Claud. de laud. Stilic. l. 1; et in Ruf. l. 1.]

Ce fut le dernier exploit de Promotus, auquel l'empereur pouvait seul

disputer la gloire d'être le plus grand capitaine de son temps. Il

avait contribué plus que personne aux grands succès de Théodose contre

Maxime. Il servait l'État et son prince avec des intentions pures et

détachées de tout intérêt. Mais ce qui augmente encore aux yeux de la

postérité le prix de ses éminentes qualités, c'est qu'il ne retira

d'autre fruit de ses services, que de périr par les cruelles intrigues

d'un ministre jaloux et pervers, du moins on le crut ainsi. Rufin, dont

la faveur est une tache sur la vie de Théodose, affectait de s'élever

au-dessus des généraux, et de les traiter avec hauteur. Promotus et

Timasius, après s'être exposés à tant de dangers pour le salut de

l'État, ne pouvaient voir sans indignation l'ascendant que prenait

sur eux un vil courtisan, qui ne se faisait valoir que par son esprit

fourbe et artificieux. Dans un conseil auquel Théodose n'assistait pas,

Rufin, qui ne croyait devoir ménager que l'empereur, laissa échapper

une parole insolente contre Promotus; celui-ci ne lui répondit que

par un soufflet. Cette promptitude ne coûta pas moins à Promotus,

que n'avait autrefois coûté au jeune Drusus, la même insulte faite à

Séjan. Rufin alla sur-le-champ s'en plaindre à l'empereur, qui en fut

très-irrité: _Si toutes ces jalousies ne cessent_, dit-il en colère,

_ceux qui ne peuvent souffrir Rufin pour égal, le verront bientôt leur

maître_. C'était menacer de lui donner le titre d'Auguste. Le ministre,

habile à profiter de l'affront qu'il avait reçu, détermina l'empereur

à éloigner Promotus de la cour, sous prétexte de l'employer à exercer

les troupes; et ce général, pendant qu'il traversait la Thrace, fut

massacré dans une embuscade par un parti de Bastarnes. L'empereur fut

le seul qui n'attribua pas ce meurtre à la méchanceté de Rufin[789];

et, toujours aveuglé sur le compte de son favori, il le désigna consul

pour l'année suivante avec Arcadius. Mais Stilichon, en attendant qu'il

pût venger la mort de son ami sur celui qu'il en croyait l'auteur,

ne perdit pas l'occasion d'en punir ceux qui en avaient été les

ministres[790]. Il était alors en Thrace pour défendre le pays contre

des troupes de Barbares, qui tantôt séparés, tantôt réunis, faisaient

des courses dans la province[791]. C'étaient des Bastarnes, des Goths,

des Alains, des Huns, des Sarmates[792]. Il tomba séparément sur un

corps de Bastarnes, et les tailla tous en pièces[793]. Il en enferma

dans un vallon un autre corps joint avec les autres barbares; et

il était prêt à les passer au fil de l'épée, lorsqu'il reçut ordre

de l'empereur de les éloigner, pourvu qu'ils convinssent de sortir

de la Thrace[794]. Cet ordre était un effet des mauvais conseils

de Rufin[795], qui, selon l'opinion publique, payait de ce service

important l'assassinat de Promotus.

[Note 789: Cette imputation est rapportée par Zosime, lib. 4, c.

51; mais on doit remarquer que Claudien, qui a fait un poëme entier

contre Rufin, et qui ne le ménage pas, ne l'accuse pas d'un crime aussi

lâche.--S.-M.]

[Note 790:

Tu neque vesano raptas venalia curru

Funera, nec vanam corpus meditatus in unum

Sævitiam, turmas equitum peditumque catervas

Hostilesque globos tumulo prosternis amici.

Inferiis gens tota datur.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 368 / 388 题