, tout m'est indifférent dans ce monde. Ce pauvre homme,

à ces paroles, s'écria: Hélas! il ne se soucie ni de vivre ni de

mourir, et il est plus hardi que lorsqu'il n'était point malade. Qu'on

le porte sous le jardin, et qu'on ne me parle plus de lui, car il

serait cause de ma mort. On me transporta donc sous le jardin, dans

une chambre très-obscure et très-humide, pleine de vermine et de

tarentules. On me jeta une mauvaise paillasse, et je fus enfermé, sans

souper, sous quatre guichets. À dix heures du matin seulement, on

m'apporta quelque chose à manger. Je demandai quelques-uns de mes

livres; on me donna la Bible vulgaire et la Chronique de _Villani_.

J'eus beau en demander quelques autres, on me répondit que j'en avais

trop de ceux-là.

C'est dans cette situation que je passais ma vie, couché sur une

triste paillasse tout humide, sans pouvoir me remuer, à cause de ma

jambe rompue, et obligé de ramper au milieu des ordures pour aller

faire mes besoins au dehors, afin de ne pas augmenter l'air infect de

ma chambre. Je ne pouvais lire qu'une heure et demie par jour, parce

qu'il n'entrait qu'en ce seul moment dans cette caverne affreuse, et

le reste du temps, je le donnais à Dieu et à mes réflexions sur les

fragilités de cette vie, que j'espérais bientôt quitter. Cependant

quelquefois je reprenais mon courage, et je me consolais en me voyant

moins exposé dans cette prison que dans le monde, à me livrer à mon

caractère emporté et au poignard de mes ennemis jaloux. Un sommeil

plus doux s'emparait de moi, et peu à peu je sentis ma santé se

rétablir, l'ayant accoutumée à ce purgatoire.

Je lisais tous les jours la Bible, et j'y prenais tant de plaisir, que

je n'aurais fait autre chose, si je l'avais pu. J'étais si désespéré,

lorsque l'obscurité venait interrompre mes lectures, que je me serais

tué si j'avais eu des armes. Un jour, je me décidai à le faire, et je

suspendis avec beaucoup d'efforts, au-dessus de ma tête, un énorme

morceau de bois qui l'aurait écrasée; mais, comme je voulus le faire

tomber avec la main, je fus arrêté, et jeté à quatre pas de là d'une

manière invisible. J'en demeurai tout étourdi et à demi mort, jusqu'au

moment où l'on vint m'apporter mon dîner. J'entendis le capitaine

_Monaldi_ qui disait: Malheureux homme! quelle fin ont eue ses talents

admirables! Ces paroles me réveillèrent, et je le vis avec un prêtre à

côté de lui, qui s'écria: Vous disiez qu'il était mort! Le geôlier

répondit: Je l'ai dit, parce que je l'avais cru. Aussitôt ils me

levèrent de dessus mon matelas tout trempé et pourri, qu'ils jetèrent

dehors pour m'en donner un autre de la part du châtelain, auquel ils

allèrent tout rapporter.

Je fis ensuite réflexion sur la cause qui m'avait empêché de me donner

la mort, et je la jugeai toute divine. Pendant la nuit, m'apparut en

songe un jeune homme d'une beauté merveilleuse, qui me dit, en ayant

l'air de me gronder: Tu sais qui t'a donné la vie, et tu veux la

quitter avant le temps. Il me semble que je lui répondis que je

reconnaissais tous les bienfaits de Dieu. Pourquoi donc, reprit-il,

veux-tu les détruire? Laisse-toi conduire, et ne perds pas l'espérance

en sa divine bonté. Je vis alors que cet ange m'avait dit la vérité;

et ayant jeté les yeux sur des morceaux de brique que j'aiguisai en

les frottant l'un contre l'autre, et avec un peu de rouille que je

tirai des ferrures de ma porte avec les dents, et dont je fis une

espèce d'encre, j'écrivis sur le bord d'une des pages de ma Bible, au

moment où la lumière m'apparut, le dialogue suivant entre mon corps et

mon âme:

Cours familier de Littérature - Volume 17 · 第 56 / 137 题