Débordement du Nil.]

Après la destruction de l'idole et du temple, une nouvelle inquiétude

se répandit dans Alexandrie. Sérapis était regardé comme le maître

des eaux du Nil; c'était dans son temple qu'on mettait en dépôt le

nilomètre, c'est-à-dire la mesure dont on se servait pour déterminer

la hauteur du débordement. Constantin l'en avait ôtée autrefois; mais

Julien l'y avait placée de nouveau. Il arriva que cette année, la

crue des eaux tarda plus que de coutume. Les païens en triomphaient:

ils publiaient que Sérapis irrité avait maudit l'Égypte, et qu'il la

condamnait à une éternelle stérilité. Le peuple murmurait déja: il

demandait hautement qu'on lui permît de faire au fleuve les sacrifices

prescrits par le rit ancien. Le préfet craignant une sédition ouverte,

en écrivit à l'empereur. Ce prince sensé et religieux répondit qu'_il

valait mieux demeurer fidèle à Dieu, que d'acheter par un sacrilége,

la fertilité de l'Égypte: que ce fleuve tarisse plutôt_, ajoutait-il,

_si pour le faire couler il faut des enchantements et des sacrifices

impies, et si ses eaux veulent être souillées du sang des victimes_.

Cette réponse n'était pas encore arrivée, qu'on vit croître le Nil

plus rapidement qu'à l'ordinaire. Ses eaux parvinrent en peu de jours

à la juste hauteur que l'Égypte désirait; et comme elles continuaient

de monter, on en vint à craindre qu'Alexandrie ne fût inondée, et que

l'abondance des eaux n'amenât la stérilité, qu'on avait appréhendée

de la sécheresse. Les païens se moquèrent publiquement de ce caprice

de leur dieu; ils en firent des plaisanteries sur le théâtre; mais

plusieurs d'entre eux reconnaissant enfin que le Nil n'était qu'un

fleuve, se convertirent au christianisme.

[Note latérale: XXI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 338 / 388 题