Quelle peut bien être la valeur marchandé d'un coeur humain? Il ne
s'agit pas de la somme qu'une personne indélicate peut devoir à une
autre, du sexe opposé--et plutôt du sexe faible--en Angleterre ou en
Amérique, pour avoir brisé cet organe au sens figuré du mot: il s'agit
de la valeur de l'organe même. Une annonce a récemment paru dans un
journal de New-York, par laquelle une personne met en vente son coeur,
après sa mort. Il faut dire que cette personne en a deux, et elle
voudrait tirer quelque argent de cette malformation, de son vivant, en
cédant ses coeurs à qui voudra en prendre livraison après sa mort. Ce
possesseur de deux coeurs est un charpentier de l'État de New-York, âgé
de trente-cinq ans, et pourvu d'une santé satisfaisante. Il mène une vie
active et laborieuse. Il y a deux ans, son médecin lui a découvert
l'anomalie dont il cherche maintenant à tirer profit. On raconte qu'un
spécialiste a offert 50.000 francs au charpentier, pour le privilège de
lui enlever un de ses coeurs; mais, sagement, le charpentier a refusé.
Il n'avait pas confiance! D'autres personnes lui ont offert, à ce qu'il
prétend, de grosses sommes pour son corps, après décès. Ceci lui plaît
davantage, mais il veut obtenir le meilleur prix, et c'est pourquoi il
se met aux enchères _post mortem_. Il a un émule. C'est un Bâlois qui,
lui, aurait déjà trouvé acquéreur: l'Académie de médecine de Londres lui
aurait retenu sa dépouille pour l'honorable somme de 75.000 francs. Quel
prix l'Américain obtiendra-t-il? Nous ne savons; mais il ne peut
décemment se vendre au rabais. De toute façon, le prix d'un coeur--ou
plutôt de deux coeurs--est élevé: le tarif actuel ne permet pas d'en
acquérir dans des conditions médiocres.