Si jamais la dénomination «d'enfant de la balle» convint à quelqu'un, ce
fut certes à Céline Montaland. Née d'un père qui appartenait au théâtre,
filleule, comme Mme Céline Chaumont, de Mme Céline Caillot, qui fit les
beaux jours du Vaudeville lorsqu'il était situé place de la Bourse nos
pères appelaient ce temps l'époque des trois Célines. Céline Montaland
monta sur les planches à l'âge de six ans, le 13 décembre 1849. Et sous
quels auspices!... elle créait dans _Gabrielle_, d'Émile Augier, le rôle
de la petite fille que l'excellent comédien Régnier, alors sous le coup
de la perte de son enfant, serrait dans ses bras...
Céline Montaland montra, dans ce rôle, tant de gentillesse, de naturel,
d'esprit, que des auteurs, confiants dans son talent si précoce,
écrivirent des rôles pour elle. Labiche lui donna à jouer _Une fille,
bien gardée_ et _Mam'zelle fait ses dents..._ Et, dans toutes ces
créations, on l'admirait, disait Jules Janin, «non pas comme un baby
précoce, mais comme on admirerait une très grande actrice jouant le rôle
d'un baby.»
On promena l'enfant prodige en France, en Algérie, en Italie, dans le
monde entier. Le général Bosquet la nommait «l'enfant Bonheur». Victor
Emmanuel donnait des revues en son honneur, et je ne sais plus quel
empereur obligeait ses troupes à faire un détour pour que Céline les vit
passer de sa fenêtre. Ces triomphes précoces ne l'empêchèrent pas de
travailler.
Elle s'essaya dans les genres les plus divers: à la Porte-Saint-Martin
dans la féerie, au Gymnase dans la comédie, aux matinées Ballande dans
le classique, aux théâtres des Nouveautés et Taitbout dans l'opérette.
Cependant les années marchaient: revenue au genre sérieux, elle
interpréta à l'Odéon la mère dans _Jack_, de M. Alphonse Daudet. Puis,
après quelques mois passés en Russie, elle fut appelée par M. Émile
Perrin à la Comédie-Française. Elle débuta le 13 décembre 1881 et
réussit complètement dans _Bataille de Dames_ de MM. Scribe et Legouvé.
Depuis nous l'avons applaudie dans la plupart des pièces nouvelles que
représenta le Théâtre-Français, en dernier lieu dans _Margot_ de M.
Meilhac.
En disant adieu à sa sociétaire disparue, M. Jules Claretie a dit
d'elle: «Elle était, et elle s'en vantait en souriant, la doyenne de la
maison (puisqu'elle y avait paru pour la première fois en 1849), cette
charmante et vaillante femme, d'une bonté si rare, sans affectation et
sans phrases, toujours prête au labeur, exacte, consciencieuse, dévouée
aux intérêts de la Comédie... Elle emporte un peu de la verve, de la
gaieté saine, de la grâce souriante de la maison.»
Adolphe Aderer.