Ouverture de la session parlementaire.--C'est lundi 13 courant qu'a eu
lieu la rentrée des Chambres. Cette fois-ci le vénérable M. Pierre
Blanc, celui qu'on a surnommé un peu familièrement peut-être le _vieil
Allobroge,_ ne présidait pas la séance comme il l'a fait chaque année
depuis si longtemps déjà. Ce n'est pas qu'il ne soit toujours vert et
jeune en dépit de ses quatre-vingt-cinq ans, mais le froid et la neige
l'avaient retenu bloqué dans son pays, la Savoie. Il a été remplacé au
fauteuil présidentiel par M. de Gasté, un peu plus jeune que lui, mais
pas beaucoup plus. Les secrétaires d'âge installés au bureau étaient MM.
Argeliès, Lasserre, Pierre Richard et Maurice Barrés. Quatre députés,
deux boulangistes. La proportion a dû paraître un peu forte, mais c'est
le hasard qui est le seul coupable.
La présidence de M. de Gasté avait provoqué une certaine curiosité. Son
discours a été court. Après avoir fait part à l'Assemblée de ses regrets
que le vénéré M. Blanc ait été retenu loin de Paris, il a continué
ainsi:
«N'ayant pas quitté Paris et quoique malade moi-même, j'obéis au
règlement en venant ouvrir les travaux de votre session ordinaire.
«Dans la très courte allocution que je prononcerai, vous me permettrez,
mes chers collègues, d'introduire le voeu que vous me veniez en aide, le
jour où je vous demanderai de modifier nos lois constitutionnelles et de
leur donner plus de similitude avec la Constitution américaine qu'avec
la Constitution anglaise.
«En ce qui concerne nos travaux intérieurs, vous ne reprocherez pas à
l'un de vos vétérans de regretter qu'à chaque renouvellement de
l'Assemblée les propositions disparaissent et que les meilleures
réformes voient ainsi quelquefois plus de trois législatures se succéder
sans même être examinées.»
Il termine en souhaitant que pendant Tannée 1891 les commissions
apportent à leurs travaux la plus grande activité.
Après que le doyen d'âge a pris place au fauteuil présidentiel, on a
procédé au tirage au sort des bureaux.