Le comte Foucher de Careil qui vient de mourir sénateur républicain de
Seine-et-Marne était fils du général comte Foucher de Careil, dont le
nom est inscrit sur l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile. Il appartenait donc,
par son origine, à un monde qui considère généralement comme une sorte
de forfaiture l'acceptation du régime que la France s'est donné. M.
Foucher de Careil avait fait plus et mieux que de se rallier à la
République: il avait collaboré à sa fondation. Déjà, dans les dernières
années de l'Empire, il avait manifesté ses tendances libérales, par une
candidature au conseil général du Calvados, et dans diverses conférences
à Paris. Après le 4 septembre, il se solidarisa avec ceux qui essayaient
d'établir un gouvernement régulier au milieu des ruines de la patrie; il
servit M. Thiers et accepta une préfecture. Il était préfet de
Seine-et-Marne quand le 24 mai 1873 l'obligea à quitter
l'administration. Enfin, la constitution républicaine ayant été votée en
1875, M. Foucher de Careil fut envoyé au Sénat par le département de
Seine-et-Marne dès les premières élections pour la Chambre-Haute, en
janvier 1876.
Il a été réélu en 1882; il a été réélu récemment encore, on peut dire
sans contestation. Dans l'intervalle, M. le comte Foucher de Careil
avait représenté (de 1881 à 1883) la France à Vienne en qualité
d'ambassadeur. Son nom, sa grande fortune, son savoir varié, sa
compétence très répandue, son urbanité, avaient mis notre envoyé en très
bonne posture à la cour si aristocratique et si exigeante
d'Autriche-Hongrie.